Mercredi 14 novembre 2018

Antoine de Galbert : « Ma collection est un vrai bordel ! »

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 15 septembre 2011 - 650 mots

Ancien conseiller en gestion d’entreprise et galeriste, le collectionneur, né en 1955,
a inauguré en 2004, près de la Bastille, La Maison rouge, une fondation unique en son genre qui, depuis, fait école auprès de jeunes collectionneurs « entrepreneurs ».

L’œil : À considérer votre statut tout à la fois de collectionneur et de fondateur, c’est-à-dire celui d’un amateur d’art et d’un responsable institutionnel, comment appréhendez-vous la qualification de « collectionneur entrepreneur » ? 
Antoine de Galbert : Je ne me sens pas concerné parce qu’en réalité ces deux activités sont très déconnectées. Si je me considère comme un entrepreneur culturel qui a créé une vingtaine d’emplois, je ne me sens pas un « collectionneur entrepreneur » parce que ma collection est tout à fait dissociée de La Maison rouge. La Maison rouge ne collectionne pas. En revanche, il y a un lien très fort entre les deux entités puisque ma programmation est inspirée de ma collection, sinon de mes goûts subjectifs.  

L’œil : Quand vous décidez de créer La Maison rouge, vous faites le choix d’en caler la programmation par rapport à l’idée de collection. Pourquoi ?
A. de G. : Cette idée de montrer des collections remonte à plus de dix ans, ce qui est beaucoup moins original aujourd’hui. Même les musées en exposent alors que, quand j’ai commencé, il n’y en avait aucun, à de très rares exceptions. Le fait de vouloir présenter des collections, c’était pour moi une manière de montrer l’art différemment. Il y avait d’une part le marché et il y avait, d’autre part, le musée, mais entre les deux on ne voyait jamais d’exposition qui exprimait des subjectivités. J’essaie de faire des contrepoints, de montrer des collections singulières, pas des collections banalisées. C’est aussi intéressant pour moi parce que cela me permet de me rapprocher de collectionneurs qui m’apprennent un tas de choses. 

L’œil : Collection, fondation… En quoi l’une a-t-elle influencé l’autre ? 
A. de G. : C’est une double influence. S’il m’arrive d’acheter une œuvre dans les expositions que l’on fait, c’est surtout l’inverse qui m’intéresse, le moyen de dire des choses à travers La Maison rouge. Je crois qu’il faut bousculer un peu le goût de nos concitoyens, aussi nous montrons des choses qui ne sont pas montrées ailleurs. Cela dit, je pourrais arrêter de collectionner : La Maison rouge continuerait.  

L’œil : Diriez-vous que vous étiez collectionneur ou que vous l’êtes devenu ? 
A. de G. : J’ai toujours été collectionneur, je ne le suis pas devenu. J’ai entre autres une collection de bandes dessinées d’environ trois mille albums que j’ai commencée à 16 ans et puis, au début, quand je n’avais pas les moyens, j’achetais des œuvres à des amis voisins.  

L’œil : Votre collection compte aujourd’hui environ 2 500 œuvres. Avez-vous usé d’une quelconque méthodologie pour la constituer ?
A. de G. : Absolument pas. C’est un vrai bordel, un « bordel animiste », dit Pierre Legendre. C’est le regard des autres qui me fait penser qu’il y a un lien entre tout ce que j’achète mais pour moi, c’est très fantasmé, c’est très subjectif. Je suis beaucoup dans l’autoportrait.  

L’œil : Le collectionneur joue-t-il selon vous un rôle social ? 
A. de G. : Je n’en sais rien. Je déteste entendre dire qu’on aide les artistes parce que ce ne sont pas des mendiants. Les artistes, ce sont eux qui nous aident. L’idée de ce rôle social, c’est un peu l’hypocrisie du moment. Une collection, fondamentalement, on la fait pour soi.  

L’œil : Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui à montrer votre collection, par exemple en ce moment à Lyon ? 
A. de G. : Le désir d’être utile aux artistes et la volonté de m’engager. C’est faire acte de militantisme et montrer que la collection n’est pas le fait d’individus qui débarquent sur le terrain du jour au lendemain. La collection, c’est une affaire de temps.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°639 du 1 octobre 2011, avec le titre suivant : Antoine de Galbert : « Ma collection est un vrai bordel ! »

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