Vendredi 28 février 2020

Musée

MAISON D’ÉCRIVAIN

La Maison de Balzac modernise son accès

Par Ingrid Perbal · Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2019 - 796 mots

PARIS

Le musée rouvre après qu’a été créé un nouveau jardin, construit un bâtiment d’accueil et revue la scénographie.

Jardin de la Maison de Balzac. © Photo Raphaël Fournier / Paris Musées.
Jardin de la Maison de Balzac
© Photo Raphaël Fournier / Paris Musées

Paris. Situé en contrebas de la rue Raynouard dans le quartier chic de Passy, la Maison de Balzac (gérée par Paris Musées) n’était accessible que par un escalier. Elle est aujourd’hui dotée d’un nouveau pavillon d’accueil. Celui-ci est adossé à la partie basse de l’immeuble voisin, dû à Auguste Perret, pour en préserver au mieux la vue. Il comprend un ascenseur, un espace pour les agents, une librairie et, à l’étage inférieur, un café ouvert sur le jardin d’une superficie de 650 m². On ignore l’aspect de ce dernier du temps de Balzac. Le nouveau jardin est donc une création du paysagiste-permaculteur Rémi Algis. C’est en le traversant, en profitant d’une vue imprenable sur la tour Eiffel, que l’on accède désormais au musée. Les travaux – d’un coût total de 2,1 millions d’euros – ont duré un an.

De 1840 à 1847, Honoré de Balzac (1799-1850) occupe un appartement de cinq pièces dans cette maison, ancienne folie d’un hôtel particulier détruit depuis. Donnant sur le jardin, son logement est situé au dernier étage de la maison dont le rez-de-chaussée se trouve deux étages plus bas, rue Berton. Si Balzac s’installe sur les coteaux du village de Passy, sous un faux nom, c’est en premier lieu pour échapper à ses créanciers. En 1908 une association consacrée à la mémoire de l’écrivain loue les lieux et y ouvre un premier musée ; en 1945 l’appartement est donné à l’État qui le transmettra à la Ville de Paris. Fermé peu de temps après, le lieu rouvre en 1960 après l’achat des autres parties de la maison.

Refonte du parcours

La fermeture du musée imposée par la construction du bâtiment d’accueil a permis de parachever la refonte de son parcours. « Quand je suis arrivé, le musée était un musée de pèlerinage. Cette logique m’a semblé devoir être revue. On s’est dit que ce qui était important, c’était l’œuvre, son actualité et son universalité », explique son directeur, Yves Gagneux. Fin septembre, après d’ultimes aménagements, trois pièces auront été rénovées et une toute nouvelle, l’ancienne cuisine, sera ouverte au public.

Depuis l’entrée, un couloir mène à l’ancienne chambre. Les murs y sont désormais couverts de citations évoquant la réception de l’écrivain. Des œuvres, qui cachent parfois ces citations, disent la fascination des artistes pour le romancier comme l’illustre cette tête puissante exécutée par Auguste Rodin. Yves Gagneux défend une présentation qui rompt avec celle traditionnelle des maisons d’artiste. Pour lui, « l’objectif du musée n’est plus d’amener le visiteur à éprouver des sensations fortes en se remémorant ce qu’il connaît déjà de l’écrivain, mais de donner aux gens envie de lire Balzac ».

L’ancien salon plonge aujourd’hui le visiteur dans le processus créatif de Balzac avec, aux murs, des reproductions de différentes pages, manuscrites et imprimées, extraites de La Vieille Fille (1836). Sont également exposés des objets lui ayant appartenu, ainsi sa canne et sa cafetière. Parmi les œuvres, la photographie prise par Louis Auguste Bisson en 1842, ici dans une copie de Marc Kereun, est un fascinant portrait de Balzac vêtu d’une simple chemise de travailleur. Un travailleur acharné qui prend vie dans la salle suivante, son cabinet.

Des expositions temporaires

En revenant sur ses pas, le visiteur pénètre dans l’ancienne salle à manger où il trouve un schéma de La Comédie humaine tel que conçu par l’écrivain, sur le modèle d’une cathédrale. « C’est ici que Balzac met vraiment au point le concept de “Comédie humaine” », précise Yves Gagneux. C’est à Passy qu’il écrit ou réécrit la plupart de ses chefs-d’œuvre parmi lesquels Le Cousin Pons, La Cousine Bette ou La Rabouilleuse. Les caricatures exposées, dont celle de Jean-Jacques Grandville (1803-1847), font écho aux différents types sociaux décrits par l’écrivain dans ses textes.

Cette formidable galerie de personnages prend vie dans la salle suivante, surtout avec les plaques gravées de Charles Huard (1874-1965) ayant servi à l’illustration d’ouvrages. Une nouvelle borne multimédia y présente quatre héros. Le parcours permanent se poursuit à l’étage inférieur, habituellement réservé aux créations inspirées des romans de Balzac. Ces salles, uniquement accessibles par un escalier étroit, accueillent en alternance des expositions temporaires. Celle de la rentrée est consacrée à la relation entre Balzac et le dessinateur Grandville dont il était l’ami. Elle montre pour Yves Gagneux, « Balzac sous un jour que l’on ne connaît pas, un Balzac essentiellement journaliste et directeur de revue ».

De retour à l’entrée, la visite s’achève par la nouvelle pièce consacrée aux relations de l’écrivain avec sa famille comme avec les femmes, à travers leurs échanges épistolaires. L’ensemble du parcours pensé autour de l’œuvre est cohérent mais davantage d’éléments biographiques, autres que la succincte chronologie présentée à l’accueil, serviraient mieux la compréhension de l’œuvre de Balzac.

Balzac et Grandville. Une fantaisie mordante,
du 26 septembre 2019 au 31 janvier 2020, Maison de Balzac, 47, rue Raynouard, 75016 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°529 du 20 septembre 2019, avec le titre suivant : La Maison de Balzac modernise son accès

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