Jeudi 19 septembre 2019

Restauration

La cathédrale de Reims bientôt cicatrisée

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 20 mai 2014 - 576 mots

La restauration des sculptures autour de la grande rose de la façade occidentale
du bâtiment marque la dernière étape de travaux qui s’achèveront en 2015.

REIMS - Perchés sur des échafaudages, tailleurs de pierres et restaurateurs s’activent depuis novembre à une quarantaine de mètres du sol afin d’éliminer les derniers stigmates de la Grande Guerre sur la façade occidentale de la cathédrale de Reims. Le 19 septembre 1914, l’édifice était bombardé par l’armée allemande. Un échafaudage en bois de la tour nord prenait feu, ravageant la charpente, détériorant sculptures et vitraux. Si une restauration de sauvetage visant surtout à consolider les ruines a été menée dans les années 1920, ce n’est que dans les années 1980 qu’une rénovation complète de la façade occidentale – dont l’état s’est considérablement aggravé au fil des années et des intempéries – a été initiée. L’étage de la grande rose, dédié aux rois d’Israël, vient clôturer ce chantier.

Épargnée par l’incendie, la statuaire du côté sud de la rose qui narre l’histoire de David, sera restaurée. Les sculptures côté nord, consacrées à Salomon, seront quant à elle remplacées par des copies. Ruinées et informes, les statues ont été déposées pour être mises en caisses et seront restituées sur la façade dans leur état d’avant-guerre, grâce aux nombreuses photographies du XIXe siècle.

Des stigmates conservés
Soucieux de conserver la mémoire des destructions, le comité scientifique du chantier a choisi de laisser à une partie des voussures ses cicatrices de guerre. Pour le double combat de David et Goliath surplombant la rose, le parti pris est celui d’un retour à une lisibilité parfaite. Cette partie de la façade est en effet pleine de lacunes : au nord, un David informe s’apprête à décapiter les restes d’un Goliath qui menacerait de s’effondrer s’il n’avait été ficelé à la façade après la guerre. Au sud, un David bien conservé – mais dont le visage a été rendu peu expressif par une restauration de 1906 très décriée par Rodin – affronte un ennemi disparu. Ce Goliath de 5,40 m a été déposé au palais du Tau en 1966. C’est dans leur état d’origine (XIIIe siècle) ou celui de 1906 que ces statues seront restituées. « Le Goliath sud sera construit en béton, qui coûte 30 à 40 % moins cher que les pierres des Aucrais et du bassin de l’Oise utilisées sur le reste du chantier », explique Christian Lecaille, directeur de l’entreprise de taille de pierre présente sur le chantier, précisant que toutes les étapes des travaux seront conservées grâce à la numérisation en 3D des parties sculptées, technique « utilisée pour la première fois sur une cathédrale française ».

Le chantier des sculptures prendra fin au printemps pour laisser place à celui des vitraux de la rosace qui s’achèvera en 2015. Coût de l’ensemble des opérations : 3,4 millions d’euros. Ayant rassemblé 1 million d’euros depuis 2012, c’est l’association des amis de la cathédrale qui a persuadé l’État – propriétaire de l’édifice et maître d’ouvrage – de débloquer le reste du budget pour achever la restauration de cette façade. « Dès 2015, nous lancerons une autre opération de recherche de mécénat pour la restauration des orgues », annonce Bernard Poret, président de l’association. La Drac, elle, espère poursuivre en 2015 ou 2016 des travaux initiés en 2009-2010 sur la toiture reconstruite après la guerre « avec un défaut structurel faisant glisser les plaques de plomb », selon Jonathan Truillet, conservateur régional des Monuments historiques.

Légende photo

Salomon et la reine de Saba, sur le côté nord de la rose de la cathédrale de Reims, vont être remplacés par une copie. © Photo : Margot Boutges.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°414 du 23 mai 2014, avec le titre suivant : La cathédrale de Reims bientôt cicatrisée

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