Mardi 18 décembre 2018

Châteaux-musées

Le château de Fontainebleau sort de sa torpeur

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 2 août 2007 - 1019 mots

L’ancien domaine royal va faire l’objet d’un plan de développement, largement financé par le mécénat privé.

 FONTAINEBLEAU - Neuf mois après sa nomination – qui fut pour le moins brutale –, Bernard Notari, ancien membre du cabinet du ministre Renaud Donnedieu de Vabres devenu directeur général du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne), s’attache à mettre en œuvre une partie des préconisations du rapport du cabinet Farman & Partners (lire le JdA no 238, 26 mai 2006, p. 6). Remis en juillet 2006 à la direction des Musées de France (DMF), celui-ci avait été commandé afin de prendre la mesure du potentiel du château francilien ainsi que de celui de Compiègne (Oise) [lire l’encadré], deux fleurons du parc de châteaux-musées largement sous-exploités. Fontainebleau, pourtant entièrement meublé et doté de sa somptueuse galerie François Ier, plafonne en effet à 350 000 visiteurs par an quand la coquille vide de Chambord en attire plus de 600 000. L’objectif est donc de doubler le nombre de visiteurs en huit ans. Le 27 mars, Bernard Notari a annoncé pour ce faire le lancement d’un vaste programme de développement du château, financé largement grâce au mécénat privé. La création, fin janvier, d’un cercle de partenaires a en effet permis d’attirer un mécène historique du patrimoine, le Crédit agricole, auparavant engagé en faveur du patrimoine de proximité, ainsi qu’un acteur local, l’Insead, école de commerce bellifontaine. Les accointances du directeur général avec le ministère de la Culture lui auront par ailleurs permis de récupérer 10 millions d’euros de la manne d’Abou Dhabi (lire le JdA no 255, 16 mars 2007, p. 3), qui seront affectés aux travaux du théâtre Napoléon III. Plusieurs opérations de restauration seront donc lancées instamment afin d’augmenter l’offre de visite dès le mois de juin. Ainsi de la longue enfilade de l’appartement du Pape qui, avec son plafond Henri II, ses boiseries Louis XV et ses tentures en cuir estampé du Second Empire, permet de mesurer la continuité historique caractéristique des décors du château. « Fontainebleau est la demeure de tous les souverains français », précise Bernard Notari, qui souhaite éviter de mettre l’accent sur une seule époque.
D’autres projets suivent, tels que la restauration de l’appartement des Chasses, décoré des célèbres cartons animaliers de Jean-Baptiste Oudry, celle du cabinet de travail de Napoléon III ou encore du boudoir turc de Marie-Antoinette. Le parc ne sera pas oublié et la grotte des Pins, chef-d’œuvre de l’art des jardins de la Renaissance, devra bientôt faire l’objet de travaux.

Un château fonctionnel
En parallèle, les espaces d’accueil, la signalétique – quasiment invisible aujourd’hui – et la tarification seront revus. La clef du projet repose toutefois sur l’aménagement du quartier des Héronnières. Acquises par l’État et les collectivités en 2005, ces anciennes écuries construites par Gabriel à partir de 1738 devront héberger de nouveaux espaces d’accueil pour les groupes ainsi que les services patrimoniaux et touristiques du département, espaces qui cohabiteront avec le Centre européen de musique de chambre Pro-Quartet (lire le JdA no 193, 14 mai 2004, p. 14). Situé au sud du parc, cet ensemble satellite devrait être le point de départ d’un nouveau circuit envisageant le château tel un musée de site. Il permettra aussi de dégager des espaces et de remettre en service l’entrée de l’escalier en fer à cheval. « Il faut impérativement retrouver la fonctionnalité du château », précise Jacques Moulin, l’architecte en chef des Monuments historiques responsable du site. L’opération sera aussi l’occasion de rouvrir au public la porte Dorée et la cour Ovale, jusque-là inaccessibles alors qu’elles constituent le cœur historique du château. « Les choses bougent enfin !, témoigne un observateur. Car l’argent ne fait pas tout : sans projet, on n’obtient rien. » La restauration de l’appartement du Pape aura en effet coûté moins de 450 000 euros. Mais il aura fallu accepter d’y exposer certains sièges dépourvus de garnitures car rendus tels quels par le Mobilier national. De même, la collection de tableaux – plus de soixante-dix pièces au total – sera enfin sortie des réserves où elle était toujours restée, faute de documents attestant l’emplacement d’origine des œuvres. Fontainebleau tourne donc une page, celle d’une ère privilégiant la doctrine scientifique au détriment du public, quitte à faire grincer les dents. Ce lifting ne fait toutefois que commencer, car il faudra bientôt s’attaquer à la restauration de deux gros morceaux : la galerie François Ier, victime d’infiltrations de façade, et la salle de bal, où des plaques entières de peintures se décollent. « Il s’agit là d’opérations lourdes techniquement et ingrates, car le résultat ne sera pas spectaculaire, précise Jacques Moulin. Et en ce qui concerne la salle de bal, qui a constamment été restaurée, y compris par Primatice, il sera indispensable de ne pas se focaliser sur le XVIe siècle sinon il ne restera plus rien. » Un colloque scientifique se tiendra fin mai sur ce sujet, afin de réfléchir au choix d’un parti de restauration, lequel fera sans aucun doute débat.

Compiègne dans l'attente

L’étude commandée au cabinet d’audit privé Farman & Partners comprenait un second volet : le plan de développement économique du château de Compiègne. Avec une fréquentation de 70 000 visiteurs en 2005, ce dernier a perdu un tiers de ses visiteurs depuis 1993. Le rapport vise une augmentation de la fréquentation de 40 % en huit ans. Pour cela, il faudra améliorer l’offre : création d’un « musée du Second Empire » souhaitée par son directeur, Emmanuel Starcky, mais aussi installation d’un restaurant, ajustement des horaires d’ouverture... De très lourds travaux de restauration, du clos et du couvert ainsi que du mobilier et des décors intérieurs devront également être entrepris. En revanche, l’installation d’un hôtel dans une partie des bâtiments, envisagée au printemps 2006 par le ministère de la Culture, est écartée par le rapport. Motif : la lourdeur des investissements à engager. « Un rapport de ce type est toujours stimulant, même si les données chiffrées l’emportent sur d’autres paramètres, commente Emmanuel Starcky. De notre côté, nous avons initié un certain nombre d’études qui nous permettront de lancer un programme pour un “Grand Compiègne”? dans les années à venir. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°257 du 13 avril 2007, avec le titre suivant : Le château de Fontainebleau sort de sa torpeur

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