Mardi 10 décembre 2019

Musée

Bruno Gaudichon : « Roubaix veut développer le tourisme autour de son patrimoine industriel »

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 26 octobre 2001 - 780 mots

ROUBAIX

Conservateur au Musée d’art et d’industrie de Roubaix, Bruno Gaudichon raconte comment l’ancienne piscine municipale – à laquelle les habitants sont très attachés depuis sa création en 1932 – s’est transformée en un musée authentique et représentatif de la commune. Il évoque ensuite les efforts réalisés par la municipalité pour revaloriser son patrimoine industriel ; efforts déjà récompensés puisque Roubaix a obtenu en octobre 2000 le label « ville d’art et d’histoire ».

Comment la piscine municipale de Roubaix a-t-elle été choisie pour accueillir le musée ?
De 1880 à 1940, le musée était installé dans une partie de l’école d’ingénieurs textile (2 000 mètres carrés). Il y avait donc un problème de superficie, renforcé par le fait que le bâtiment n’appartenait pas à la ville mais à l’État, et un problème d’image avec un édifice de qualité mais non spectaculaire. Quand il a été question de trouver un lieu pour réinstaller le musée, il fallait un projet complémentaire aux musées de Villeneuve-d’Ascq – ouvert depuis moins de dix ans –, de Lille – qui démarrait son chantier – et de Tourcoing – tout juste rénové . De plus, dans une ville où les gens n’avaient pas de pratique muséale depuis soixante ans, il était nécessaire de s’appuyer sur un bâtiment avec lequel il existait déjà une complicité. La piscine a été le lieu idéal. Déjà, lors de sa construction, vers 1930, elle avait pour vocation de répondre aux problèmes d’hygiène de l’habitat ouvrier et de donner à l’extérieur l’image de la plus belle piscine de France. C’était la seule piscine de l’agglomération ; toutes les couches sociales s’y côtoyaient. Aujourd’hui encore, rares sont les Roubaisiens qui n’y ont pas appris à nager !

Il était pourtant question que la piscine soit rasée, à une époque...
Pour les habitants, il était impensable d’envisager la démolition. Quand la piscine a fermé, la ville continuait d’ailleurs de l’entretenir, mais elle n’arrivait pas à se décider. Il y a eu différents projets, pour en faire une boîte de nuit, une résidence universitaire... Le projet du musée a finalement été une solution très appréciée.

Lors des travaux, quel a été le parti architectural ?
Le projet est innovant parce que l’architecte, Jean-Paul Philippon a fait preuve de beaucoup d’humilité, il est resté très en retrait par rapport au bâtiment d’origine. Les Roubaisiens étant très attachés à leur piscine, il fallait la restituer au plus près de l’état dans lequel ils l’ont laissée. Nous avons gardé le bassin, les voûtes, les grandes verrières, les mosaïques, mais aussi les cabines de douches par lesquelles les visiteurs entraient dans la piscine.

Ces travaux s’inscrivent dans le contexte d’une revalorisation du patrimoine industriel de Roubaix...
Roubaix veut développer le tourisme autour de son patrimoine industriel. Il n’y a pas d’intervention lourde pour rendre cela plus contemporain, plus acceptable. C’est une réhabilitation qui se fait, enfin, sans complexe.  Complexée, Roubaix faisait tout pour ressembler à sa voisine Villeneuve-d’Ascq, avec sa logique de ville nouvelle et ses allées de maisons individuelles. Aujourd’hui, les gens sont fiers de Roubaix, les investisseurs viennent y installer leurs bureaux... Les regards ont changé. En cinq ans, Roubaix s’est énormément transformée, même s’il reste encore beaucoup de difficultés à surmonter... Quand la ville a obtenu le label “ville d’art et d’histoire”, en octobre dernier, le maire en a été profondément bouleversé, il s’agissait d’une vraie reconnaissance.

La ville a lancé un grand projet de réhabilitation pour l’espace dit du Conditionnement. De quoi s’agit-il exactement ?
Il s’agit d’un endroit où la laine arrivait du monde entier. Les bâtiments couvrent une superficie immense. La ville va y installer une sorte de grand lieu de rencontre, de mémoire, de restauration, avec des installations contemporaines, l’équivalent des Subsistances à Lyon en quelque sorte. Le concours d’architecture – qui comprend à la fois un projet architectural et un programme de définition du lieu – est déjà lancé et le projet devrait voir le jour en 2004, date à laquelle Lille sera capitale européenne de la culture. De nombreux bâtiments industriels ont déjà fait l’objet de ce type de transformation : un garage et l’ancienne salle de gymnastique, La Roubaisienne, ont été transformés en salles de spectacles, l’usine Lepoutre a été réhabilitée pour recevoir des activités tertiaires et l’usine textile Roussel a été restaurée pour accueillir des activités économiques ainsi que les studios de danse du Ballet du Nord et une compagnie de hip hop régionale.

Que reste-t-il à faire ?
Beaucoup de choses... De nombreux quartiers ne sont pas restaurés. De plus, Roubaix doit encore lutter contre les clichés et montrer ce qu’elle est vraiment. Pour cela, la piscine est l’image la plus fidèle de ce qu’est la ville.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°135 du 26 octobre 2001, avec le titre suivant : Bruno Gaudichon : « Roubaix veut développer le tourisme autour de son patrimoine industriel »

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