Dimanche 16 décembre 2018

Musée

Accueil des publics - 7/7, des ambitions revues à la baisse

Musées, le point sur le 7e jour d’ouverture

En 2014, le gouvernement souhaitait ouvrir le Louvre, Orsay et Versailles sept jours par semaine. La mesure qui vient enfin d’être mise en place ne concerne que les scolaires, dans des espaces limités

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 6 décembre 2016 - 869 mots

PARIS

En octobre 2014, le président François Hollande avait émis le souhait que le Louvre, Orsay et Versailles soient ouverts 7 jours sur 7 afin de répondre aux besoins des touristes. Un an plus tard, face aux critiques, il avait dû revoir ses ambitions à la baisse et limiter cette ouverture aux seuls scolaires. Aujourd’hui le dispositif mis en place se révèle très sommaire.

PARIS - Au cœur de l’été 2014, le projet du gouvernement d’ouvrir les trois principaux musées nationaux (Louvre, Orsay, Versailles) 7 jours sur 7 – comme au Met à New York et au Prado à Madrid – avait fuité dans la presse. Interrogé, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, avait parlé d’« une mesure contribuant à renforcer l’attractivité de la France » et « rendue nécessaire par l’augmentation du nombre de touristes à travers le monde », assurant qu’une réflexion était en cours au ministère de la Culture. Si certains visiteurs s’étaient réjouis, beaucoup de professionnels des musées s’y étaient vivement opposés. Car c’est durant leur journée de fermeture hebdomadaire – le lundi pour Versailles et Orsay et le mardi pour le Louvre – qu’ont lieu les activités de maintenance, de conservation préventive, de mouvements d’œuvres pour des prêts, d’accrochages, de restauration d’œuvres, de tournages, de locations d’espaces…, lesquelles ne peuvent être réalisées devant public. Cette levée de boucliers, portée par les syndicats, a conduit le ministère à diligenter à la fin 2014 une étude de faisabilité qu’il a confiée à l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac). Ce long rapport, que le Journal des Arts a pu consulter, conclut qu’il est « extrêmement complexe et peu pertinent d’envisager une ouverture indifférenciée sept jours sur sept de façon pérenne pour les trois établissements ».

Si la mesure n’est pas impossible à mettre à place – à condition d’élargir les plages horaires de la journée –, elle n’en nécessiterait pas moins de « fermer davantage certaines parties des musées tout au long de la semaine, selon un système de rotation régulier, pour tous les travaux et interventions qui nécessitent des amplitudes horaires longues ». Dans le cas du Louvre, une ouverture 7 jours sur 7 conduirait par exemple à fermer l’accès à la Joconde pendant une ou deux semaines par an. « La mauvaise image d’un musée partiellement fermé viendrait annuler et contredire l’effet bénéfique d’une ouverture 7 jours sur 7 », a alerté l’Igac. Des arguments qui, parmi d’autres, ont semblé convaincre le gouvernement. Car dès lors, c’est vers le projet d’une ouverture réduite le septième jour qu’il s’est orienté, en suivant la première préconisation de l’Igac qui n’est pas dirigée vers le développement de l’offre touristique. Le rapport suggère en effet de réserver ce jour à l’accueil des publics spécifiques, en particulier les groupes d’élèves et de personnes handicapées.

« Le jour des scolaires »
À la rentrée 2015, inaugurant une exposition à l’Institut de monde arabe, le président de la République avait annoncé que le jour de fermeture deviendrait dès l’automne « le jour des scolaires » pour leur offrir un contexte de visite privilégié (sans que cela ne les empêche de venir les autres jours). Inquiets, les syndicats avaient riposté. Le Musée d’Orsay a fait grève et a gardé ses portes closes quelques jours en septembre 2015. « L’annonce d’une ouverture aux scolaires ressemble fort à une habile mesure transitoire pour revenir à terme à l’idée initiale : ouvrir largement aux touristes 7 jours sur 7 », dénonçait notamment la CGT-Culture. Le gouvernement a semblé abandonner la partie, d’autant que les attentats de novembre ont vidé les musées de leurs groupes d’élèves et que toute l’attention des établissements culturels s’est portée sur le renforcement de la sécurité. Mais en juin 2016, le président de la République a annoncé, lors de l’inauguration des nouveaux espaces d’accueil du château de Versailles, une ouverture spéciale pour les scolaires, entérinée par une convention-cadre signée le 8 juillet entre les trois établissements culturels, le ministère de la Culture et celui de l’Éducation.

Si une large part des syndicats, très attachée à la « respiration » hebdomadaire que constitue le jour de fermeture (pour les équipes du musée mais aussi pour le monument et les œuvres) a de nouveau manifesté son opposition, plusieurs représentants syndicaux reconnaissent que les directions d’institution ont « construit un projet qui tient davantage compte des réticences du personnel ».

Parcours restreint
Afin de faciliter le bon voisinage avec les nombreuses tâches qui rythment le jour de fermeture, le nombre des groupes de visiteurs a été revu à la baisse (9 groupes par lundi doivent être reçus à Orsay à partir de décembre, contre les 80 initialement évoqués), tout comme les espaces ouverts à la visite. Le Louvre, qui a commencé à recevoir des groupes en novembre, a restreint le parcours à son espace d’initiation à l’histoire de l’art, la Petite Galerie, et à quelques salles de sculpture. À Versailles, les scolaires et publics du champ social pourront bientôt visiter le lundi le musée de l’histoire de France et autres espaces plus méconnus du château mais n’auront pas accès à la galerie des Glaces, en nettoyage.

On est donc loin de l’ouverture 7 jours sur 7 tous azimuts, même si le projet peut être remodelé avec le temps. Sera ainsi certainement examiné le succès que rencontreront auprès des enseignants et des relais culturels ces nouvelles offres de visites privilégiées, mais réduites, qui ont nécessité au total l’emploi d’environ 60 agents supplémentaires.

Légende photo

La nef centrale du Musée d'Orsay avec du public © Musée d'Orsay

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Musées, le point sur le 7e jour d’ouverture

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