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Nancy ouvre la villa Majorelle, joyau de l’Art nouveau

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 5 mars 2020 - 840 mots

NANCY

La maison de Louis Majorelle est enfin accessible au public. Sa restauration est le fruit d’investigations, notamment sur le mobilier, menées sans relâche depuis plus d’une vingtaine d’années.

Façade restaurée de la Villa Majorelle. © Ville de Nancy.
Façade restaurée de la Villa Majorelle.
© Ville de Nancy.

Ouverte le 15 février dernier, la villa Majorelle dote Nancy d’un nouveau site important pour appréhender les révolutions et l’importance de l’Art nouveau pour la cité lorraine et son pouvoir d’attraction dépassant bien des frontières. Le projet d’ouverture, né au début des années 2000, a conduit à une véritable enquête autour du mobilier et du décor de la maison.

Cette villa aux dimensions plutôt modestes est bien connue des Nancéens et indissociable de la personnalité de Louis Majorelle (1859-1926), ébéniste, décorateur, entrepreneur et pilier du mouvement de l’école de Nancy.

Salle à manger de la villa Majorelle après restauration. © MEN/Photo S. Levaillant.
Salle à manger de la villa Majorelle après restauration.
© MEN/Photo S. Levaillant.

En 1898, Majorelle décide de faire construire sa maison personnelle à deux pas de son entreprise familiale et fait appel à un architecte parisien de 26 ans, Henri Sauvage (1873-1932). Le jeune homme est déjà intégré dans un réseau d’artistes qui intervient sur la villa : le céramiste Alexandre Bigot réalise les grès flammés décoratifs et le peintre Francis Jourdain conçoit les peintures de la salle à manger, tandis que le maître verrier nancéen, Jacques Grüber, est chargé des vitraux des pièces principales. Ensemble, ses artistes et artisans expérimentent, inventent…

Au sein du parc d’un hectare, la maison, qui accueille dès 1902 l’intimité de la famille Majorelle, est connue du public par les catalogues de l’entreprise Majorelle. La société familiale promeut en effet ses compétences à travers la décoration et l’ameublement de la villa astucieusement disponibles à la vente. Œuvre totale de l’Art nouveau qui éclôt alors à Nancy, la villa Majorelle est un ensemble cohérent où les palettes chromatiques, les motifs végétaux et floraux, les formes souples et fluides sont autant d’éléments qui lui confèrent son unité et son harmonie. C’est donc un véritable manifeste de l’Art nouveau, construit pour un artiste par ses pairs.

De l’état à la Ville

À la mort de Louis en 1926, son fils Jacques Majorelle, occupé à la création de son jardin botanique de Marrakech, vend la maison familiale. Le mobilier alors est dispersé et le jardin découpé en lots. L’État achète la maison pour y loger des administrations. Miraculeusement, la maison sort presque indemne des années 1960 et 1970, des décennies peu soucieuses de préserver à Nancy un Art nouveau passé de mode. Inscrite en 1975, puis classée en 1996, la villa Majorelle intègre le giron de la Ville de Nancy en 2003. S’il faut attendre 2017 pour que les dernières administrations quittent les étages et que le chantier intérieur de restauration commence, le projet d’ouverture de la villa Majorelle est mis en chantier dès le début des années 2000, confié au Musée de l’école de Nancy sous la houlette de Valérie Thomas, sa directrice.

Objectif : retrouver l’état de la maison telle qu’elle fut aménagée et habitée par Louis Majorelle, entre 1902 et 1926, sans en faire un musée bis. Pour ce faire, Nancy a dans ses collections le mobilier de la chambre à coucher principale, acquis en 1984, et celui de la salle à manger, entré dans les collections en 1996. Elle dispose aussi des multiples catalogues inspirés du mobilier de la villa.

En 2003, la Ville se porte acquéreur de l’album de famille des Majorelle auprès des descendants : 230 clichés intimes, témoins de la vie de la famille dans la villa, loin des descriptions figées des catalogues de l’entreprise. Doté de ces différents éléments patrimoniaux, le projet constitue un comité scientifique de six spécialistes de l’Art nouveau et de conservateurs, dont François Loyer, historien de l’architecture, et Françoise Aubry, conservatrice honoraire du Musée Horta à Bruxelles.

La décoration originale mise au jour

Entre 2016 et 2017, les toitures et les façades ont été entièrement restaurées. Puis, en 2019, a débuté la restauration intérieure. Sondages et stratigraphies ont révélé une palette chromatique aux teintes lumineuses et douces, et des motifs délicats appliqués au pochoir. « La couleur a repris le dessus dans cette maison », explique avec satisfaction Valérie Thomas. Entre restauration et restitution, le décor a été traité au cas par cas avec l’aval du comité scientifique. Ainsi, les luminaires de la salle à manger ont été recréés par le Centre de recherches et de formation aux arts verriers, et le lustre Algues de Majorelle-Grüber est venu remplacer celui trop (et mal) restauré de la cage d’escalier.

Près de cent objets remeublent dorénavant la villa. Depuis une dizaine d’années, le Musée de l’école de Nancy acquiert en priorité les pièces originaires de la villa. Pour les meubles manquants, des pièces équivalentes ont été choisies dans les collections nancéennes. Un piano à queue, qui prenait place dans le salon, n’a pas fait le déplacement depuis le musée. Et pour cause : les lieux, exigus, sont limités à une jauge de 64 personnes. Le port de couvre-chaussures est obligatoire afin de préserver les moquettes qui confèrent à l’endroit une atmosphère intime.

En 2022, une salle de bains et des ateliers pédagogiques, ainsi que l’atelier de peinture de Louis Majorelle viendront parachever ce projet ambitieux.

Villa Majorelle,
1, rue Louis-Majorelle, 54000 Nancy.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°540 du 28 février 2020, avec le titre suivant : Nancy ouvre la villa Majorelle, joyau de l’Art nouveau

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