Vendredi 19 juillet 2019

Patrimoine - Unesco

Nouvelles inscriptions au patrimoine immatériel de l’Unesco

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 12 décembre 2018 - 660 mots

PORT-LOUIS / MAURICE

39 nouvelles expressions culturelles vivantes ou menacées ont été retenues cette année par le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Les modalités d’inscription de ces pratiques ou savoir-faire sur les différentes listes sont très codifiées.

Parfumerie Fragonard Grasse
Parfumerie Fragonard, Grasse (Côte d'Azur, France)

Port-Louis (Maurice). Les parfums de Grasse, les notes rythmées du reggae, la lutte coréenne, l’art des marionnettes en Égypte. À première vue, et comme souvent depuis les premières inscriptions en 2008, la nouvelle fournée de la Liste du patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco ressort d’un inventaire à la Prévert. En réalité, ces inscriptions sont le fruit d’un processus répondant à des critères rigoureux, lors de sessions à haute teneur diplomatique. Les 39 nouveaux éléments inscrits au cours de la 13e session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, réunie du 26 novembre au 1er décembre à Port-Louis, ne font pas exception.

En pratique, 178 États parties (sur les 195 États membres de l’organisation) ont ratifié la Convention qui institua le PCI en 2003. Kiribati, Singapour et les Îles Salomon en sont, en 2018, les derniers signataires. Sur ses 178 États, 24 sont élus membres du Comité pour un mandat de quatre ans, et le Comité est renouvelé pour moitié tous les deux ans. La France ne fait actuellement pas partie de ce comité qui préside aux demandes d’assistance, statue sur les candidatures d’inscription et gère les quelque 8,5 millions d’euros figurant au budget du PCI.

Trois listes

La diversité du champ d’expertise du PCI est revendiquée par l’organisation : la liste « vise à assurer une plus grande visibilité aux traditions et aux savoir-faire portés par les communautés sans pour autant leur reconnaître de critère d’excellence ou d’exclusivité ». Ce dernier point distingue donc ces éléments de ceux du patrimoine culturel et naturel. Traditions et expressions orales, arts vivants, pratiques sociales et rituels, connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, artisanat traditionnel sont les cinq grands domaines d’action du PCI. Chaque État partie est libre de déposer une candidature seul, et/ou une candidature conjointe avec un ou plusieurs États, sur trois listes : la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente (lire l’encadré) et le Registre des bonnes pratiques de sauvegarde.

Cette année, la France a réussi à faire inscrire les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse. « Chérie et développée depuis des siècles, cette pratique est un symbole de l’identité de la communauté. Elle joue un rôle essentiel dans la vie sociale de la communauté, comme en témoignent les célébrations religieuses et les fêtes locales consacrées aux plantes aromatiques », note le comité d’évaluation de l’Unesco dans sa recommandation positive d’inscription. En collaboration avec la Croatie, Chypre, la Grèce, l’Italie, la Slovénie, l’Espagne et la Suisse, la France a également pu faire inscrire « L’art de la construction en pierre sèche : savoir-faire et techniques ».

En revanche, le comité d’évaluation avait recommandé de surseoir à l’inscription du reggae, déplorant ici une candidature qui insistait sur « l’unicité » de la tradition et soulignait « la reconnaissance mondiale de la Jamaïque comme le berceau du reggae, au lieu de contribuer à une meilleure compréhension du patrimoine culturel immatériel dans son ensemble et d’améliorer sa visibilité ». Le Comité réuni à Port-Louis est passé outre la critique et a inscrit le reggae.

Lors de cette 13e session, le déroulé bien huilé de l’organisation a été marqué par une annonce « sans précédent », selon les termes de la directrice générale, Audrey Azoulay. À l’initiative de l’Unesco, la République populaire démocratique de Corée et la République de Corée ont accepté de fusionner leurs demandes – à l’origine distinctes – de classement de la lutte traditionnelle coréenne. Orthographiée « ssirum » par le Nord et « ssireum » par le Sud, cette lutte est très populaire des deux côtés de la frontière. Surtout, c’est la première fois que Pyongyang et Séoul collaborent au sein d’une instance internationale, « un pas hautement symbolique sur le chemin de la réconciliation intercoréenne », s’est félicitée la directrice générale.

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°513 du 14 décembre 2018, avec le titre suivant : Nouvelles inscriptions au patrimoine immatériel de l’unesco

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