Lundi 17 décembre 2018

Musées berlinois, un écosystème perturbé

Le déplacement des collections de la Gemäldegalerie, qu’entraînerait le don de la collection Pietzsch, fait débat.

BERLIN - Sans les dons de collectionneurs, les musées d’État de Berlin seraient d’une pauvreté extrême en art moderne classique. La raison principale remonte au temps du nazisme, où l’« art dégénéré » était interdit, voire détruit. Hermann Parzinger, directeur de la Fondation du patrimoine culturel prussien, qui rassemble les musées d’État berlinois, l’a bien compris : « Les collectionneurs collectionnent de l’art, et nous, nous collectionnons les collectionneurs », a-t-il ironisé le 15 mars lors de la réouverture du Musée Berggruen, un des six musées qui composent la Nationalgalerie, après deux ans de travaux d’agrandissement. Ce musée présente la collection de Heinz Berggruen, père du collectionneur d’art contemporain Nicolas Berggruen.

Manque de place
Lors de la cérémonie d’inauguration, qui a eu lieu en présence du ministre de la Culture, de députés, du Maire de Berlin et d’un parterre de collectionneurs, la polémique liée au don du couple de collectionneurs Pietzsch, polémique qui a débuté en juin 2012, a inévitablement refait surface.
Heiner et Ulla Pietzsch ont offert au Land de Berlin leur collection d’art surréaliste et d’expressionnisme abstrait, estimée pour une valeur de 150 millions d’euros. À une condition : que ces œuvres soient exposées de manière permanente. Heiner Pietzsch, entrepreneur et mécène né en 1930, est membre fondateur de l’Association des amis de la Nationalgalerie. Il est à ce titre tout à fait conscient des problèmes de place auxquels fait face la Neue Nationalgalerie. Ce musée a ainsi décidé d’exposer sa collection permanente en trois tranches chronologiques successives. Il faudra donc attendre au mieux 2015 pour pouvoir contempler à nouveau les tableaux expressionnistes exposés pour la dernière fois en 2011, tout en sachant que le bâtiment devra subir prochainement d’importantes rénovations. Pour résoudre ce problème de place, le Parlement allemand a débloqué en juin 2012 10 millions d’euros afin de rénover le bâtiment de la Gemäldegalerie et le transformer en « musée des Modernes », et faire ainsi d’une pierre deux coups : mettre en valeur la collection des modernes classiques de la Neue Nationalgalerie et abriter la collection Pietzsch.

Le hic ? La Gemäldegalerie abrite depuis 1998 une des principales collections de maîtres anciens au monde, qui devrait donc déménager sur l’île aux Musées. S’en est ensuivi un débat « Anciens contre Modernes » qui a rapidement pris une tournure internationale. Un professeur d’histoire de l’art de Havard, Jeffrey F. Hamburger, a lancé une pétition prônant le statu quo à la Gemäldegalerie. Cette décision implique en effet de transporter des œuvres d’une extrême fragilité dans un endroit temporaire, avant de les déplacer une nouvelle fois dans leur lieu d’accueil définitif. Par ailleurs, une grande partie des œuvres n’étaient accessibles au public que depuis quinze ans, après une longue absence due d’abord à la Seconde Guerre mondiale puis à la séparation des collections entre les deux Allemagnes pendant la guerre froide. Le risque est grand de les voir disparaître de nouveau dans les réserves jusqu’à la mise à disposition d’un bâtiment adapté, ce qui, étant donné les déficits chroniques du budget berlinois, pourrait durer jusqu’à 2020.

Contre une solution provisoire
Du côté des partisans des modernes, on affirme que le déplacement des œuvres des maîtres anciens sur l’île aux Musées créerait un ensemble cohérent, une sorte de musée universel qui s’étendrait de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Selon eux, la Gemäldegalerie, située à proximité de la Neue Nationalgalerie, n’attire, du fait de son emplacement, qu’un nombre de visiteurs limité en regard du prestige de sa collection. Ils soulignent enfin le manque de place récurrent de la Neue Nationalgalerie. Quant au couple de collectionneurs Pietzsch, il a menacé purement et simplement de retirer sa promesse de don si une solution satisfaisante n’était pas trouvée.
La Fondation du patrimoine culturel prussien a commandé en septembre dernier une étude de faisabilité pour trouver une solution alternative au déménagement de la Gemäldegalerie, ce qui avait permis une accalmie provisoire. Cette étude, qui était prévue pour le printemps, ne sera finalement pas remise avant l’été prochain. Le ministre délégué à la Culture au sein du gouvernement fédéral allemand, Bernd Neumann, souhaite une résolution rapide de la question : « Si un déplacement de la Gemäldegalerie était envisagé, il devrait avoir lieu directement dans un nouveau bâtiment. Une solution provisoire n’aurait pas de sens », a-t-il ajouté lors de la réouverture du Musée Berggruen.

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Gemäldegalerie

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La Gemäldegalerie, vue de l'entrée sur la Sigismundstraße, Berlin-Tiergarten - © Photo Maximilian Meisse/Staatliche Museen zu Berlin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°390 du 26 avril 2013, avec le titre suivant : Musées berlinois, un écosystème perturbé

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