Prêt

Vermeer à Philadelphie

Le Journal des Arts

Le 2 octobre 2007

L’identité de l’acquéreur reste un mystère.

PHILADELPHIE - La Femme au virginal de Johannes Vermeer, adjugée 16,2 millions de livres sterling (24 millions d’euros) à Londres le 7 juillet, est aujourd’hui exposée au Philadelphia Museum of Art (1). Au cours de cette vente très médiatisée, un enchérisseur anonyme a acquis le premier Vermeer présenté en vente publique depuis 1921 pour plus de cinq fois son estimation initiale. Il s’agissait du dernier Vermeer en mains privées, mis à part La Leçon de musique (1662-1665) de la collection de la famille royale britannique, actuellement présentée à la Queen’s Gallery du château d’Holyroodhouse, à l’occasion de l’exposition « L’enchantement des yeux : la peinture flamande de l’âge d’or » (2).
Depuis 1960, le tableau appartenait au baron Frédéric Rolin, le marchand belge qui s’était efforcé de le faire authentifier après qu’un faussaire néerlandais eut vendu de nombreux faux Vermeer dans les années 1930 et 1940. Après la mort du baron Rolin, l’authenticité du tableau a fini par être établie, presque sans conteste, avant sa mise en vente par Sotheby’s. D’abondantes spéculations entourent l’identité de l’acheteur, et beaucoup ont avancé le nom de Steve Wynn, Sotheby’s ayant acheminé le tableau par avion à Las Vegas afin que le magnat américain des casinos puisse l’examiner personnellement.
Depuis, l’exposition du tableau au Musée de Philadelphie a ajouté à l’embarras des observateurs, renforcé par l’absence significative de toute opération de communication de la part du musée. L’un des porte-parole de l’institution n’a pas répondu aux questions concernant la nouvelle propriété de l’œuvre ; il ne  s’est pas exprimé non plus sur le prêt d’autres œuvres d’art de la même source que le musée aurait espoir d’ obtenir. Cet anonymat paraît écarter Steve Wynn, qui a rendu publiques ses dernières acquisitions de prestige, tel un portrait de R. L. Stevenson par John Singer Sargent, exposé jusqu’au 30 mars 2005 au Nevada Museum of Art à Las Vegas, avec d’autres œuvres de la collection Wynn. Curieusement, cette date correspond à la fin du prêt du Vermeer accordé au Musée de Philadelphie.
Le mutisme du musée a donné lieu à une autre hypothèse : le tableau de Vermeer serait prêté par un collectionneur local en liens étroits avec l’institution. Dans ce cas, le tableau finirait par rejoindre les collections du musée, à l’instar du chef-d’œuvre de Peter Paul Rubens, Le Massacre des Innocents, acquis pour 49,5 millions de livres (78,9 millions d’euros)par Lord Thomson en 2002, et offert ensuite à l’Art Gallery of Ontario. Autre possibilité : le propriétaire du Vermeer serait un marchand, et le prêt au Musée de Philadelphie ne serait qu’une astuce pour finir d’établir ce qui demeure une attribution récente à Vermeer.

(1) jusqu’au 30 mars 2005.
(2) jusqu’au 7 novembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°201 du 22 octobre 2004, avec le titre suivant : Vermeer à Philadelphie

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