Mercredi 26 janvier 2022

Emirats

Le British Museum débarque

Foster dans le désert

Le Journal des Arts

Le 1 février 2011 - 772 mots

Le Musée national Zayed prendra place sur l’île de Saadiyat. Un projet dessiné par Foster Partners en collaboration avec le musée britannique.

ABOU DHABI - Le 26 novembre 2010, la reine Elizabeth II, en visite d’État aux Émirats arabes unis, a participé à l’inauguration d’une plaque commémorative en hommage au cheik Zayed ben Sultan al-Nahyan (décédé en 2004), fondateur et premier président de la fédération. Cette célébration marqua les débuts officiels des travaux de construction du Musée national Zayed, lesquels doivent s’achever en 2014 – les bulldozers creusent les fondations depuis plusieurs mois. « Que nous ayons pu tenir ce projet secret pendant aussi longtemps est extraordinaire », nous a confié l’architecte britannique Norman Foster. Le Musée national Zayed sera le premier musée à voir le jour dans le quartier culturel sur l’île de Saadiyat, parmi le trio d’institutions signées d’architectes vedettes, comprenant également le Louvre-Abou Dhabi par Jean Nouvel et le Guggenheim-Abou Dhabi par Frank Gehry. Le concours d’architecture, lancé en juin 2007, comptait pour participants treize cabinets internationaux (Italie, Norvège, Japon, France, Grèce, États-Unis, Espagne, Jordanie, Canada, Autriche et Royaume-Uni). Au mois de décembre suivant, Foster Partners figurait sur une première sélection de quatre cabinets effectuée par un jury présidé par Zaki Nusseibeh, interprète et bras droit du cheik pendant plus de quarante ans. En choisissant Foster, Abou Dhabi a réaffirmé le respect de l’environnement comme critère prioritaire dans ses projets. L’architecte est convaincu que les techniques de construction et l’urbanisme doivent changer si l’on veut réduire notre impact négatif sur la planète. L’année où Foster Partners gagnait le concours, le gouvernement d’Abou Dhabi engageait l’architecte pour mettre ses principes en pratique à Masdar, la première « écoville » en construction depuis 2008. Dépourvue de voitures à essence, Masdar devrait être achevée en 2030, et accueillir 50 000 personnes, abriter des entreprises de haute technologie et une université où résident et travaillent déjà une centaine d’étudiants. Cette première phase de Masdar a également été inaugurée en novembre. 

« Tours à vent inversées »
Comment la forme singulière du Musée national Zayed a-t-elle été créée ? « Lorsque nous avons pris conscience que le cheik Zayed était réputé pour son désir de faire fleurir le désert, nous avons suggéré que le jardin entourant le musée soit aussi important que le bâtiment en lui-même, ce qui allait modifier le plan de l’intégralité du quartier culturel », réplique Foster. Cette réflexion a valu la victoire à Foster Partners, mais, lors de discussions ultérieures avec le cheik Sultan ben Tahnoun al-Nahyan, président de la Société d’investissement et de développement touristique (TDIC), et Mohammad Ahmad al-Bowardi, secrétaire général du conseil exécutif, l’architecte a réalisé que le bâtiment rectiligne et conventionnel que son agence avait proposé ne renvoyait pas suffisamment à l’image du cheik. Ce dernier était passionné de fauconnerie, aussi les cinq tours – dont la plus haute mesure 124 mètres de haut – ont-elles été dessinées pour évoquer l’extrémité des plumes des ailes du rapace. Plus qu’un concept romantique, elles font office de « tours à vent inversées ». « J’ai appris le pouvoir de l’air chaud en pilotant des planeurs hautement sophistiqués, explique Foster. J’ai pris de la hauteur en faisant des cercles sur une colonne d’air chaud – comme un faucon. Nous avons décidé de transformer les ailes en tours à vent, mais au lieu de capter le vent dominant pour le canaliser vers le bas, elles expulsent l’air chaud par le haut. L’air frais est acheminé par des conduits souterrains, le métal des tours s’échauffe et tire cet air frais vers le haut, abaissant la température du bâtiment. À l’étage le plus bas et le plus frais, se trouveront les salles d’expositions temporaires et la bibliothèque présidentielle, qui exigent des conditions climatiques des plus strictes. » La galerie inférieure, baptisée « La vie et l’époque de Cheik Zayed », sera le cœur du musée ; cinq espaces d’exposition, situés aux étages supérieurs, seront aménagés dans ce que les architectes appellent des « nacelles suspendues » nichées dans les ailes. Le musée s’étirera sur 53 000 mètres carrés. Les Émiratis et Foster Partner ont travaillé en collaboration avec le British Museum sur le contenu du musée, narrant la vie du cheik et sa vision. Cette histoire est mise en parallèle avec l’histoire des Émirats, de l’Islam, de la coexistence de l’homme avec la nature, au travers d’objets et d’outils numériques. Le British Museum, comme le Louvre, est un « musée universel » et regorge de spécialistes du Moyen-Orient. Et, comme le Louvre-Abou Dhabi, le musée londonien formera des Émiratis pour que le Musée national Zayed puisse évoluer vers une plus grande autonomie. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°340 du 4 février 2011, avec le titre suivant : Le British Museum débarque

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