Vendredi 28 février 2020

Musée

Le Rijksmuseum change les titres à connotation raciste de ses œuvres

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 15 décembre 2015 - 541 mots

AMSTERDAM (PAYS-BAS) [15.12.15] – Le Rijksmuseum vient de se lancer dans la chasse aux termes potentiellement discriminatoires dans les titres et descriptions d’œuvres présents sur sa base de données. Une démarche soutenue par l’ICOM, mais que certains dénoncent comme le comble du politiquement correct.

Le Rijksmuseum vient de se lancer dans une campagne visant à remplacer les termes pouvant être jugés comme offensants des titres et descriptions des 220 000 œuvres d’art de sa collection numérisée, relate le New York Times.

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue mercredi dernier au musée, Martine Gosselink, chef du département d’histoire du Rijksmuseum a présenté le projet qu’elle a initié, baptisé « ajustement de la terminologie coloniale ». « Le but est de ne plus utiliser les noms donnés par les Blancs pour les autres », a-t-elle ainsi expliqué, mais il ne s’agit pas seulement de modifier les termes potentiellement racistes tels « nègre », « Indien » ou « mahométan », mais plus généralement ceux possédant un caractère discriminatoire de toute sorte, comme « nain ».

Le projet était en phase préliminaire depuis plusieurs années, et est entré en action le mois dernier. Il implique l’ensemble des douze conservateurs du département d’histoire du Rijksmuseum, qui supervisent la numérisation des collections et repèrent les termes potentiellement offensants. Déjà 8 000 œuvres d’art ont été ajoutées à la base de données du musée avant sa réouverture en 2013, sur les 1,1 million d’objets que possède le musée. Martine Gosselink a annoncé que déjà environ 200 titres et cartels ont été identifiés et modifiés. « Jusqu'à présent, nous avons trouvé 132 descriptions incluant le mot "nègre", et il est très facile de changer cela. Mais il y a d'autres mots comme "hottentote" – c’est un nom donné par les Néerlandais au peuple Khoi en Afrique du Sud, et un mot néerlandais qui signifie "bègue". C’est très insultant, et il est très important de changer cela dès que possible ».

Cependant, certains cas posent plus de questions sur la démarche du Rijksmuseum, comme lorsque l’artiste a lui-même utilisé un terme à connotation raciste dans le titre de son œuvre. Le musée modifie malgré tout le titre, tout en conservant l’ancien et en fournissant un contexte historique justifiant l’emploi du terme en question.

C’est la première fois qu’un musée européen fait un tel effort concerté pour changer les titres et les descriptions de ses œuvres, a souligné Raphael Roig, responsable de programmes et secrétaire permanent du comité de déontologie du Conseil international des musées (ICOM). « Nous avons reçu des plaintes à propos d’objets ou d’expositions spécifiques jugés offensants, mais à ma connaissance, c’est la première fois que nous sommes confrontés à un débat en ce qui concerne les titres et les descriptions », a-t-il précisé. « Nous sommes très favorables à la décision du Rijksmuseum ».

Le musée a en effet déjà reçu des réponses positives à cette campagne d’ajustement, mais d’autres personnes dénoncent une démarche « politiquement correcte » qui n’a pas lieu d’être, et souhaiteraient que le Rijksmuseum conserve les anciens titres et ajoute seulement des explications sur le contexte historique. Selon Raphael Roig, « La clé est de trouver l'équilibre entre répondre aux sensibilités des communautés représentées et la sauvegarde de l'histoire ».

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Une des salles Rembrandt du Rijksmuseum à Amsterdam © photo Ludosane pour LeJournaldesArts.fr - 2014

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