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Dans les cartons de Lausanne trois musées pour locomotive culturelle

Par Christine Coste · L'ŒIL

Le 23 mai 2013 - 1127 mots

LAUSANNE / SUISSE

Le regroupement de trois musées sur un unique et immense espace situé au cœur de la capitale du canton de Vaud est l’exemple d’une ambition culturelle portée par la population locale.

En 2008, le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCBA) était loin d’imaginer qu’à l’aube des années 2020, il côtoierait physiquement le Musée de l’Élysée pour la photographie et le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac), voire que certains de leurs services techniques respectifs (le gardiennage, la médiation…) pourraient être fédérés en un seul. Il est cependant des destins contrariés qui débouchent sur des perspectives imprévues au final bien plus prometteuses et bien plus ambitieuses. De fait, lorsque le 30 novembre 2008, le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne a vu son projet de construction d’un nouvel édifice sur le site de Bellerive, au bord du lac Léman, rejeté à une courte majorité par les habitants du canton de Vaud, il ne s’attendait pas à un tel coup de massue.

L’ancienne halle d’entretien des locomotives
« Ce fut une gifle magistrale pour nos élus et notre parlement qui, vexés, se sont remis à travailler sur un nouveau projet », se souvient Bernard Fibicher, directeur du MCBA. Trop à l’étroit depuis bien longtemps dans les espaces du deuxième étage du palais de Rumine, tant pour les expositions que pour le stockage de ses vastes et riches collections, « le musée devait en effet trouver un autre site où s’implanter pour mener à bien ses projets de développement, d’exposition et ses missions vis-à-vis du public », poursuit-il.
Au bout d’un an, et après que chaque commune du canton a fait des propositions d’implantation, l’ancienne halle d’entretien des locomotives de la Compagnie ferroviaire suisse de Lausanne est ainsi apparue comme l’endroit idéal. D’abord par sa situation en bordure de la gare de Lausanne, qui draine chaque année des millions d’utilisateurs – vingt millions actuellement, quarante dans vingt ans –, mais aussi par la grandeur du site : 22 000 m2 de surface, largement suffisant pour absorber les besoins du MCBA de 11 000 m2 en surface brute dont 3 300 m2 partagés entre autres entre collection permanente (1 620 m2) et exposition temporaire (1 200 m2).
« L’idée d’un regroupement de musées sur le modèle du MuseumsQuartier de Vienne ou de la Museumsinsel de Berlin, mais aussi sur celui du Löwenbräukunst à Zurich ou du quartier des Bains à Genève, a ainsi germé », explique Olivier Kaeser, codirecteur avec Jean-Paul Felley du Centre culturel suisse à Paris. Il reste à lancer désormais le concours d’architecture qui définira la silhouette de leurs nouveaux bâtiments. Car pour l’instant, seul le projet « Bleu » du jeune bureau barcelonais Estudio Barozzi Veiga, vainqueur en septembre 2011 du concours lancé pour le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne et l’aménagement global du site, vient d’obtenir les 76 millions de francs suisses de crédit pour la construction. Le pôle muséal envisagé à Lausanne par les autorités régionales et municipales, intitulé Plate-forme, doit encore obtenir d’autres crédits du Conseil d’État pour venir à bout de cet ambitieux projet.

À Zurich, à l’exemple d’un regroupement réussi
La prudence est donc encore de mise dans un pays où la consultation de la population, voire la mise au vote, est de rigueur. Lausanne ne possède pas la même puissance financière ni la taille de Genève ou Zurich, autres villes helvétiques à avoir encouragé des regroupements. « Genève fut la pionnière en la matière », rappelle Jean-Paul Felley. Après l’aménagement en 1994 du Musée d’art moderne et contemporain dans une ancienne usine désaffectée, le quartier des Bains est devenu le pôle d’art contemporain de la ville où se côtoient le Centre d’art contemporain et le Centre de la photographie rejoints progressivement par quinze galeries.
En 1996, Zurich a connu elle aussi le même type d’initiative à l’ouest de la ville, ancienne zone d’implantation d’usines, notamment de la brasserie Löwenbräu où se sont arrimés le Migros Museum für Gegenwartskunst puis le Kunsthalle, la Fondation Luma, des galeries aussi, une librairie et un éditeur de livres d’art. La rénovation entre 2010 et 2012 des espaces du Löwenbräukunst par le bureau Gigon/Guyer et WW a renforcé d’ailleurs le rôle moteur de cet îlot dédié à l’art dans la reconnaissance de la ville comme capitale de l’art contemporain en Suisse.
Une stratégie que Lausanne entend bien concrétiser à sa manière avec le pôle muséal Plate-forme, manière à ses yeux de consolider et de propulser une identité culturelle forte autour d’un Musée cantonal des beaux-arts aux collections largement méconnues, d’un musée de la photographie (le Musée de l’Élysée) à la renommée  internationale et d’un Mudac à la dynamique ascensionnelle. En attendant, un billet d’entrée payant commun, et valable pendant trois jours pour les trois institutions, a été instauré l’an dernier.

Trop à l’étroit, le Kunstmuseum de Bâle s’agrandit

Riche d’une collection de renommée internationale, notamment pour ses nombreuses œuvres d’Holbein, le Kunstmuseum de Bâle ne peut actuellement exposer que 5 % de ses collections, faute d’espace suffisant. À partir de 2016, une extension, conçue par Christ & Gantenbein, lui permettra de doubler le nombre de pièces présentées, notamment ses grandes œuvres contemporaines, trop volumineuses pour les salles actuelles. Cette extension, reliée au bâtiment originel par un souterrain, accueillera également un second espace d’exposition temporaire.

Migros, du commerce de détail au musée à Zurich

Migros, en Suisse, est connu pour être le plus grand groupe de grande distribution du pays. Il est aussi le fondateur du Migros Museum für Gegenwartskunst, aménagé en 1996 sur l’ancien site des brasseries Löwenbräu à Zurich se rangeant parmi les centres d’art contemporain les plus importants au monde au regard des institutions publiques et privées qui l’occupent. Dès sa création dans le Löwenbräukunst, ce musée d’art contemporain a bénéficié de la collection que le fondateur de Migros, Gottlieb Duttweiler, a commencé à constituer à partir de 1957. Forte d’œuvres de Warhol, Richter, LeWitt et Kippenberger, soucieuse également dès son origine de soutenir la jeune scène artistique suisse, celle-ci, dotée aujourd’hui de plus de 1 200 pièces, se concentre depuis 2002, année de la nomination de Heike Munder à la direction du Migros Museum, sur l’art performatif et sculptural.

La réouverture du musée à l’automne dernier, après une rénovation totale, permet de prendre la mesure de l’esprit de cette collection à laquelle l’espace du rez-de-chaussée est réservé, l’étage supérieur accueillant les expositions temporaires. « Collection on Display » présente ainsi jusqu’au 18 août des œuvres de la collection, caractéristiques de la création sculpturale actuelle. Parmi elles figurent les pièces du jeune sculpteur suisse Valentin Carron, représentant cette année la Suisse à la Biennale de Venise, tandis qu’à l’étage se déploie l’exposition de l’artiste islandais Ragnar Kjartansson dont le musée, également centre de production, a produit la vidéo The Visitors.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°658 du 1 juin 2013, avec le titre suivant : Dans les cartons de Lausanne trois musées pour locomotive culturelle

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