Île-de-France

Yvelines, terres impressionnistes

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 14 février 2012 - 849 mots

Chatou, Croissy-sur-Seine, Marly-le-Roi, Louveciennes…, huit communes sont réunies depuis plusieurs années pour développer une politique touristique commune, autour du thème de l’impressionnisme.

YVELINES - Faut-il le rappeler, l’impressionnisme recueille encore et toujours les faveurs du public. En attestent le succès de la rétrospective « Monet » à la fin de l’année 2010 au Grand Palais à Paris, le record de fréquentation au Musée des impressionnismes à Giverny, ou encore celui du festival « Normandie impressionniste », reconduit pour une seconde édition en 2013. « Peu de gens savent que Monet, Renoir, Sisley, Pissarro, Vlaminck, Turner, Morisot, Cassatt…, tous sont venus dans les environs », déplore Elisa Barbier, directrice de l’office de tourisme du Pays des impressionnistes, à Marly-le-Roi (Yvelines), invoquant un « vrai problème de reconnaissance ». Dès la seconde moitié du XIXe siècle, nombreux furent les artistes à fréquenter ce petit coin des Yvelines, situé non loin de Paris sur le tracé de chemin de fer reliant Saint-Germain-en-Laye à la gare Saint-Lazare. Et à peindre les bords de Seine et les guinguettes du dimanche après-midi – la célèbre Grenouillère située sur l’île des Impressionnistes immortalisée par Monet, mais aussi la Maison Fournaise à Chatou, où Renoir a mis en scène son Déjeuner des canotiers.

Réseau de promenades
1992 marque une étape importante dans la prise de conscience politique de cette richesse patrimoniale et artistique. C’est l’année de la création du syndicat intercommunal à vocation multiple (Sivom) des Coteaux de Seine, à l’initiative de Pierre Lequiller, député des Yvelines, dont la volonté était de fédérer des communes autour de la thématique impressionniste – la mise en valeur du patrimoine construit du XVIIIe siècle et le patrimoine fluvial et naturel s’y sont ajoutés. Parmi les initiatives, citons la création d’un label « Pays des impressionnistes » en 1995 et le tracé de chemins jalonnés par une trentaine de panneaux illustrant des paysages impressionnistes, et implantés à l’endroit même où ils ont été peints – plus de 200 tableaux ont été réalisés sur l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, huit communes se partagent la compétence « Pays des impressionnistes » : Marly-le-Roi, Le Port-Marly, Le Pecq, Croissy-sur-Seine, Chatou, Carrières-sur-Seine, Louveciennes (Yvelines) et Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Et le rythme du développement d’une politique touristique cohérente s’est sérieusement accéléré. Outre le regroupement autour d’un seul et même office de tourisme depuis un an, les cinq pontons créés sur quatre communes en bord de Seine (Chatou, Croissy-sur-Seine, Carrières-sur-Seine et Bougival) – et inaugurés au mois de septembre 2011 – ont pour objectif de tracer un réseau de promenades fluviales (pour un coût de 2 243 000 euros, études et travaux compris, répartis entre les communes). Pour l’instant, seules six croisières commentées par des guides conférenciers spécialisés en histoire de l’art sont programmées par l’office du tourisme pour la saison 2012. À ce jour, seuls les groupes peuvent bénéficier de croisières « à la carte », comprenant des étapes commentées (le Musée Fournaise à Chatou, le Musée de la Grenouillère à Croissy-sur-Seine…). L’idée d’un contrat passé avec un ou plusieurs croisiéristes pour limiter les frais de location, et proposer des promenades enrichies, est actuellement à l’étude.

Application « smartphone »
Parallèlement à la création de ces haltes fluviales, les chantiers ne manquent pas. Les « chemins impressionnistes » ont été balisés en partenariat avec Fédération de randonnées et une application smartphone doit être lancée en mars (www.everytrail.com répertorie les quatre parcours [Pissarro, Monet, Sisley, Renoir] et étoffe les commentaires des panneaux reproduisant les tableaux). La Ville du Port-Marly s’apprête à construire une passerelle à la fin de 2012, pour relier l’île de la Loge.

Sur l’île des Impressionnistes, le petit îlot circulaire dit le « camembert », qui a fait le succès de la guinguette de la Grenouillère, est aujourd’hui fermé au public. Selon Christophe Ragué, directeur du service culture et patrimoine de la Ville de Chatou et administrateur général du Sivom, le conservatoire des espaces naturels a donné son accord afin qu’une étude pour le confortement des berges soit lancée. Car ce site historique de la Grenouillère « a vocation à être rouvert. Mais il est nécessaire de prendre les mesures de sécurité, surtout si la promotion en est faite ». La Ville de Croissy-sur-Seine travaille sur son « pôle Chanorier » (9 millions d’euros), avec la construction d’un nouveau bâtiment et le réaménagement du château Chanorier, qui accueillera désormais le Musée de la Grenouillère et le Pavillon d’histoire locale. À Chatou, la réouverture du Centre national de l’édition et de l’art imprimé (Cneai), sis Maison Levanneur dans le hameau Fournaise, est prévue pour septembre.

Grand absent de toute cette synergie, la commune de Bougival, qui a préféré faire cavalier seul et s’est retirée de la compétence « Pays des impressionnistes » du Sivom en juillet 2010. Ceci en affichant l’ambition de développer sa propre politique touristique, centrée sur l’impressionnisme, la musique et la littérature. Quitte à déboussoler et disséminer les touristes devant une surabondance de choix… Ce qui n’empêche pas l’office du tourisme du Pays des impressionnistes de continuer à travailler en bonne intelligence avec celui de Bougival, en l’incluant dans la documentation mise à disposition des visiteurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°363 du 17 février 2012, avec le titre suivant : Yvelines, terres impressionnistes

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