Dimanche 1 novembre 2020

Palmarès des musées 2015

Fontainebleau tient tête

Villes de moins de 20 000 habitants

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 5 mai 2015 - 1292 mots

À l’instar du château de Fontainebleau, un habitué des places d’honneur, les lieux patrimoniaux ou à forte notoriété
s’imposent dans le classement des musées situés dans les petites villes, dont la plupart disposent de moyens modestes.

Un château de la Renaissance, l’ancienne résidence des archevêques de Cambrai datant de la fin du XVIIIe siècle et un fief du socialisme utopique de la fin du XIXe siècle : le trio de tête du palmarès des 130 musées situés dans 125 villes de moins de 20 000 habitants illustre la spécificité de ce classement, qui répertorie des lieux historiques très clairement identifiés dans leur commune. La ville de Fontainebleau est en effet indissociable de son château-musée, tout comme Le Cateau-Cambrésis l’est du Musée départemental Matisse et la commune de Guise du Familistère de Jean-Baptiste André Godin.

Malgré une belle programmation sur les peintres belges et américains de la fin du XIXe siècle et une fréquentation stable, le Musée des impressionnismes de Giverny a perdu sa 3e place – l’année 2013 avait affiché de beaux résultats sur le plan des acquisitions et du mécénat, lesquels avaient permis au musée de se distinguer. Dans leur ensemble, ces musées des petites villes témoignent d’un intérêt confirmé auprès du public, puisqu’ils dénombrent au total plus de 3,1 millions de visiteurs (4,2 % de plus qu’en 2013) dont les deux tiers sont payants (4,78 % de plus qu’en 2013), et  qu’ils comptabilisent près de 264 millions d’euros de recettes ( 3,14 %).

Fontainebleau : une politique d’ouverture
Jean-François Hébert peut se réjouir. Le Musée national du château de Fontainebleau, qu’il préside depuis 2009, a conservé sa première place, reflet de l’intérêt que lui portent les 516 000 visiteurs qui ont « envahi » l’an dernier cette commune d’à peine 16 000 habitants. L’année 2014 fut riche pour Fontainebleau : elle a été marquée par l’arrivée à la tête des collections de Vincent Droguet, conservateur général du patrimoine spécialiste des tableaux et décors de la Renaissance, fort d’une vingtaine d’années d’expérience au musée ; surtout, a eu lieu l’inauguration du théâtre impérial restauré, ce grâce à l’important soutien financier du Cheik Khalifa ben Zayed Al-Nahyane – un épisode qui ne manqua pas de provoquer une petite polémique car le théâtre porte désormais le nom de l’émir d’Abou Dhabi. En y consacrant 743 400 euros ( 132 % par rapport à 2013), le musée a privilégié la restauration à l’enrichissement des collections. Commencée en 2007, la restauration du Boudoir turc est enfin achevée.

En une dizaine d’années, le château a su s’adapter au flot croissant de touristes, aussi sa fréquentation a-t-elle fait un bond de 60 %, soit 200 000 visiteurs de plus qu’en 2005 – rien qu’entre 2013 et 2014, elle a augmenté de 14 %. Et les recettes commerciales sont à l’avenant ( 18 %), la moitié des visiteurs du château s’acquittant du droit d’entrée, dont le tarif plein est de 11 euros – seuls les châteaux d’Auvers-sur-Oise (14,25 euros) et de Condé à Chantilly (14 euros) affichent un tarif plus élevé. Avec l’organisation du Festival de l’histoire de l’art, dont le succès se confirme d’année en année, des locations d’espaces très fréquentes, et une offre en neuf langues destinée à un public dont la moitié vient de l’étranger, le château de Fontainebleau récolte les fruits d’une politique d’ouverture.

Année mouvementée au Cateau-Cambrésis
En dépit d’une année mouvementée, le Musée départemental Matisse au Cateau-Cambrésis (7 460 habitants), dans le Nord, est parvenu à gagner deux places par rapport à 2013 : y contribuent le dépôt par l’État d’une centaine d’œuvres de la donation Jean Dewasne, une politique active d’expositions, de conférences et de colloques ainsi que la belle évolution de la fréquentation de son site Internet. Le départ prématuré de Carrie Pilto au terme d’un an et demi à la direction du musée est pourtant cause de perturbations. Certains aspects de sa programmation avaient été fraîchement accueillis, à l’instar de « La vie est faite de belles rencontres », programmée au printemps 2014, ensemble de projets participatifs élaborés avec un collectif d’artistes américains.

Le musée, qui accueille 17 % de visiteurs étrangers, est très identifié sur le plan local, aussi ce désaveu se traduit par un léger fléchissement du nombre d’adhérents et d’Amis du musée, mais surtout par une fréquentation toujours plus en berne (– 11,6 %, soit – 16 % par rapport à 2012 !). Avec des expositions monographiques sur André Derain, Mark Rothko et Jean Dewasne, les recettes (– 16 %) accusent également le coup – précisons que le tarif d’entrée est majoré de 2 euros lorsque l’exposition temporaire a pour sujet Matisse. Le 1er octobre 2014, Patrice Deparpe, conservateur adjoint depuis 2010, a pris la direction de l’établissement dont il assurait l’intérim depuis le 15 juillet. Soucieux de travailler sur l’accueil des scolaires, de tisser des liens avec la région et de développer le mécénat pour pallier les difficultés du département, il a pour tâche de réconcilier le musée avec son public.

Nouvelles têtes
Grâce à l’inauguration le 31 mai de l’an dernier de douze nouvelles salles d’exposition (18 000 m2) dans son pavillon central, le Familistère de Guise (5 182 habitants), dans l’Aisne, s’est hissé à la 3e place de ce classement ( 9 places). Les visiteurs se sont pressés pour découvrir les anciens logements réaménagés, accueillant l’exposition de photographies de Gaël Clariana : la fréquentation, en hausse de 17,2 %, s’est accompagnée d’une envolée des recettes ( 20 %). La politique d’acquisition soutenue, le programme régulier de conférences et l’achèvement du récolement sont autant de signes d’une institution dynamique. Rien d’étonnant donc à ce que le Familistère de Guise figure, avec le MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) à Marseille et le MuPop (Musée des musiques populaires) à Montluçon (Allier), parmi les trois musées français nommés pour le « Prix du musée européen de l’année », lequel, le 16 mai à Glasgow, récompensera l’institution la plus novatrice. L’occasion pour le musée, dont le public ne compte que 7 % d’étrangers, de bénéficier d’une belle visibilité internationale. Plus surprenante est la chute de la fréquentation des scolaires (– 13 %) dans ce classement qui témoigne d’une évolution globale de 1,2 %. Ainsi, en cette première année de célébration du Centenaire de 14-18, certains sites ont vu ces chiffres exploser, à l’instar de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne ( 40 %) et de l’Historial de la Vendée des Lucs-sur-Boulogne ( 36 %).

Si l’on peut regretter l’absence d’une vingtaine de musées parmi lesquels le Musée d’art moderne de Céret, il faut saluer la performance du Musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence comme du Musée départemental du Verre de Sars-Poteries (Nord), arrivés respectivement 17e et 19e de ce classement.
Parmi la vingtaine de nouveaux venus, certains peinent encore à livrer toutes leurs données, les questionnaires incomplets étant par ailleurs à l’origine de quelques dégringolades. Il faudra attendre 2016 pour voir la position de la Maison des Lumières Denis-Diderot à Langres (Haute-Marne) se stabiliser : l’établissement, qui a ouvert ses portes en octobre 2013, doit sa 4e place à la progression spectaculaire de sa fréquentation en 2014. Signalons enfin la très belle progression du Musée municipal de Vire ( 45 places), qui obtient les faveurs du public ( 28 %) avec une programmation originale (« Ernest Pignon-Ernest et les peintres caravagesques »), et qui, à l’automne 2014, a su convaincre la fille d’Ann Arnot Wickes (1922-2006) de lui confier les quelque 500 photographies de la ville bombardée prises par sa mère à la fin des années 1940.

Palmarès des musées 2015 : Villes - 20 000 habitants

Télécharger le classement des 130 musées des villes de moins de 20 000 habitants :
- Classement de 1 à 70 icone PDF (102 ko)
- Classement de 71 à 130 icone PDF (414 ko)

Légende photo

Le château de Fontainebleau et l'étang aux carpes vus du jardin Anglais © Photo Jean-Christophe BENOIST - 2012 - Licence CC BY-SA 3.0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°435 du 8 mai 2015, avec le titre suivant : Fontainebleau tient tête

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