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Les ventes japonaises continuent d’alimenter le marché

Le Journal des Arts

Le 25 août 2000 - 643 mots

Une partie des peintures japonaises contemporaines réunies par Itoman Corporation, une société japonaise aujourd’hui disparue, a été vendue chez Christie’s à New York, en mars et mai. Cet ensemble est progressivement dispersé par ses propriétaires actuels, la banque Sumitomo. Un exemple représentatif du sort des collections d’entreprise dans le Japon d’aujourd’hui.

La banque Sumitomo est entrée en possession de la collection d’Itoman lorsque des emprunts garantis par ces œuvres d’art n’ont pu être honorés. Les peintures japonaises contemporaines de cette collection avaient acquis mauvaise presse lorsqu’a éclaté, en 1991, un scandale qui a bouleversé le monde de l’art japonais. En 1990, Itoman avait acheté plus de deux cents tableaux à Suemitsu Ito, l’ancien directeur d’Itoman, et à Heo Young Joong, un “homme d’affaires” d’Osaka pour  56 milliards de yens (56 millions de dollars de 1990) pour des œuvres qui n’en valaient manifestement que 17. Ces acquisitions acculèrent Itoman à son démantèlement et à sa fusion avec Sumitomo Metal Industries Ltd. L’année dernière, Yoshihiko Kawamura, l’ancien président d’Itoman, et Suemitsu Ito ont été condamnés respectivement à sept et dix ans de prison pour leur participation à cette affaire.

La dispersion par des sociétés japonaises de collections d’œuvres d’art faisant office de garantie continue d’alimenter le marché. Plusieurs facteurs semblent agir pour encourager la vente des œuvres d’art acquises pendant la période faste : la vitalité du marché de l’art occidental, la restructuration et/ou les fusions de banques japonaises et la mise en place, à partir de cette année, d’un nouveau système comptable, qui interdit de dissimuler dans des filiales des biens qui ne rapportent rien. Il oblige les entreprises à les évaluer non pas au prix auquel ils ont été acquis mais à celui du marché. Les œuvres d’art valant beaucoup moins que leur prix d’acquisition, les banques se trouvent devant des pertes non réalisées. Certaines dispersions ont été publiques, comme la vente l’année dernière, pour 60 millions de dollars, des œuvres de la Fukuoka City Bank au Musée d’Art moderne de San Francisco. Mais de manière générale, les banques sont réticentes à parler de ce sujet. Selon Shinichi Segi, le directeur de l’Art Institute de Tokyo, “il y avait au Japon quelques œuvres splendides. Il est vrai que beaucoup sont retournées sur le marché occidental, mais la majorité d’entre elles sont toujours dans le pays”.

Après sa reprise par GE Capital, la société de prêt japonaise Lake Company a signé un accord avec Christie’s – décrit en 1998 comme “l’une des plus importantes transactions d’art de l’histoire” –, qui s’engageait à vendre sur plusieurs années les quelque 500 pièces de la collection (estimée à 200 millions de dollars). Les tableaux sont apparus discrètement dans des ventes d’œuvres d’art du XIXe siècle, des impressionnistes et du XXe siècle. Selon Jussi Pylkkänen, directeur du département Impressionnisme chez Christie’s à Londres, les œuvres “sont proposées partout dans le monde. Les prix de réserve sont très élevés et elles se vendent remarquablement bien. Des pièces majeures de Renoir, Braque et Pissarro sont déjà passées en ventes”. Refusant d’entrer dans les détails, Jussi Pylkkänen précise qu’outre la vente de la collection Lake qui a largement attiré l’attention, deux autres contrats “d’égale importance” ont été signés pour la dispersion de collections japonaises. “D’autres entreprises nous ont demandé notre collaboration pendant une certaine période, nous chargeant d’évaluer leur collection et de les conseiller sur la vente.” Toujours selon Jussi Pylkkänen, c’est se faire une fausse idée du marché de l’art japonais que de s’imaginer que les ventes forcées organisées par les banques et entreprises japonaises déchues sont légion. “Nous voyions davantage d’œuvres d’art sortir du pays il y a trois ans que maintenant. Le flux est très mesuré, les prix sont élevés mais sans excès. Cela fait plus de deux ans maintenant que les records de la fin des années quatre-vingt ont été battus, ce qui témoigne d’une certaine stabilité.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°109 du 25 août 2000, avec le titre suivant : Beau temps en Chine, plus couvert en Corée et au Japon (part II)

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