Vendredi 28 février 2020

Une toile de Monet est l’objet d’un litige entre les familles Heilbronn (Galeries Lafayette) et Wildenstein

Par Doriane Lacroix Tsarantanis · lejournaldesarts.fr

Le 21 mars 2012 - 530 mots

PARIS [21.03.12] – Le « New York Times » rapporte que le « Torrent de la Creuse », étude peinte par Monet en 1889, est à l’origine d’un différend opposant les familles Heilbronn et Wildenstein. La réclamation de Ginette-Heilbronn Moulin s’ajoute aux nombreuses plaintes auxquelles fait face actuellement Guy Wildenstein. PAR DORIANE LACROIX TSARANTANIS

Le tableau en question a disparu en 1941, suite à une razzia de la Gestapo. Les nazis avaient dérobé une dizaine d’œuvres en forçant un coffre-fort appartenant à Max Heilbronn, père de Ginette Heilbronn-Moulin, l’actuelle présidente du conseil de surveillance du groupe Galeries Lafayette. Celle-ci accuse la famille Wildenstein de dissimuler des informations concernant l’emplacement et la situation de la toile volée. Madame Heilbronn-Moulin a porté plainte l’été dernier et confie à présent au New York Times, que l’enjeu n’est pas la « valeur du tableau » mais que c’est plutôt « une question de victoire contre les Allemands ».

De son côté, la famille Wildenstein nie avoir connaissance du lieu où pourrait éventuellement se trouver la toile de Monet. Mais le New York Times rapporte que le collectionneur Daniel Wildenstein (décédé en 2001) aurait pourtant inclus le tableau dans les catalogues raisonnés de 1979 et 1996, consacrés à Monet, en précisant que l’œuvre faisait alors partie d’une collection privée. L’avocat de Madame Heilbronn-Moulin l’avait interrogé à ce sujet quelques mois avant son décès. Il n’avait reçu en retour qu’une lettre signée du marchand d’art, mais envoyée par l’Institut Wildenstein, précisant qu’il « regrettait que cette erreur se soit glissée » dans l’édition de l’inventaire de 1996.

Ginette Heilbronn-Moulin se souvient aussi que dans les années 1950, Paulette Heilbronn (sa mère) avait rencontré un marchand d’art qui possédait une photographie du tableau et avait proposé de le récupérer. Mais il lui avait affirmé un peu plus tard que l’œuvre se trouvait entre les mains de « personnes intouchables ».

C’est la perquisition menée dans la chambre forte de l’institut Wildenstein en novembre 2010, à Paris, qui a éveillé les soupçons de la famille Heilbronn. Une trentaine d’œuvres d’art déclarées volées (ou disparues) y avaient été découvertes par les policiers, appartenant à plusieurs familles, dont les descendants de Joseph Reinach. Ce dernier possédait une importante collection d’œuvres d’art et avait aussi été victime de spoliation par les nazis. La perquisition avait eu lieu dans le cadre d’une enquête pour dissimulation de patrimoine, visant les fils du collectionneur Daniel Wildenstein. L’un d’entre eux, Guy Wildenstein, a été mis en examen en juillet 2011 pour recel d'abus de confiance, et en octobre 2011, une nouvelle information judiciaire a été ouverte à la suite d’une plainte pour fraude fiscale, déposée par le ministère du Budget. L’affaire est toujours en cours. En février 2012, les ayants droit Wildenstein subissaient un redressement fiscal de 600 millions d'euros, et le 12 mars dernier, Maître Dumont-Beghi déposait une nouvelle plainte visant indirectement Guy Wildenstein, le soupçonnant d’avoir caché dans un trust une toile méconnue de Courbet, Personnage de l’atelier – Les amateurs du monde de l’art, découverte en 1948 et acquise dans des circonstances troubles.

Guy Wildenstein, par l’intermédiaire de ses avocats, a refusé de commenter la réclamation de Ginette Heilbronn-Moulin. Il continue néanmoins d'affirmer que l’Institut n’a jamais dissimulé d’œuvres disparues.

Légende photo

Le tableau disparu est très proche dans la composition de cette autre toile sur le même sujet, conservée au Metropolitan Museum de New York et intitulée Torrent de la Petite Creuse à Fresselines. Toutes deux ont été peintes par Claude Monet en 1889.

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