Mercredi 11 décembre 2019

Musée

Nouveau départ pour le Musée des beaux-arts de Lausanne

Par Ingrid Dubach-Lemainque · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 2019 - 843 mots

LAUSANNE / SUISSE

Le musée cantonal inaugure la « Plateforme 10 », un ancien site ferroviaire superbement réhabilité qui intégrera en 2020 le Musée de design et d’arts appliqués contemporains et le Musée de la photographie de l’Élysée.

Le nouveau bâtiment du Musée des beaux-arts de Lausanne. © Photo Matthieu Gafsou.
« Plateforme 10 », le nouveau bâtiment du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne
© Photo Matthieu Gafsou

Lausanne. Le site a de quoi surprendre : c’est dans le prolongement de la gare de Lausanne, le long de la voie ferrée, que le nouveau « Quartier des arts » imaginé par la ville romande voit le jour. Premier bâtiment de ce projet à se concrétiser, le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) ouvrira ses portes le 5 octobre. En 2020, le Mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains) et le Musée de la photographie de l’Élysée rejoindront le site dans un bâtiment actuellement en chantier signé des architectes portugais Manuel et Francisco Aires Mateus. Il a été baptisé « Plateforme 10 », en clin d’œil aux neuf quais voisins de la gare ; « L’endroit était complètement oublié, ignoré des Lausannois », explique le bureau d’architecture barcelonais Barozzi/Veiga qui a remporté le concours d’urbanisme du site et du nouveau MCBA : « Il fallait l’ouvrir et créer la ville ici. » Pour une ville en pente et étagée comme Lausanne, Plateforme 10 bouscule la topographie urbaine en misant, dans sa partie basse, sur ce nouvel espace public au déploiement longitudinal associé à un parcours de mobilité douce.

Présence de l’ancienne identité industrielle

Il y a encore quelques années, deux halles dévolues à l’entretien des locomotives des chemins de fer fédéraux s’élevaient sur les 22 000 mètres carrés de l’emplacement de Plateforme 10. De ce passé industriel et ferroviaire, subsistent à présent quelques traces intégrées au nouveau projet : la présence de l’ancienne plaque tournante, des portions de rail et bientôt une mythique locomotive suisse, la « Crocodile ». Revisitée pour l’occasion par les artistes Olivier Mosset et Xavier Veilhan, elle accueillera les visiteurs sur le parvis. Selon le directeur du musée, Bernard Fibicher, « l’ancienne identité industrielle s’affiche » aussi dans le revêtement en brique claire du nouveau MCBA, long vaisseau de 145 mètres qui s’élève à l’emplacement de la halle de 1911 et dont la silhouette évoque une fabrique ou un containeur. Très lisse et monolithique côté rails, sa façade est rythmée d’ouvertures côté parvis. À l’intérieur, amplifiée par des murs en béton, c’est la présence de la lumière qui frappe d’emblée. L’immense hall d’entrée, abritant un gigantesque arbre coulé dans le bronze de Giuseppe Penone, au titre symbolique de Luce e Ombra, s’ouvre sur un pignon à baie cintrée, vestige de la halle historique, où le visiteur peut contempler les rails au premier plan, les toits de la ville ou plus loin le lac Léman avec les sommets des Alpes. Tandis que le rez-de-chaussée s’ouvre sur des espaces de restauration, la librairie, l’auditorium et la bibliothèque, les deux étages supérieurs se divisent entre salles de collection permanente à l’ouest et salles d’exposition temporaire à l’est. La lumière entre de plain-pied grâce à de hautes fenêtres au premier étage du bâtiment, une verrière offrant la possibilité d’une lumière zénithale modulée au second étage.

Près de 3 000 mètres carrés sont désormais mis à la disposition de la collection du MCBA qui était hébergée depuis 1906 au sein du palais de Rumine, imposant pastiche de style italianisant de la fin XIXe siècle situé dans le haut de la ville. Y partageant des espaces exigus avec la bibliothèque universitaire et plusieurs musées scientifiques, le musée d’art manquait non seulement de surfaces d’exposition, mais aussi de réserves et enfin de visibilité. Riche de plus de 10 000 œuvres, il possède des fonds exceptionnels d’artistes suisses tels que Louis Soutter, Charles Gleyre ou Félix Vallotton. La fondation dévolue à ce dernier peintre et graveur vaudois de talent a établi d’ailleurs ses archives et son centre de recherches au sein du nouveau MCBA, tout comme la Fondation Toms Pauli, tournée vers l’art de la tapisserie.

L’adhésion de la population

Bien que le constat de l’exiguïté des locaux du musée remonte à plus longtemps, il a fallu attendre les années 1990 pour que naisse une vraie réflexion sur la question : à la suite d’un premier projet avorté, le site actuel est choisi en 2009. Que dix années plus tard, sans retard de chantier et en respectant le budget initial, le nouveau musée ouvre ses portes, « c’est pour la Suisse, d’une rapidité incroyable », s’enthousiasme Bernard Fibicher, faisant allusion aux nombreux écueils que la démocratie directe aurait pu faire subir à un projet de cette envergure.

C’est que « l’idée a dès ses débuts remporté l’adhésion quasi unanime de la population locale ». Et, par ricochet, elle a « galvanisé les donations », se félicite Bernard Fibicher, donnant lieu à des centaines de nouvelles entrées dans les collections du MCBA, telles des pièces uniques d’exception de Klee, Rodin, Soulages ou Thomas Hirschhorn. Il n’est donc pas surprenant que l’exposition inaugurale du musée, « Atlas. Cartographie du don », rende hommage à ses généreux mécènes. Atlas musical ou des forêts, carte du Tendre ou cartographie de la douleur : par le biais d’un parcours thématique faisant dialoguer œuvres de facture, de style et d’époque variées, la collection s’y dévoile dans toute sa diversité.

Plateforme 10. Musée cantonal des beaux-arts,
place de la Gare 16, Lausanne, mcba.ch. Exposition « Atlas. Cartographie du don », du 5 octobre au 12 janvier 2020.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°529 du 20 septembre 2019, avec le titre suivant : Nouveau départ pour le Musée des beaux-arts de Lausanne

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