Maison d'artiste

Le musée imaginé par Gustave Moreau

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 27 janvier 2015 - 642 mots

PARIS

Doté de nouvelles réserves et d’une confortable salle de consultation, le Musée Gustave Moreau rouvre après un an de travaux.

PARIS - Revenir au plus près de l’état original du musée lors de son inauguration en 1903, cinq ans après la mort de l’artiste : tel était la ligne de travail fixée par la directrice du Musée Gustave Moreau, Marie-Cécile Forest, dans le cadre du projet de réaménagement et d’extension de l’hôtel particulier où le peintre travaillait et vivait en famille. Les espaces administratifs étaient à l’étroit, des réserves adéquates et in situ, ainsi qu’un cabinet d’arts graphiques digne de ce nom manquaient cruellement et pas moins de six petites salles au rez-de-chaussée étaient fermées au public depuis 2003 en raison de leur état déplorable. Le plan Musées en 2011 par Frédéric Mitterrand a permis de lancer une vaste campagne de travaux, dont aujourd’hui tous les acteurs se félicitent d’avoir maintenu les délais et les budgets.

Vu depuis la rue de La Rochefoucauld, pas plus que depuis les jardins situés à l’arrière, l’hôtel particulier n’a subi aucune transformation visible. Le duo formé par Bernard Bauchet, architecte-mandataire et Sabine Kranz, architecte d’intérieur a d’ailleurs été retenu pour leur proposition de créer un cabinet d’arts graphique au sous-sol du musée et non pas dans le jardin comme recommandé. L’intégrité de la façade de l’hôtel particulier a ainsi été préservée. Les caves existantes ont été réaménagées pour accueillir les locaux techniques et les réserves et le reste de la surface sous le bâtiment a été creusé avec force minuties et précautions, tant le chantier était difficilement accessible. Au final, le cabinet d’arts graphiques ouvert aux chercheurs offre une confortable salle de consultation, meublée en frêne et en plexiglas blanc et ornée de plâtres d’études, dont la ligne contemporaine offre une rupture bienvenue avec le reste du musée. Une large baie-vitrée donnant sur un puits « à l’anglaise » laisse pénétrer la lumière naturelle. Les équipes pourront y poursuivre en toute quiétude le travail de catalogage des 10 000 dessins et 3 000 photographies et gravures qui, pour l’occasion, ont bénéficié d’une vaste opération de dépoussiérage, de reconditionnement et de classification selon l’index établi par Moreau. Ce travail scientifique a, entre autres buts, pour ambition de révéler les facettes méconnues de l’artiste, comme son grand talent de portraitiste.

Un voyage dans le temps
La réouverture au public des six petites salles du rez-de-chaussée (vestibule, couloir, salle-à-manger…) forme le second volet du chantier, afin de restituer près de 80 m2 de surface au parcours permanent. La directrice évoque un travail archéologique sur plusieurs fronts : le bâtiment, sur lequel furent effectués des sondages pour retrouver les couleurs et les motifs des papiers peints originels ; la muséographie, en fouillant les archives ; et les œuvres en réserve qu’il a fallu sélectionner. L’accrochage respecte même les numéros du catalogue établi par Moreau sur les étiquettes dorées qui jouxtent chaque œuvre – les dessins de grands formats qui ne supporteraient pas une exposition quotidienne à la lumière figurent ici sous la forme de fac-similés. Sont à (re)découvrir dans un accrochage à touche-touche typique de la fin du XIXe siècle plusieurs centaines d’œuvres de moyens et petits formats, pochades ou esquisses abstraites des plus fascinantes.

Le montant global des travaux s’élève à 2 410 000 euros, financés par l’État et l’établissement public et dont 60 000 proviennent de l’association des amis du musée. Sachant que seule une vingtaine de personnes ne sera autorisée à visiter le rez-de-chaussée au même moment, l’institution n’a pas pour objectif de faire exploser sa fréquentation, mais s’attend à une hausse raisonnable de 10 % des visiteurs – 45 000 visiteurs annuels. Seul point noir : faute de pouvoir installer des mécanismes ascensionnels dans l’enceinte du musée, les personnes à mobilité réduite ne pourront compter que sur l’aide de bons Samaritains musclés pour découvrir les lieux.

Musée Gustave Moreau, 14, rue de la Rochefoucauld, 75009 Paris, tél. 01 48 74 38 50, www.musee-moreau.fr, lundi, mercredi et jeudi 10h-12h45 et 14h-17h15, vendredi, samedi et dimanche 10h-17h15, fermé le mardi et certains jours fériés. Entrée 6 €. Publication, « La maison-musée de Gustave Moreau. L’atelier de l’artiste », Somogy, Éditions d’art, 160 pages., 28 €.

Légende photo
Vue de l’atelier de Gustave Moreau, avec deux autoportraits de l’artiste, au 3e étage du musée. © Photo : RMN/Stéphane Maréchalle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°428 du 30 janvier 2015, avec le titre suivant : Le musée imaginé par Gustave Moreau

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