Londres - Du haut de l’abbaye de Westminster

Vingt-deux ans de travaux de restauration s’exposent

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 716 mots

La restauration la plus complète jamais réalisée à l’abbaye de Westminster s’achèvera cet automne. D’ici là, une exposition permet aux visiteurs d’assister aux dernières opérations en accédant aux toits de l’abbaye.

LONDRES (de notre correspondant) - À l’opposé de la politique actuelle des "conservateurs" prudents, qui souhaitent préserver au maximum les anciens bâtiments, Donald Buttress, directeur du chantier de Westminster Abbey, considère qu’une "restauration intégrale" était nécessaire : "Essayer de sauver le plus possible de pierres originales, alors qu’elles étaient rongées par les intempéries, était tout simplement irresponsable. Des morceaux tombaient… Nous avions le devoir de protéger les visiteurs et de laisser un édifice sûr pour l’avenir.

Il était vital de remplacer une maçonnerie menacée, et de réduire d’autant les dégradations futures". Cette politique a entraîné le remplacement de plus de 20 000 m3 de pierres d’origine abîmées par les intempéries, les deux guerres mondiales, et surtout la pollution atmosphérique.

Bien de la Couronne
En tant qu’église privée de la Reine, l’abbaye a le statut de "bien de la Couronne". Elle n’est pas inscrite sur le nouveau plan de sauvegarde des cathédrales anglaises et n’a pu bénéficier d’aides gouvernementales. L’abbaye de Westminster aura dépensé 25 millions de livres (environ 200 millions de francs) pour cette restauration, dont 750 000 livres (environ 6 millions de francs) auront été fournis par des dons émanant de particuliers, d’œuvres de bienfaisance et d’entreprises.

L’actuelle campagne de restauration est la quatrième en date. La première remonte au XIIIe siècle, lorsque Henri III a transformé l’ancienne abbaye normande d’Édouard le Confesseur en église gothique. Au début du XVIIIe siècle, Wren et Hawksmoor ont restauré le bâtiment et construit les tours occidentales, en respectant scrupuleusement le style original. La troisième grande restauration fut entreprise par Wyatt, Blore, Scott et Poarson, au XIXe siècle.

Les travaux qui s’achèveront à l’automne ont commencé en 1973, du côté nord de la nef, puis ont progressé dans le sens des aiguilles d’une montre : transept nord, abside, transept sud et côté sud de la nef. Les deux parties qui exigeaient les travaux les plus importants, la façade ouest et la chapelle d’Henri VII, ont été restaurées en dernier.

Quatorze martyrs du XXe siècle
La restauration de la façade ouest, achevée pour l’essentiel il y a deux ans, a exigé l’enlèvement des crampons rouillés et le remplacement des blocs endommagés. Une partie de la tour nord-ouest, qui gardait l’un des plus vastes parements en pierre de Caen, datant du Moyen Âge, a été refaite. Quatorze statues grandeur nature sont en cours de réalisation pour remplir les niches vacantes du portail. Celles-ci représenteront des martyrs chrétiens du XXe siècle, issus de différents horizons culturels. La révélation publique de leurs noms, l’année prochaine, risque de provoquer des débats passionnés.

La dernière partie de l’abbaye à avoir été restaurée est la chapelle d’Henri VII, construite au début du XVIe siècle en calcaire tendre de Caen. Gravement endommagée, son parement avait été restauré, par James Wyatt, en pierre de Bath. Les pierres érodées des coupoles, des frises et des parapets les plus exposés ont été remplacées, de même que les sommets des arcs-boutants. "Nous avons employé de la pierre de Portland, plus dure, de façon à protéger les pierres plus fragiles. Cette pierre, plus claire, vient couronner celle de Bath, de couleur crème, créant un contraste visuel et soulignant ainsi les lignes de l’architecture", affirme Donald Buttress.

Les centaines de figures en pierre du XIXe siècle – lions, dragons et lévriers en style néogothique – étaient particulièrement endommagées. Le remplacement de trois cents d’entre elles environ a demandé trois ans de travail à sept sculpteurs. Il s’agit pro­bablement du plus grand projet de sculpture architecturale exécuté au cours de ce siècle en Angleterre. Selon Buttress, "les remplacements améliorent les figures géorgiennes du temps de Wyatt, qui étaient moins vivantes".

Pour retracer ce long chantier de restauration, une exposition est organisée à St Margaret Church, près du chœur de l’abbaye. En outre, les visiteurs pourront emprunter un monte-charge qui les mènera sur les échafaudages, à hauteur du toit. Ils pourront ainsi admirer les détails extérieurs de la chapelle d’Henri VII et profiter d’un superbe point de vue sur le palais de Westminster.

"La restauration de l’abbaye de Westminster", à St Margaret Church, à côté de l’abbaye, fermé le dimanche et certains samedis, jusqu’au 30 septembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Londres - Du haut de l’abbaye de Westminster

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque