Mercredi 23 septembre 2020

Musée

Fontevraud s’ouvre à l’art moderne

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2020 - 902 mots

FONTEVRAUD

L’abbaye inaugurera en décembre, dans le bâtiment de la fannerie reconverti, un musée d’art moderne à la mesure de la donation Cligman faite à la Région Pays de la Loire. Sa scénographie en a été dessinée au plus près des œuvres du couple de collectionneurs.

Fontevraud-l’Abbaye (Maine-et-Loire). Léon et Martine Cligman vont bientôt pouvoir revoir leur collection riche de 900 œuvres donnée à la Région Pays de la Loire et exposée dans un nouveau musée, installé dans l’abbaye royale de Fontevraud. Celle-ci devait initialement être présentée à Tours, mais les donateurs n’ont pu se mettre d’accord avec la Ville. C’est un engagement tenu pour Bruno Retailleau, ex-président (LR) de la Région Pays de la Loire, qui avait promis un projet « au rayonnement mondial » pour Fontevraud lors des élections régionales de 2015. Celui qui a laissé son siège à Christelle Morançais en 2017 pour conserver son mandat de sénateur, veille toujours sur « son musée », en qualité de président de l’association Centre culturel de l’Ouest-Abbaye de Fontevraud.

Aussi n’est-il pas peu fier ce jeudi 10 septembre lorsqu’il dévoile, en avant-première et presque dans les temps, l’écrin encore en travaux de ce nouveau musée d’art moderne, qui réunira les grands noms de la modernité (Toulouse-Lautrec, Edgar Degas, André Derain, Robert Delaunay, Germaine Richier…), mais aussi des pièces d’arts extra-européens et archéologiques. « Dans un lieu aussi protégé, je pense que l’on aura établi un record de rapidité », se félicite le sénateur vendéen : le temps presse pour lui, impatient de marquer la région de son empreinte, de même que pour le couple de collectionneurs, alors que Léon Cligman fêtait son centenaire en mai dernier. Entre l’annonce du choix de l’abbaye pour abriter la collection, en septembre 2017, et l’ouverture prévue en décembre prochain, il ne se sera écoulé que trois ans, malgré l’interruption due à la crise sanitaire.

Pour transformer les 1 200 mètres carrés du bâtiment de la fannerie de l’abbaye – un ancien espace de stockage – en un musée public d’art moderne, plus de 12 millions d’euros ont été dépensés par la Région. Cette requalification ne s’est pas faite sans tensions, à la croisée des exigences des uns et des autres : la rapidité demandée par le politique ; le respect du site classé, requis par l’architecte en chef des Monuments historiques ; et les instructions des donateurs. Dominique Gagneux, conservatrice en chef au Musée d’art moderne de Paris, avait pris la direction du futur musée en mars 2018, alors que la designer et architecte (*) Constance Guisset a été chargée de la mise en espace du lieu.

La sensibilité des Cligman pour fil rouge

Pour Dominique Gagneux, l’enjeu est de transformer une collection privée en un parcours public. Hors de question, pour elle, de « tomber dans le réflexe du conservateur qui classe, par genre, par époque ». La conservatrice du patrimoine a choisi pour fil rouge la sensibilité des collectionneurs : Martine, elle-même artiste peintre, et Léon, le capitaine d’industrie qui entretient un rapport plus livresque aux œuvres. Ces deux sensibilités ont constitué une collection « plus proche de la représentation que de l’abstraction, plus dans la construction que dans le geste », relève-t-elle : le lieu devra rendre compte de cet « univers de formes » singulier, en proposant un parcours-promenade propice aux dialogues entre les œuvres. « Des rapprochements sensibles pourront être faits par tout le monde, même par un néophyte », promet la directrice du musée. Le plaisir, plus que le savoir, semble présider à l’élaboration de cette exposition permanente.

Le parcours de l’exposition se déroule sur deux niveaux, l’étage supérieur accueillant les expositions temporaires. Dans ce bâtiment « pré-industriel », qui eut une vocation pénitentiaire durant plus d’un siècle, les volumes disparates se succèdent, propices à la construction d’ambiances différentes. Dans l’ancienne boulangerie de la prison, un espace contraint par une bouche d’aération et une ambiance sombre, Dominique Gagneux a imaginé une salle entière consacrée au peintre verrier Maurice Marinot (1882-1960).

Pour élaborer la scénographie du parcours, Constance Guisset s’est, elle, autant intéressée aux particularités du bâtiment qu’à l’accrochage actuel de la collection, dans la demeure des Cligman :« Nous avons pu y aller, voir comment les œuvres sont accrochées, et comprendre la façon dont le couple les regarde. » Un travail précieux pour constituer des « familles » parmi les 900 œuvres, regroupées par caractéristiques formelles, chromatiques, ou par thématique.

Compte tenu de l’ambition politique qui entoure le futur musée, ainsi que de celle des Cligman qui souhaitent donner naissance à une véritable institution, Constance Guisset a dû sacrifier l’originalité à la sobriété. La scénographie se concentre sur la création de perspectives, propices au « choc esthétique » ; elle favorise aussi les niches qui inviteront le spectateur à un rapport privé avec les œuvres au sein d’une institution publique, et la modularité des structures.

Les cimaises, discrètes, seront tout juste apposées pour « bien montrer que l’on est dans un lieu historique ». Quelques touches de couleur sont cependant disséminées ici et là : « La teinte du bleu vient d’être validée en réunion avec la Région ! », souffle Constance Guisset. Une demi-douzaine de teintes inspirées des œuvres de la collection faciliteront ainsi les dialogues entre les œuvres, et créeront des événements visuels dans ce parcours épuré. « Quelques touches de couleur, ça oblige le spectateur à s’arrêter et à se concentrer », explique Dominique Gagneux. Il faudra attendre décembre prochain pour expérimenter ce parcours prometteur.
 

ERRATUM - 21 septembre 2020

(*) Constance Guisset est designeuse et scénographe, et non architecte comme mentionné dans l'article.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°551 du 18 septembre 2020, avec le titre suivant : Fontevraud s’ouvre à l’art moderne

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