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Le maire de Venise provoque en annonçant la vente d’œuvres de Klimt et Chagall pour éponger les dettes de sa ville

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 14 octobre 2015 - 554 mots

VENISE / ITALIE

VENISE (ITALIE) [14.10.15] – Le maire de Venise a provoqué la stupeur en Italie en annonçant que la ville allait vendre des chefs-d’œuvre de Klimt et Chagall pour combler ses dettes. Le ministre de la Culture Dario Franceschini a rappelé que cela irait à l’encontre du Code du patrimoine.

Le maire de Venise Luigi Brugnaro a annoncé son intention de vendre une partie des œuvres d'art de la ville pour aider à régler les dettes de la municipalité, qui s’élèvent à 60 millions d’euros, révèle Il Giornale dell’Arte. Selon les rumeurs, il s’agirait entre autres de la Judith II (Salomé) de Gustav Klimt (1909) et du Rabbin de Vitebsk de Marc Chagall, chefs-d’œuvre conservés tous deux à la Ca’ Pesaro, musée d’art moderne de Venise.

L’œuvre de Klimt serait estimée à elle seule 70 millions d’euros, et il semblerait que Luigi Brugnaro espère lever jusqu’à 400 millions d’euros au total, selon Artnet News.

« La dette empêche la reprise économique de l'Italie. Je ne veux pas taxer les touristes, car cela ne correspond pas à ma culture. Mais une ville unique comme Venise ne peut pas faire face aux problèmes de cette dimension par elle-même », avait ainsi déclaré Luigi Brugnaro dans un communiqué, suite à son élection en juin dernier. Il semblerait que le nouveau maire ait donc trouvé un autre moyen pour renflouer les dettes de la municipalité.

La mairie de Venise est devenue propriétaire de la Ca’ Pesaro en 1902, grâce à la donation de la duchesse Felicita Bevilacqua La Masa et l’utilise pour accueillir la collection municipale d'art moderne, commencée en 1897 lors de la deuxième Biennale de Venise.

Le ministre des Biens et des activités culturelles et du Tourisme Dario Franceschini a tenu à relativiser cette annonce. D’après lui, il s’agirait seulement « d’une blague ou d’une demi-menace pour obtenir davantage de ressources du gouvernement en vue de la stabilité », a-t-il déclaré à ANSA. « Les règles du Code du patrimoine culturel pour éviter la dispersion des collections publiques et assurer la jouissance du public des œuvres individuelles, concluent le débat. Un débat qui, vu de l'étranger, ne fera que nuire à la crédibilité italienne ».

Le maire a répondu en essayant de clarifier les choses : « Il n’a pas été décidé de vendre d’œuvre d'art de valeur. Il sera nécessaire de procéder à une vérification minutieuse et opportune des actifs disponibles, mais actuellement il n'y a aucune liste ». Dans le même temps, il a cependant insisté sur le fait qu’ « en l'absence d'autres ressources, la sauvegarde nécessaire de la ville peut également passer par la cession de certaines œuvres d’art sans lien, ni par le sujet ni par l’artiste, avec l'histoire de la ville ». Un point de vue contestable, étant donné que Gustav Klimt a effectué un voyage à Venise avec Alma Mahler en 1899, et que la Basilique San Marco est une source d’inspiration primordiale pour les œuvres de sa période dorée, comme le rappelle le directeur adjoint du Belvédère de Vienne et l'un des plus grands experts de Gustav Klimt, Alfred Weidinger dans Il Giornale dell’Arte.

Si ces œuvres étaient finalement vendues, cela ne serait pas la première fois que la cité braderait son patrimoine. Encore récemment, Venise a vendu une partie de ses prestigieux palais historiques pour reconstituer ses finances.

Légendes photos

Gustav Klimt (1862-1918), Judith II (Salomé) (1909), 176 x 46 cm
Chagall Marc (1887-1985), Portrait du rabbin de Vitebsk (1914-1922)
Musée Ca’ Pesaro, Venise, Italie / capesaro.visitmuve.it

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