Fondation Inhotim

Inhotim - Le mariage réussi de l'art et de la botanique

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 17 décembre 2012 - 1249 mots

À Brumadinho, au Brésil, un richissime collectionneur a ouvert en 2006 un institut culturel comme il en existe peu au monde : un jardin d’art et de botanique où les artistes internationaux n’ont pas à rougir des essences avec lesquelles ils cohabitent. Visite.

Avez-vous déjà senti battre le cœur de notre chère planète ? C’est possible, grâce à une installation de l’artiste américain Doug Aitken, intitulée Sonic Pavilion, construction de verre toute ronde posée tel un ovni au sommet d’une colline de roche rouge. Sous ledit bâtiment, Aitken a creusé un trou extrêmement profond – il descend à plus de deux cents mètres sous terre – et disposé, à l’extrémité, des microphones ultrasensibles. Ceux-ci enregistrent en temps réel chaque bruissement, chaque murmure, chaque grondement et les retransmettent à l’intérieur du pavillon. L’expérience est saisissante. Dans un silence quasi religieux, les visiteurs écoutent les entrailles de la terre livrer leurs borborygmes quotidiens, telle une insolite musique, effrayante et émouvante à la fois.

Un jardin tropical d’art
Sonic Pavilion n’est que l’une des multiples installations dont regorge un incroyable parc : celui de l’Instituto Cultural Inhotim, à Brumadinho, au Brésil. Situé sur un splendide terrain au cœur des montagnes du Minas Gerais, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Belo Horizonte, ce lieu est, en moins d’une décennie, devenu l’un des spots incontournables de l’art contemporain dans le monde. Fondé en 2002, Inhotim a ouvert ses portes au public en octobre 2006. Son originalité : être à la fois un centre d’art contemporain et un jardin botanique – il en détient officiellement le titre depuis 2010.

D’un côté, les œuvres des artistes, de l’autre, celles de la nature. La collection d’art se compose, pour l’heure, de quelque cinq cents pièces des années 1960 à aujourd’hui – sculptures, peintures, dessins, photographies, films, installations – et d’une vingtaine de pavillons hébergeant les expositions, monographiques ou collectives. S’y trouve notamment la crème de la création brésilienne – Adriana Varejão, Cildo Meireles, Lygia Pape, Hélio Oiticica, Tunga… –, ainsi qu’une flopée de stars internationales comme la Canadienne Janet Cardiff, le Thaïlandais Rirkrit Tiravanija, la Japonaise Yayoi Kusama, l’Anglais Simon Starling ou les Américains Dan Graham et Paul McCarthy. En tout, plus d’une centaine d’artistes issus de trente pays.

Le jardin botanique, de son côté, n’est pas en reste. En croissance constante, il est constitué aujourd’hui de deux zones distinctes : une réserve naturelle, avec trois cents hectares de forêt native, et le secteur dévolu au centre d’art proprement dit, soit cent dix hectares de jardins et cinq lacs artificiels. La « collection » de plantes, elle, dépasse aujourd’hui les 4 500 espèces, dont 334 d’orchidées et 1 300 de palmiers, ce qui, ici, est considéré comme « la plus grande collection du monde ».

Le temps de la découverte
Derrière ce projet d’ampleur – mille employés (curateurs, botanistes, jardiniers…) s’activent quotidiennement sur le domaine –, il y a un homme : Bernardo Paz, 63 ans, entrepreneur et collectionneur ayant fait sa fortune dans les mines et la production de fonte. Celui-ci débourse, chaque année, quelque 60 à 70 millions de dollars pour perpétuer ce Jardim do Éden tropical qu’est Inhotim, lequel accueille près de 350 000 visiteurs par an.

Pour vraiment apprécier le lieu, il faut compter deux jours. Les plus pressés et/ou impatients pourront certes accélérer le rythme grâce à une flottille de voiturettes électriques, façon terrain de golf. Reste que la découverte du site la plus plaisante se fait à pied. En flânant sur les multiples sentiers, on jauge les œuvres au détour d’un lac ou d’un bosquet de palmiers, comme pour Desert Park, cette installation signée par la Française Dominique Gonzalez-Foerster, une série d’Abribus modernistes en béton – que tout un chacun aura déjà remarqués le long des routes du Minas Gerais –, plantés dans un « océan » de fin gravier gris blanc.

Au bout d’un chemin couvert d’eucalyptus odorants, le visiteur distingue soudain d’étranges dômes géodésiques de verre et de métal. À l’intérieur, l’Américain Matthew Barney a installé un tracteur maculé de boue rouge arrachant un arbre aussi blanc qu’une colombe. De Lama Lamina [« De la boue, une lame »] est une installation évoquant le conflit entre le métal et la forêt, la technologie et la nature, bref, la destruction de l’environnement. Ailleurs, un pavillon à l’allure moderniste abrite une œuvre aussi belle que dérangeante d’Adriana Varejão intitulée Fait avec de la viande, subtil travail d’images et de sculptures en céramique, oscillant entre le raffinement de la matière et la morbidité du sujet. Parallélépipède acéré de métal rouillé perforant les frondaisons, la Galeria Miguel Rio Branco loge, elle, un superbe ensemble du photographe et cinéaste espagnol.

Au fil de sa déambulation, le visiteur peut faire une pause sur l’un des cent bancs de bois taillés dans d’immenses troncs de Péqui, une essence oléagineuse indigène, par l’artiste brésilien Hugo França. Au sommet d’une haute colline, on se retrouve nez à nez avec une pièce de l’Américain Chris Burden, Beam Drop Inhotim, soixante et onze poutrelles de métal fichées dans une mare de béton telles des baïonnettes géantes dans une tranchée imaginaire. L’espace autour de l’œuvre est on ne peut plus dégagé et l’on découvre alors le magnifique paysage alentour, ces reliefs de terre rouge et de forêt tropicale du Minas Gerais.

Une collection en évolution
Tous les deux ans, au moment où s’ouvre, à São Paulo, la Biennale internationale d’art contemporain, une nouvelle fournée d’œuvres et d’expositions sont étrennées à Brumadinho. Ainsi, en septembre, ont, entre autres, été inaugurées deux nouvelles installations, l’une du Cubain Carlos Garaicoa – Ahora juguemos a desaparecer [« Maintenant amusons-nous à disparaître »], série de monuments notoires en cire qui fondent lentement telles des bougies, une manière d’illustrer une critique de la ville et son agonie –, l’autre de l’Espagnole Cristina Iglesias – Vegetation Room Inhotim, un cube en acier poli miroir dont l’intérieur est envahi d’une fausse végétation de résine et de fibre de verre, à mi-chemin entre le rêve et le fantastique. Deux nouveaux pavillons consacrés à deux artistes brésiliens ont également ouvert leurs portes : l’un dédié à feu Lygia Pape (1927-2004), l’autre à une figure de proue, Tunga, 60 ans. En clair : à l’instar du site lui-même, la liste des œuvres s’allonge régulièrement.

Dans une prairie, l’Italien Giuseppe Penone a planté Elevazione, un arbre en bronze. Planter n’est peut-être pas le mot, car les racines lévitent à quelques mètres du sol, le tronc étant maintenu à distance par quatre autres congénères. Sur un promontoire dégagé est installé un bien étrange télescope, œuvre signée du Danois Olafur Eliasson. Lorsque l’on regarde à l’intérieur, le paysage de palmiers alentour s’éparpille façon puzzle. L’effet kaléidoscope joue à plein, telle une splendide mise en abyme de l’art et de la botanique, les deux « mamelles » d’Inhotim.

Autour de la Fondation

Informations pratiques. 
Instituto Cultural Inhotim, Rua B, 20, Inhotim, Brumadinho, MG, Brésil 35460-000, renseignements : 00 55 31 3571 9700 ou www.inhotim.org.br.
Ouvert du mardi au vendredi, de 9 h 30 à 16 h 30, et les samedis, dimanches et pendant les vacances scolaires de 9 h 30 à 17 h 30.

Comment y aller. 
La compagnie brésilienne TAM Airlines propose, à destination de Belo Horizonte, un vol quotidien via São Paulo et cinq vols hebdomadaires via Rio de Janeiro. Tarif du vol aller-retour Paris-Belo Horizonte (janvier 2013) : à partir de 1 095 € TTC en classe économique et 3 760 € TTC en classe affaires. Réservation : 01 53 53 80 00 ou www.tamairlines.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°653 du 1 janvier 2013, avec le titre suivant : Inhotim - Le mariage réussi de l'art et de la botanique

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