Jeudi 13 décembre 2018

Roubaix

La Piscine déborde

Fort de son succès, le musée s’engage dans un programme d’agrandissement.

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2010 - 516 mots

À l’entrée du musée, la signalétique prévient le visiteur : « La Piscine est un service de la ville de Roubaix. » Sous-entendu un service public de la culture, ce qui n’a sans doute pas échappé aux nombreux visiteurs qui se pressent depuis près de dix ans dans cette institution d’une ville qui porte encore les stigmates de la désindustrialisation.

ROUBAIX - Ouvert en octobre 2001, ce musée, logé dans une ancienne piscine Art déco vouée à la démolition, est un incontestable succès, architectural mais aussi culturel et social.

Le maire de la ville, René Vandierendonck (PS), en est convaincu : « La Piscine, dont les classes d’éducation artistique sont très prisées, est un musée solidaire. Elle est le fer de lance de la politique de développement de la ville en matière culturelle. » L’établissement serait-il victime de son succès ? Configuré pour accueillir seulement 80 000 visiteurs par an, il a littéralement explosé les prévisions en termes de fréquentation, avec une moyenne de 200 000 visiteurs annuels. Les ateliers pédagogiques sont aujourd’hui saturés, avec 50 000 inscriptions par an, « alors que nous pourrions en accueillir le double », selon Bruno Gaudichon, le directeur du musée.

D’où un projet d’extension dont l’étude de programmation a permis un chiffrage à près de 6,5 millions d’euros, pour un lancement avant 2013. Le musée devrait annexer les locaux d’un collège mitoyen – aujourd’hui utilisé par des services municipaux – où il installera de nouveaux espaces dédiés aux jeunes publics. Une nouvelle salle d’exposition de 200 m² sera par ailleurs construite en parallèle de l’actuelle salle d’exposition temporaire, sur une parcelle en cours d’acquisition.

Cet espace devrait notamment accueillir la reconstitution de l’atelier du sculpteur Henri Bouchard (1875-1960), légué par ses héritiers et transféré depuis la rue de l’Yvette, à Paris. Cela malgré la polémique lancée en juin 2009 par le quotidien Le Monde, insistant sur le passé de l’artiste, coupable de s’être rendu en Allemagne en 1941 et d’avoir fait l’éloge d’artistes proches d’Hitler (dont Arno Brecker), des faits qui lui ont valu d’être condamné à la Libération et interdit d’enseignement. « Il n’a jamais été question de cacher le passé de Bouchard, souligne Bruno Gaudichon. Mais nous n’imaginions pas une attaque de cette violence. » Malgré la polémique, le projet, qui avait été voté par le conseil municipal en 2007, a été maintenu et s’intégrera dans l’extension du musée, sur lequel la ville communique désormais avec prudence.

Tous les feux sont pourtant au vert. « Étant donné le succès du musée, il n’est pas difficile de faire accepter le financement de cet investissement, déclare René Vandierendonck. En revanche, le vrai problème sera de stabiliser une nouvelle donne pour les dépenses de fonctionnement. » Celles-ci, d’un montant de 2,8 millions d’euros, devraient augmenter de près d’un million. Pour y faire face, la ville souhaiterait créer un établissement public de coopération culturelle (EPCC) en y associant la communauté d’agglomération, le département et la région. Ce qui ne sera pas évident dans un contexte budgétaire tendu. « C’est une volonté politique, insiste le maire. Je vais donc m’y employer ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°323 du 16 avril 2010, avec le titre suivant : La Piscine déborde

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