Dimanche 22 septembre 2019

Musée

Lorient veut récupérer son musée

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 1 février 2019 - 848 mots

LORIENT

Le Musée de la Compagnie des Indes, installé dans la Citadelle de Port-Louis aux côtés du Musée de la Marine, devrait revenir à Lorient d’ici 2023 dans le cadre d’un projet architectural et muséographique.

La citadelle Vauban de Port-Louis - Photo : O.T. Lorient
La citadelle Vauban de Port-Louis
© Photo : O.T. Lorient

Lorient. Paradoxalement, le Musée de la Compagnie des Indes (MCI), seul musée municipal de la Ville de Lorient, se trouve à l’extérieur de la ville et dans un bâtiment qui ne lui appartient pas. En effet, il est situé à Port-Louis, commune en forme de presqu’île de l’autre côté de la rade de Lorient, et dans la Citadelle, propriété de l’État, mise à disposition par le ministère des Armées, qui en a confié la gestion au Musée national de la Marine (MNM).

Ce montage complexe qui dure depuis 1984 (date d’ouverture du MCI) vient d’être remis en question par le conseil municipal de la Ville de Lorient. Le 20 décembre dernier, celui-ci a voté l’approbation d’un projet scientifique et culturel (PSC) actualisé du MCI, en décidant dans la foulée de procéder « à une étude de préprogrammation, explorant l’hypothèse d’un déplacement du MCI à Lorient, qui se traduirait par la commande d’un projet architectural et muséographique ». Cette étude, dotée de 100 000 euros, devrait permettre de débuter un phasage du projet d’ici à deux ans, avec l’objectif d’ouvrir le nouveau musée à l’horizon 2023.

Un Musée de la mer jamais sorti des eaux

Pour comprendre les raisons de cette décision et la situation étonnante du musée, il faut remonter aux années 1970 et aux projets de Luc Marie Bayle, alors directeur du Musée national de la Marine. Commandant et peintre de marine, il promeut la création dans la Citadelle de Port-Louis d’un grand « Musée de la mer pour l’Atlantique », sorte de projet muséographique global comprenant des parcours permanents, des espaces d’expositions temporaires et un musée à flots de bateaux anciens. Sont même évoqués un hôtel et un restaurant. En 1978, le Musée de la Marine ouvre son espace dans l’Arsenal. « La Ville de Lorient avait été invitée à développer une partie de la scénographie de la Citadelle », explique l’actuelle directrice du MCI Brigitte Nicolas. Car, en parallèle, Lorient a développé l’idée d’un Musée de la Compagnie des Indes, projet conçu après les fêtes du tricentenaire de la ville en 1966. Cette année-là, une grande exposition commémorative, « Lorient et la mer » jouit d’un accueil très favorable : la Ville reçoit en cadeau un embryon de collection, et improvise une salle d’exposition durant les mois d’été, en enrichissant peu à peu cet ensemble.

En 1984, Lorient inaugure le MCI dans la Citadelle, mais en réalité, le projet d’un grand Musée de la mer a été abandonné par les autorités avec le départ de deux vaisseaux anciens en 1981.

« Il est difficile aujourd’hui de savoir exactement pourquoi le Musée de la mer pour l’Atlantique n’a pas vu le jour, laissant seuls en “rade” le MCI dans la citadelle de Port-Louis avec la petite exposition du MNM dans l’arsenal », note le projet scientifique et culturel (PSC) du Musée de la compagnie des Indes. Avec une billetterie commune, les deux entités présentes dans la Citadelle affrontent donc les années 1990 et 2000 avec un projet inabouti et bancal, en cohabitant sans collaborer.

Aujourd’hui, le MCI n’a ni salles consacrées aux expositions permanentes, ni réserves suffisantes, et encore moins d’espaces pour des ateliers pédagogiques, forçant les équipes à se débrouiller. « La litanie des problématiques est infinie », note Brigitte Nicolas, qui a réussi à monter en 2018 un service des publics. Les collections continuent de s’enrichir au fil des ans, pour atteindre 1774 objets ou séries d’objets en 2018, grâce à un budget d’acquisition de 50 000 euros par an, enrichi de subventions qui doublent la somme certaines années. Des œuvres particulières, très variées, allant de maquettes de navires à des étoffes indiennes, des porcelaines de Chine aux objets indo-portuguais, témoignages de la présence européenne en Asie notamment au XVIIIe siècle, période d’essor des comptoirs occidentaux.

Depuis que le Musée de la marine a validé en 2017 un PSC mettant en avant la thématique des fortifications à Port-Louis, écartant l’inclusion du MCI dans ce projet, les édiles lorientais sont convaincus que l’avenir du musée se situe de l’autre côté de la rade, dans le secteur du Péristyle. Proche de l’hyper-centre, le quartier de 23 hectares a été racheté par la Ville à la Marine nationale en 2007. « L’idée du musée au Péristyle est présente dès 2006 : une étude préconisait alors d’y implanter le musée pour en faire le fer de lance culturel du nouveau quartier », commente Emmanuelle Williamson, adjointe à la Culture de Lorient. « Le Péristyle est le berceau historique de la Compagnie des Indes », abonde Brigitte Nicolas.

Mais retourner dans Lorient signifie perdre l’écrin de la Citadelle qui accueille 70 000 visiteurs à l’année. Selon Emmanuelle Williamson, « 42 % des visiteurs viennent principalement pour le Musée de la Compagnie des Indes, mais il y a un vrai risque à délocaliser le musée ». Le sujet pourrait devenir un enjeu lors de la prochaine campagne municipale en 2020. « Maintenir un statu quo serait la pire des solutions pour le musée », prévient Brigitte Nicolas.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°516 du 1 février 2019, avec le titre suivant : Lorient veut récupérer son musée

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