Archéologie

Des peintures rupestres aborigènes datées grâce à des nids de guêpes 

Par Jinane Dolbec · lejournaldesarts.fr

Le 19 mars 2020 - 416 mots

KIMBERLEY / AUSTRALIE

Des chercheurs ont étudié des nids fossilisés de guêpes maçonnes afin de dater les peintures de Kimberley en Australie. 

Les restes de nids de guêpes maçonnes ont été utilisés pour dater les peintures rupestres. © Damien Finch.
Les restes de nids de guêpes maçonnes ont été utilisés pour dater les peintures rupestres.
© Damien Finch.

L’archéologue Damien Finch, avec l’aide de la Balanggara Aboriginal Corporation, a mis au point une technique pour comprendre les mystères des peintures rupestres de style Gwion, situées dans la région du Kimberley, au nord-ouest de l’Australie. Ces peintures représentent des figures humaines vêtues d’une robe de cérémonie et portant des coiffes, des lances et des boomerangs.

Ces œuvres d’art sont difficiles à dater, les teintures ocre utilisées ne comportant aucun matériau organique à soumettre à la datation carbone 14. Les chercheurs ont donc analysé vingt-quatre restes de nids de guêpes maçonnes retrouvés sur les parois de quatorze sites rupestres entre la Drysdale River et la King George River, et ont établi que les peintures avaient entre 4 500 et 13 000 ans, et non pas 17 000 comme il avait été suggéré dans une étude menée en 1997. En effet, les nids fossilisés sont composés de charbon plus facilement datables. Les résultats ont été publiées dans la revue Sciences Advances.

« Je n'en revenais pas qu'on en sache si peu sur ces œuvres d’art », a déclaré Damien Finch à BBC News. « Cela semblait irrespectueux que les scientifiques n'aient pas étudié ce genre de choses plus tôt, et ça montre à quel point on minimise l'importance de la culture aborigène ». Il espère à présent que la « datation guêpe maçonne » pourra être utilisée dans d'autres sites rupestres à travers le monde.

Finch et son équipe ont encore au moins deux ans de travail sur le terrain devant eux, et ils ont demandé la permission à deux autres associations aborigènes de pouvoir travailler sur leur territoire. « Il existe plusieurs milliers de sites d'art rupestre dans une région de la taille de l’Allemagne », a expliqué Finch à Ars Technica. « Nous pourrions facilement y travailler pendant encore 10 ans, et nous n’aurions toujours pas de réponses à toutes les questions que nous nous posons. »

Longtemps tenu à l’écart du monde artistique occidental, l’art aborigène, apparu en Australie il y a 70 000 ans, intéresse de plus en plus les chercheurs. Selon Stéphane Jacob, expert en la matière, l’art aborigène est défini par les relations étroites que les artistes entretiennent avec les mythologies du Temps du Rêve, le temps de la création du monde par les ancêtres qui pouvaient prendre la forme d’animaux, de végétaux, ou d’êtres humains. C’est aussi un outil politique pour les populations autochtones qui revendiquent droits et territoires et cherchent à affirmer leur culture menacée de destruction.

Thématiques

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque