Beaux-arts

Cassel retrouve son musée

Dédié à la culture flamande plus qu’à l’art flamand, le nouveau musée de Flandre, à Cassel, réussit avec brio sa réouverture

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2010 - 694 mots

CASSEL - Avec 10 000 visiteurs après seulement trois semaines d’ouverture – dont un tiers de néerlandophones –, contre une prévision de 50 000 à l’année, le nouveau Musée départemental de Flandre, à Cassel (Nord), semble avoir déjà gagné un premier pari : devenir un musée de territoire attractif.

Proposant « une approche culturelle de la Flandre », selon les termes de sa directrice, Sandrine Vézilier, le nouvel équipement a rouvert, fin octobre, après treize années de fermeture. D’un musée initialement dédié à la minéralogie et à la paléontologie puis à l’histoire et au folklore locaux – y sont notamment conservés les géants du carnaval de Cassel, inscrits au titre des monuments historiques et au patrimoine mondial de l’Unesco –, il a été transformé en petit musée des beaux-arts, mêlant les disciplines et les époques dans un parcours thématique intelligemment construit, sans chercher à rivaliser inutilement avec certaines institutions de la région, dotées de collections plus encyclopédiques. Cela, tout en portant une attention particulière à la diversité des publics, en proposant notamment un parcours tactile dédié aux malvoyants.
Logés dans un bâtiment historique, l’hôtel de la Noble-Cour, situé au centre de Cassel, bourgade de 2 000 habitants installée sur les contreforts de l’un des monts de Flandre, les espaces rénovés du musée ont été mis en scène avec élégance par l’architecte Didier Blin. Le parcours démarre par une évocation de l’histoire de la région, terre de batailles du Moyen Âge à la Seconde Guerre mondiale. Ces multiples épisodes sont notamment illustrés par une œuvre monumentale de Francis Tattegrain (Les Casselois dans le marais de Saint-Omer se rendant à la merci du duc Philippe le Bon, le 4 janvier 1430, 1887), dépôt du Fonds national d’art contemporain restauré pour l’occasion, ou encore par un autre dépôt remarquable du château de Versailles (Robert Bonnart, La Bataille de Cassel, 11 avril 1677, fin XVIIe), accroché non loin de l’ancien bureau du maréchal Foch, illustre occupant des lieux. 

Le carnaval mis en valeur 
Une section dédiée au paysage puis aux dévotions permet ensuite d’aborder l’incontournable question de la peinture flamande. Si le département du Nord, tutelle du musée depuis 1997, lui a octroyé un budget d’acquisition significatif en vue de sa réouverture (près de 1 million d’euros), il a toutefois été difficile d’acquérir des chefs-d’œuvre de la peinture ancienne, dont les collections n’étaient pas pourvues. D’où un accrochage – enrichi par quelques dépôts de collectionneurs privés – qui mêle des tableaux inégaux, allant du très bon (Vierge au donateur Joos Van den Damme ; Saint Christophe portant l’Enfant Jésus attribué à Joachim Patinir et Quentin Metsys ; ou un paysage de la première période de Roelandt Savery…) au mois bon, dont quelques panneaux aux attributions encore peu assurées. Plus loin dans le parcours, le cabinet de curiosités croise habilement les genres et accentue la présence de l’art contemporain, bien choisi en regard de la collection. Une dernière section, baptisée « Ostentation et dérision », évoque enfin le goût flamand pour la satire, tout en mettant en valeur un patrimoine immatériel local, le carnaval. Une petite salle a par ailleurs été aménagée pour les expositions temporaires. La présentation inaugurale, dédiée à la représentation du corps féminin dans la peinture flamande, illustre la difficulté que peut rencontrer un musée de taille modeste, fermé de plus pendant de longues années, pour exister à nouveau au sein du réseau des musées français. Séduisant, le sujet aurait pu tenir ses promesses si tous les musées hexagonaux avaient joué le jeu de la solidarité en concédant des prêts de qualité. Tel n’a pas été le cas. Au-delà des projets d’antenne des grands établissements nationaux, la décentralisation peut aussi emprunter le chemin du prêt et du dépôt, moins médiatique mais plus indolore pour les finances publiques.  

Musée départemental de Flandre, 26, Grand-Place, 59670 Cassel, tél. 03 59 73 45 60, museedeflandre.cg59.fr, tlj sauf lundi 10h-12h30 et 14h-18h, sans interruption le dimanche. Catalogue des œuvres choisies, éd. SilvanaEditoriale, 208 p., 30 euros, ISBN 978-8-8366-1805-7

Exposition inaugurale : « Sensualité et volupté, le corps féminin dans la peinture flamande des XVIe et XVIIe siècles », jusqu’au 23 janvier 2011. Catalogue, éd. SilvanaEditoriale, 128 p., 24 euros, ISBN 978-8-8366-1809-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°336 du 3 décembre 2010, avec le titre suivant : Cassel retrouve son musée

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