Lundi 16 décembre 2019

Insolite

Coup de colère du maire d’Ornans contre le musée de Besançon

Par Elise Kerner-Michaud · lejournaldesarts.fr

Le 23 décembre 2018 - 384 mots

BESANÇON

Par une lettre ouverte, l’élu critique sans nuance la salle « Courbet le Bisontin » reprochant au musée de s’approprier le peintre.

Courbet Les Paysans
Gustave Courbet (1819–1877), Les paysans de Flagey revenant de la foire, 1850, huile sur toile, 208,5 x 275,5 cm
Photo Aavindraa

Sylvain Ducret, maire de la ville natale de Courbet, qualifie de « ridicule » la décision du Musée des Beaux-Arts de Besançon de présenter le peintre comme bisontin. Un cartel titré « Courbet le Bisontin » accompagne en effet l’imposant tableau Les paysans de Flagey revenant de la foire, qui a réintégré l’établissement, inauguré le mois dernier après des travaux de rénovation. 

Le maire d’Ornans a adressé une lettre ouverte à Nicolas Surlapierre, conservateur et directeur des musées de Besançon, dans laquelle il ironise : « Est-il besoin de rappeler que Courbet n’a pas passé plus de cinq ans de sa vie de lycéen au collège royal de Besançon, qu’il n’a eu de cesse d’obtenir de ses parents l’autorisation et les moyens de monter à Paris, qu’il les a obtenus avant d’avoir vingt ans ? » Il ajoute de façon assez cinglante : « Les grandes villes comme Besançon ont la grotesque manie d’accaparer tous ceux qui y passent quelques années de leur vie » avant de parler « d’une forme de kleptomanie ».

Le quotidien L’Est républicain rapporte la réponse formulée par Nicolas Surlapierre : « On n’est pas assez crétin pour ne pas savoir que Courbet n’a rien de Bisontin. […] on n’est pas dans une lutte de territoires, on veut rappeler le débat autour des artistes de Barbizon, on avait même pensé à Courbet le Barbizontin. On veut raconter quelque chose de l’ordre de l’impertinence, de la taxinomie avec une titrologie amenant à une problématique de la peinture. » 

Si elle ne suscite pas le débat envisagé, la provocation semble avoir néanmoins fait mouche. 

Alors qu’on se dispute aujourd’hui l’honneur d’attacher son nom à celui du peintre originaire d’Ornans, il y a près de deux siècles, la peinture de Courbet ne suscitait pas le même engouement officiel. Les paysans de Flagey revenant de la foire, envoyé au Salon de 1850-1851 avec Un Enterrement à Ornans et Les Casseurs de pierres, a été à l’époque vivement critiqué. L’enracinement local qu’on loue désormais, et plus particulièrement la réalité prosaïque d’une paysannerie de petits propriétaires présentés à la manière d’une scène historique, n’étaient alors pas franchement appréciés par le public comme par la critique officielle.

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