Mercredi 6 juillet 2022

Musée

Emmanuel Kasarhérou : « je souhaite impliquer davantage les équipes du musée dans la programmation »

Par Christine Coste · lejournaldesarts.fr

Le 29 mai 2020 - 655 mots

PARIS

Le nouveau président du Musée du Quai Branly explique ses priorités et son point de vue sur la restitution des œuvres pillées.

Emmanuel Kasarhérou, président du musée du Quai Branly - Jacques Chirac © Photo Thibaut Chapotot
Emmanuel Kasarhérou, président du musée du Quai Branly - Jacques Chirac
© Photo Thibaut Chapotot

Le 27 mai Emmanuel Kasarhérou a quitté ses fonctions d’adjoint au directeur du Patrimoine et des Collection du musée du Quai Branly – Jacques Chirac pour prendre à 60 ans la présidence de l’établissement. Le conservateur kanak, ancien directeur du musée territorial de Nouvelle-Calédonie et du Centre culturel Jean-Marie Tjibaou, explique ses priorités et son opinion sur la restitution des œuvres pillées.

Quelles sont les grandes lignes de votre feuille de route ?
C’est d’abord de pouvoir rouvrir le musée, à partir de mi-juin si les conditions le permettent, de retrouver le public mais aussi de le diversifier. Je souhaite que ce musée soit le musée de tout le monde. La médiation pour se faire doit se renforcer, se diversifier, et nos collections s’ouvrir à toutes les expressions et visions contemporaines du monde qui se sont développées depuis cinquante ans. Quant à la programmation, je souhaite impliquer davantage les équipes du musée en m’appuyant notamment sur le travail mené autour de nos collections. Le public n’en connaît qu’une très petite partie. Elles constituent une ressource fabuleuse. Cette recherche, à intensifier, me touche tout particulièrement car il est important de comprendre les trajectoires des objets, leur histoire singulière et de la partager avec le public.

Stéphane Martin souhaitait que les équipes du musée se « colorisent ». Qu’en pensez-vous ?
Je ne pense pas que ce soit une question de couleurs de peau, mais de sensibilités et de parcours diversifiés. La nécessité d’appartenir à un corps ou à une filière, le moule des formations et la sélection rendent difficile l’insertion dans les équipes de parcours singuliers. Il va falloir trouver les moyens pour favoriser les capillarités. Nos parcours sont beaucoup trop fléchés, pas assez poreux en France. On peut trouver à l’intérieur du musée un moyen de préfigurer ce mouvement au travers d’équipes de projets plus diverses en nationalité. Je souhaite aussi donner plus de visibilité, plus de place au département de la Recherche et de l’Enseignement, et que des transversalités soient trouvées entre ce département tout à fait fondamental et celui du Patrimoine et des Collections. Ne serait-ce que pour le travail de recherche historique et de documentation des origines à mener sur les collections. On ne pourra pas le mener seulement avec les équipes du musée, on aura besoin d’esprits formés à d’autres disciplines.

Quel est votre position sur la restitution des œuvres pillées ?
Je suis sensible à cette question car j’ai eu à la traiter avec une autre casquette, celle de responsable des collections de Nouvelle Calédonie et du patrimoine Kanak. L’inaliénabilité des collections en France est une tradition importante et heureuse car si on a des collections aujourd’hui entre nos mains c’est parce qu’elles n’ont pu être aliénées dans des périodes de crise, de renoncement ou de recul. Il faut donc prendre en compte ce caractère inaliénable tout en menant un travail scientifique de recherche dans nos collections sur les objets issus de pillages, afin d’instruire pour chaque pièce un dossier à charge et à décharge totalement transparent. C’est un travail entamé depuis un an au musée du Quai Branly mais qui nécessite de trouver des moyens plus importants pour le développer et impliquer davantage de personnes dans cette recherche. Ces questions de restitutions doivent par ailleurs être discutées au cas par cas avec les musées qui ont à vocation à gérer les collections. Il faut les rencontrer, voir où l’on en est sur chaque dossier. Je crois beaucoup au dialogue.

La pandémie limite toutefois pour l’instant vos déplacements à l’étranger. Quel est votre premier voyage envisagé ?
Ce sera à Dakar pour le Musée des civilisations noires. Au titre du musée du Quai Branly, j’ai été impliqué dans la réflexion qui a précédé sa création. Mais au-delà de ce fait, ce musée inaugure quelque chose de totalement nouveau dans l’histoire des musées en Afrique.

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