Conservation

La communauté internationale au secours de l’Irak

Le Journal des Arts

Le 16 avril 2004 - 896 mots

L’institut de conservation du Getty, à Los Angeles, et le World Monuments Fund se lancent dans une initiative commune pour la préservation du patrimoine irakien.

NEW YORK - Le World Monuments Fund (WMF, la Fondation mondiale pour les monuments) et l’Institut de conservation Getty (GCI) ont uni leurs forces pour venir en aide à l’Irak. Comptant parmi les plus influentes au monde, ces deux institutions de conservation vont bientôt entamer leur collaboration avec le ministre irakien de la Culture ainsi que le Conseil national des antiquités et du patrimoine (SBAH) autour de la réparation des dommages causés par le conflit armé de 2003.
Annoncée le 15 mars, cette initiative ne concerne pas la restauration ou la protection des musées irakiens mais bien les édifices et les sites archéologiques menacés. La mobilisation des ressources internationales vise à contribuer, d’une part, à la restauration du patrimoine culturel irakien, d’autre part, à l’installation d’infrastructures et à l’intégration d’experts au sein des administrations responsables de la conservation et de la gestion du patrimoine du pays.
Le projet a démarré grâce à une subvention de 250 000 dollars (208 000 euros) provenant du J. M. Kaplan Fund, une fondation familiale basée à New York qui favorise la préservation du patrimoine historique. Le Getty fournira une somme identique, destinée à la constitution des équipes d’experts et à leur formation. Des fonds supplémentaires sont évidemment nécessaires, mais, selon la présidente du WMF, Bonnie Burnham, même avec un budget des plus restreints, le projet attirera les aides, et ce grâce au développement de plans de conservation que la branche culturelle des Nations unies, l’Unesco, la Banque mondiale et d’autres organisations gouvernementales internationales pourront financer à plus grande échelle.
Selon Bonnie Burnham, l’une des premières tâches consiste à créer une base de données du patrimoine culturel national. Ce système d’informations établira un inventaire des sites historiques et archéologiques irakiens, compilera les rapports relatifs à leur état et aidera à déterminer les priorités de conservation. Bonnie Burnham précise que cette base de données sera inspirée de celle créée en Jordanie par l’American Center for Oriental Research (ACOR, le Centre américain de recherches orientales). Organisée en collaboration avec ACOR et le département jordanien des Antiquités, une réunion s’est tenue à Amman au mois de mars, réunissant le WMF, l’équipe du GCI, les officiels irakiens du département des Antiquités et des informaticiens. « Nous allons essayer de développer un réseau d’agents irakiens aptes à faire les relevés », explique Bonnie Burnham, ajoutant que le WMF et le GCI seront responsables des formations.
La nouvelle organisation a déjà procédé à des dons d’urgence au Massachusetts College of Art (17 000 dollars) pour la réinstallation d’un toit protégeant le site archéologique pillé de Ninive et à l’American Association for Research in Baghdad (12 000 dollars) pour la protection des sites archéologiques au centre du pays, lesquels subissent encore les pillages des villageois.

Travaux d’urgence
D’après Timothy Whalen, directeur de l’Institut de conservation Getty, une fois l’initiative lancée, des travaux d’urgence et des projets de conservation seront ensuite « sélectionnés pour assurer un impact maximum ». Ces projets incluent le complexe administratif de Qushla, datant de l’ère ottomane et situé au cœur de Bagdad, le plus grand ensemble de bâtiments historiques urbains de la capitale. Occupés avant la guerre par les ministres du gouvernement, les bâtiments ont été sévèrement pillés après les combats et nécessitent des opérations de conservation urgentes. L’autre priorité est Erbil, une ancienne cité du Kurdistan irakien dont la citadelle a été occupée de manière continue depuis 5 000 ans et qui est aujourd’hui menacée par un développement urbain incontrôlé. Le Conseil national des antiquités et du patrimoine souhaite sécuriser au plus vite le minaret penché de la mosquée Al-Nuri à Mossoul, datant du XIIe siècle, et la fameuse arche de Ctésiphon, seul vestige d’un immense hall au plafond voûté construit par les rois des Parthes au IVe siècle (lire l’encadré).
« Actuellement, les professionnels irakiens responsables de la conservation et de la gestion de ces sites sont isolés et démoralisés, commente Timothy Whalen. Nous ne nous faisons aucune illusion sur les difficultés et dangers intrinsèques, mais c’est quelque chose que nous pouvons faire, où nous pouvons et nous ferons une différence. Nous le devons à notre futur. »

Le palais de Cstésiphon se lézarde

Édifié au IIe siècle avant J.-C. par le roi des Parthes, Mithridate Ier, le palais antique de Ctésiphon, situé à quelques dizaines de kilomètres au sud de Bagdad, est aujourd’hui en ruines. Parmi les vestiges subsiste une impressionnante arche en briques de 37 mètres de haut qui, d’après les archéologues du ministère de la Culture irakien, risque à tout moment de s’effondrer. La structure présente d’inquiétantes fissures et des traces d’infiltration d’eau de pluie. Le reste du palais a également souffert des bombardements des deux guerres du Golfe, comme en témoignent une série d’impacts de bombes autour du site. L’aile droite de l’édifice avait déjà été emportée par une crue du Tigre et, bien que reconstruite, présente une large fissure ; une roquette a même frappé le mur et des briques se sont détachées. D’après Giovanni Curatola, professeur d’archéologie et d’histoire de l’art islamique à l’université d’Udine, « les fissures sont sous contrôle » et n’ont guère évolué depuis vingt ans. Il confirme néanmoins que « des travaux de consolidation doivent être effectués et qu’une étude archéologique profonde serait nécessaire ». M. M. avec AFP

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°191 du 16 avril 2004, avec le titre suivant : La communauté internationale au secours de l’Irak

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