Dimanche 17 novembre 2019

Musée

Un Centre Pompidou à Shanghaï pour 2019

Par Caroline Boudehen (à Shangaï) · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2017 - 1018 mots

SHANGHAÏ / CHINE

En gestation depuis plus de dix ans, le Centre Pompidou Shanghaï pourrait enfin ouvrir d’ici deux ans dans un bâtiment en cours de construction.

Shanghaï. Un Centre Pompidou provisoire ouvrira en 2019 à Shanghaï dans un quartier actuellement en profonde restructuration – le West Bund – dans l’arrondissement de Xuhui. Ce nouvel art district de Shanghaï (un de plus !), s’étend sur une dizaine de kilomètres à l’ouest de la ville, le long des berges de la rivière Huangpu. Quartier à « haute ambition culturelle » pour citer Fang Shizhong, en charge de l’administration globale de l’arrondissement, il comprend déjà le célèbre Yuz Museum et le West Bund Art Center (l’hôte de la foire de design et d’art contemporain annuelle). De nombreuses galeries d’art contemporain y élisent domicile ou y ouvrent un nouvel espace – comme ShanghART et Édouard Malingue pour les plus connues. De nouveaux bâtiments sont également en cours de construction, dont le West Art Bund Museum, qui accueillera le Centre Pompidou provisoire et dont la conception a été confiée à l’architecte britannique David Chipperfield.

Conçu sur le même principe que son homologue à Málaga en Espagne, le Centre Pompidou provisoire est régi par un contrat de cinq ans renouvelables. Il prévoit de présenter deux à trois grandes expositions par an, auxquelles viendront s’ajouter plusieurs manifestations temporaires et événements parallèles. Outre présenter une partie de la collection parisienne, le Centre Pompidou Shanghaï s’engage à mettre en valeur l’art contemporain chinois et à nouer des relations avec la scène locale. C’est en tout cas l’objectif commun sur lequel Fang Shizhong et Serge Lasvignes (président du Centre Pompidou) semblent s’être entendus. Selon différentes sources, la redevance annuelle versée par la Chine à l’établissement parisien serait de 1,6 million de dollars, un montant similaire à celui de Málaga. Les coûts de fonctionnement annuels du nouveau musée sont quant à eux de l’ordre de 7,2 millions de dollars.

Une première tentative avortée en 2009
Le Centre Pompidou a mis en place depuis une dizaine d’années une politique de diffusion « hors les murs ». Initiée à l’échelle nationale en 2010 avec la création de l’antenne permanente à Metz – première décentralisation d’un établissement public culturel français – la diffusion de la collection du Centre Pompidou en France se poursuit sous une forme inédite un an plus tard. En 2011, Alain Seban, le président de l’époque, lance le Centre Pompidou Mobile, un chapiteau de 1 000 m² regroupant quinze œuvres phares de la collection, qui a ainsi parcouru le territoire pendant deux ans, avec six villes étapes. En 2015, le premier Centre Pompidou provisoire est inauguré à Málaga en Espagne, pour y présenter 70 œuvres issues de la collection parisienne. C’est la première implantation du Centre Pompidou hors de France. En 2020, ce sera dans la capitale belge que le Centre Pompidou mettra le pied. En association avec la Région de Bruxelles, il y ouvrira « un nouveau pôle culturel sur 30 000 mètres carrés autour de l’art moderne et contemporain et de l’architecture, moderne et contemporaine», selon Rudi Vervoort, chef du gouvernement régional bruxellois.

Le Centre cherchait depuis longtemps à s’installer en Chine et à Shanghaï, « Le Centre Pompidou et le Musée national d’art moderne ont pour vocation de couvrir l’art contemporain à l’échelle planétaire » déclarait au Journal des Arts Bruno Racine en 2007, alors président du Centre Pompidou. Une implantation à Hongkong et Singapour avait été évoquée au début des années 2000, mais c’est à Shanghaï que les discussions étaient les plus avancées, avant un premier échec.

Le début des années 2000 est caractérisé par la grande vague d’ouverture de la Chine sur le monde. Une multitude d’initiatives culturelles en tous genres éclosent, surfant sur l’essor que connaît l’art contemporain chinois sur la scène internationale. En 2005, dans le cadre de l’année de la France en Chine, le Centre Pompidou fait ses premiers pas sur le territoire chinois, en organisant l’exposition « Nouvelles Vagues, un point de vue sur l’art français contemporain » au Shanghaï Art Museum – le seul musée d’État de l’époque. Puis en 2006, le musée parisien annonce sa volonté d’ouvrir une antenne à Shanghaï pour y exposer une partie de sa collection. Le site est alors soigneusement choisi sur la prestigieuse Huaihai Road, au cœur de l’ancienne concession française. Le bâtiment emblématique des années 1930 – l’ancien commissariat de police du quartier – peut accueillir en plus d’une salle d’exposition, une galerie pour enfants, une bibliothèque et une boutique. L’ouverture était initialement prévue pour 2010, mais il semblerait que l’annonce prématurée du ministère français de la Culture ait agacé le gouvernement chinois qui a mis un terme aux discussions. C’est la Maison Hermès qui a depuis récupéré le bâtiment. Mais si le projet n’a pas abouti à l’époque, c’est aussi et surtout du fait de désaccords entre les différents partenaires, notamment concernant le contrôle de la programmation par Paris.

Retour gagnant
L’année dernière, en collaboration avec le Musée Picasso, le Centre Pompidou fait son grand retour à Shanghaï avec « Masterpieces from the Centre Pompidou, 1906-1977 ». Une exposition dans laquelle 72 chefs-d’œuvre ont été montrés pour la première fois en Chine et qui a ainsi bénéficié d’une large couverture médiatique. « Cette manifestation est une étape dans l’engagement à long terme du Centre Pompidou à Shanghaï, qui prépare la voie à de futures collaborations, dont un Centre Pompidou temporaire », déclarait à l’époque Laurent Le Bon, co-commissaire de l’exposition et directeur du Musée Picasso à Paris. La voie est aujourd’hui dégagée. Le nouveau partenaire chinois du projet – Shanghaï West Bund Development Company Ltd., fondé en 2012 – en charge de l’ensemble de la restructuration du district, semble avoir contenté les deux parties. Le Centre Pompidou (qui n’a pas voulu répondre à nos questions) se fait très discret sur le sujet, les dernières autorisations devant être signées en juillet. Une discrétion qui laisse la part belle à l’imagination et contribue à créer une attente probablement démesurée par rapport à ce que le projet sera réellement. Un projet similaire à Séoul est actuellement en pourparlers, mais là aussi, il n’y a aucune communication.

Légende photo

Shanghaï, vue du Bund © Shanghaï Tourism Board

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°482 du 23 juin 2017, avec le titre suivant : Un Centre Pompidou à Shanghaï pour 2019

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