Politique

ENTRETIEN

Arnaud Zegierman : « Les hommes politiques sont évalués à l’aune de leur couleur politique »

Sociologue, directeur associé de l’institut de conseil Viavoice

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 14 mai 2021 - 811 mots

Le directeur de l’enquête « Le bilan culturel d’Emmanuel Macron » menée par l’institut Viavoice explique le pourquoi des avis partagés des Français quant au bilan du président en la matière.

Arnaud Zegierman. © DR
Arnaud Zegierman.
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Comment interpréter les différents résultats de la comparaison d’Emmanuel Macron avec ses prédécesseurs dans le domaine culturel ?

Relevons tout d’abord le fort taux de non-réponse (entre 26 % et 29 %), ce qui marque un intérêt relatif, mais aussi la difficulté à évaluer cette thématique. La comparaison est aussi un peu injuste pour Emmanuel Macron, dont le mandat n’est pas achevé. Pour autant, ceux qui ont un avis estiment qu’il s’est moins préoccupé de culture que Jacques Chirac et François Mitterrand, ce qui peut sembler paradoxal compte tenu de son image d’intellectuel. Mon hypothèse est que, justement, Emmanuel Macron met peu en avant son intérêt pour la culture pour ne pas renforcer l’image d’un président élitiste et loin des gens.

Les répondants sont très sévères sur le soutien du gouvernement au secteur culturel pendant la crise. Comment l’expliquer ?

L’étude a été réalisée juste avant les annonces de la réouverture des lieux culturels le 19 mai, il est donc possible que la fermeture prolongée des musées, théâtres et cinémas ait influencé leur jugement. Les réponses sont très partagées. Elles illustrent à la fois les inquiétudes pour les personnes qui travaillent dans le secteur culturel, dont les situations sont parfois précaires ; mais aussi une méconnaissance des nombreuses mesures générales et sectorielles mises en place par le gouvernement.

Les Français peuvent être terriblement injustes, nous le vérifions très souvent dans les enquêtes. Il est vrai qu’en France on ne sait pas valoriser ce que l’on fait bien et on a tendance à voir ce qui ne va pas. Et lorsqu’on se compare avec les autres pays, c’est pour ne voir que ce qui ne fonctionne pas en France. De manière générale, les gouvernements successifs ont toujours eu du mal à expliquer le modèle protecteur français (ce qui a pu être mené dans le contexte de la pandémie, de manière générale aussi, concernant l’éducation et la santé, par exemple).

Les Français ne semblent pas créditer Emmanuel Macron de son engagement en faveur de la restauration de Notre-Dame ?

Là aussi, nuançons les résultats avec le très fort taux de non-réponse (43 %). Mais c’est vrai qu’il fait quasi-jeu égal avec Jean-Louis Georgelin – un inconnu – alors que c’est lui qui a nommé ce général. C’est peut-être d’ailleurs parce que c’est un militaire qu’une partie des répondants lui attribuent le mérite de la mobilisation. Sur ce point comme sur les précédents, il faut rappeler que les Français évaluent aussi les hommes politiques à l’aune de leur couleur politique. Si on n’aime pas Macron, eh bien, on va dire qu’il n’a rien fait pour Notre-Dame, surtout quand on n’est pas au courant.

En revanche, le Pass culture, qui n’a pourtant pas été généralisé, bénéficie d’une très forte adhésion… Oui, et c’est la vraie surprise de cette enquête, même si 43 % des répondants ne voient pas vraiment ce que c’est. Je signale que les 11 % de répondants qui « voient très bien ce que c’est », basculent à 23 % dans la tranche d’âge 18-24 ans, la plus concernée par le Pass. La notoriété est donc encore à construire, mais pour ceux qui connaissent le Pass, l’adhésion est très élevée. C’est extrêmement rare désormais de voir qu’une mesure gouvernementale soit aussi bien accueillie. Ça n’arrive quasiment jamais. 70 % pensent que ce sera une mesure efficace pour développer la sensibilité à la culture, 70 % pensent que cela permettra de développer les pratiques culturelles, 69 % que cela permettra de démocratiser la culture. Toutes les facettes du Pass sont bien perçues ! Il est vrai que ce dispositif n’enlève rien aux Français, au contraire c’est du plus. Un jeune sur deux concerné dit que c’est une bonne mesure, ce taux va certainement augmenter lorsque la mesure prendra corps et sera vraiment effective pour tous.

La culture fait-elle partie des préoccupations des Français ?

Si on leur pose la question, ils vont bien sûr répondre « oui », mais elle n’est pas en tête de leurs préoccupations qui sont la santé, l’emploi, l’environnement, les inégalités… Pour autant, les Français sont très fiers de l’importance accordée à la culture en France, notamment lorsqu’ils se comparent à d’autres pays.

La culture est-elle un argument de campagne pour la présidentielle ?

Moins que la santé, l’éducation, le pouvoir d’achat, mais s’il devait y avoir un second tour « « Le Pen-Macron » à la prochaine élection présidentielle, l’image culturelle d’Emmanuel Macron serait de nature à rallier ceux qui n’ont pas voté pour lui au premier tour et qui pourraient avoir des hésitations au second. Je pense en particulier aux enseignants, aux artistes. Roselyne Bachelot, en tant que ministre de la Culture, est aussi un atout. Elle donne l’impression de s’investir à fond dans sa mission, par conviction personnelle plus que par ambition politique.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°567 du 14 mai 2021, avec le titre suivant : Arnaud Zegierman : « Les hommes politiques sont évalués à l’aune de leur couleur politique »

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