Vendredi 19 octobre 2018

Eglise

Turin brûle-t-il ?

Série noire pour le patrimoine italien

Par Anna Maria Farinato · Le Journal des Arts

Le 2 mai 1997 - 509 mots

TURIN / ITALIE

Après l’incendie du 11 avril qui a partiellement détruit la chapelle de Guarini de la cathédrale Saint-Jean de Turin et une partie de l’aile ouest du Palais royal contigu, l’État a débloqué 12 milliards de lires (41 millions de francs) pour les interventions d’urgence, la Région 12 et la Commune 3, tandis que de nombreuses souscriptions étaient ouvertes en Italie et à l’étranger. Après La Fenice et la cathédrale de Noto, le patrimoine italien perd, pour la troisième fois en quinze mois, un de ses trésors artistiques.

TURIN. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’incendie qui s’est déclaré dans la nuit du 11 avril dans la chapelle de Guarini, avant de se propager à la partie supérieure du Palais royal contiguë à la chapelle, serait dû à un court-circuit, mais les enquêteurs ne veulent négliger aucune piste, y compris celle d’un incendie criminel. Il paraît désormais certain que le feu a pris à hauteur du faux-toit qui se trouve à la base de la coupole en bois de la chapelle, dont les travaux de restauration étaient en cours d’achèvement. Celle-ci est d’ailleurs à l’origine du sauvetage miraculeux du Saint Suaire, puisque la relique avait été temporairement mise à l’abri derrière le maître-autel de la cathédrale, dans une châsse blindée dont le triple vitrage a dû être brisé à coup de masse par les pompiers. Si le Saint Suaire est indemne – il sera comme prévu exposé en 1998 –, la chapelle a en revanche subi des dégâts considérables qui compromettent sérieusement la stabilité de sa structure architecturale. Les pierres et les marbres du tympan ont brûlé en profondeur ; quelques colonnes se sont écrou­lées ; les stucs et la décoration sont gravement endommagés, peut-être irrécupérables, comme les statues en marbre des souverains de la Maison de Savoie, et l’orgue datant de 1881 est probablement perdu.

84 peintures parties en fumée
Les destructions ne sont pas moindres dans l’aile ouest du Palais Royal, construit au XVIIe siècle. La galerie de bois qui permettait à la famille royale de Savoie d’accéder directement à la chapelle du Saint Suaire a été entièrement détruite. La grande tour ouest du palais a été endommagée, et une partie du toit s’est écroulée. Une salle du deuxième étage transformée en réserve est partie en fumée : d’après les inventaires, 84 des 189 peintures des XVIIIe et XIXe siècles ont brûlé. La grande quantité d’eau déversée afin d’éteindre l’incendie a en outre provoqué des dégradations considérables. Ainsi, une partie des fresques de l’escalier monumental, récemment restauré, se sont délitées. L’eau s’est de surcroît infiltrée jusque dans le salon des Suisses, détériorant une fresque du XVIIe siècle. Après l’incendie criminel du théâtre de La Fenice à Venise et les pluies torrentielles qui ont entraîné l’effondrement de la coupole de la cathédrale de Noto en Sicile, c’est la troisième fois en quinze mois que l’Italie assiste, impuissante, à la disparition de ses trésors artistiques. Nul doute que la "carte du risque" rendue publique le 18 juin sera d’une grande utilité pour la préservation de ce patrimoine fragile et menacé.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°37 du 2 mai 1997, avec le titre suivant : Turin brûle-t-il ?

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