Samedi 15 décembre 2018

Berlin aura son Guggenheim

La célèbre fondation s’associe à la Deutsche Bank

Le Journal des Arts

Le 29 août 1997 - 692 mots

Après Bilbao, la Fondation Guggenheim ouvrira un nouveau lieu en Europe cette année. Associée à la Deutsche Bank, elle inaugurera en novembre prochain, à Berlin, un espace d’exposition qui portera le nom de Deutsche Guggenheim Berlin.

BERLIN. Lors d’une conférence de presse, Thomas Krens, directeur du Guggenheim Museum de New York, et Hillmar Kopper, directeur de la Deutsche Bank, ont affirmé que le Deutsche Guggenheim Berlin sera une joint-venture, c’est-à-dire une société commune contrôlée à parts égales par la grande banque allemande et le plus dynamique des musées américains. Cette décision intervient alors que s’ouvrira en octobre, à Bilbao, un nouveau Musée Guggenheim offrant plus de 13 000 m2 de surface d’exposition. Le projet de l’architecte américain Frank Gehry a été financé en grande partie par la ville basque. Hillmar Kopper a expliqué que la Deutsche Bank est depuis longtemps active dans le secteur culturel, mais de façon trop discrète. Elle possède une importante collection d’art allemand du XXe siècle, présentée dans ses 1 500 succursales. Elle a également donné naissance, il y a environ un an, à une fondation pour l’art dotée de plus de 3,5 millions de francs, qui est active dans divers domaines culturels, de la sauvegarde du patrimoine artistique au soutien aux jeunes artistes. Les conservateurs de la collection de la Deutsche Bank organisent en outre des expositions itinérantes, comme celle qui est actuellement consacrée à Baselitz à Moscou. Kopper a précisé que le choix du nom de la nouvelle fondation – véritable marque déposée – reflète bien la situation paritaire des deux partenaires : Deutsche vaut pour la banque, Guggen­heim pour le musée, et Berlin marque le lien de l’institution avec la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée. Une longue salle d’environ 400 m2 sera réservée aux expositions, avec une librairie adjacente d’environ 200 m2. L’in­tention de Thomas Krens est d’organiser à Berlin deux ou trois expositions par an, de petite taille et concentrées sur un thème. Le parangon en est la récente manifestation consacrée à Beckmann ("Un artiste en exil") au Guggenheim de New York, qui a remporté un énorme succès bien qu’elle ne comptât que vingt et une œuvres. Une exposition de toiles de Delaunay, organisée par Mark Rosenthal, l’ancien conservateur de la National Gallery de New York, inaugurera le Deutsche Guggen­heim Berlin en novembre prochain, et sera ensuite présentée à New York, au siège de la fondation, en février 1998.

Avant la conquête de l’Asie
Le petit espace berlinois cherchera également à se faire une place sur la scène artistique allemande en jouant le rôle de commanditaire. Il compte en effet monter des expositions de jeunes artistes avec lesquels, selon un modèle expérimenté à Bilbao, le musée collaborera directement. Krens a l’intention de présenter régulièrement les expositions à Berlin, puis de les faire venir à New York, mais aussi d’élargir le rayon d’action du Guggenheim au-delà des limites du XXe siècle. Une exposition de dessins intitulée "De Dürer à Rauschenberg" se prépare actuellement, en collaboration avec l’Albertina Museum de Vienne. En février 1998, sous le titre "Chine : 5000 ans", New York accueillera la plus grande exposition d’art chinois jamais rassemblé, en collaboration avec le Musée du Palais de Pékin, le ministère de la Culture chinois et le Musée d’art de Shanghai. Krens a répondu sans hésitation aux nombreux critiques qui estiment que les filiales ouvertes par la Fondation Guggenheim à travers le monde vont dans le sens d’une politique trop ouvertement commerciale. "Mes collaborateurs et moi croyons en la culture et avons conscience d’être dans une phase cruciale de l’évolution du concept même de culture", a-t-il précisé. "Au XVIIIe siècle, on a assisté, dans l’administration de la culture, au passage de l’Église à l’État. Aujourd’hui, nous constatons, de façon assurément plus marquée aux États-Unis, que l’État se désengage progressivement de ce domaine, qu’il soit incarné par les musées ou par les universités, pour le remettre dans les mains du secteur privé". Il n’est pas difficile de prévoir que la prochaine conquête de Krens sera l’Asie. La Fondation Guggen­heim collabore déjà avec la firme Samsung, le géant coréen de l’électronique. L’architecte Frank Gehry réalise d’ailleurs en ce moment, à Séoul, le Samsung Museum of Modern Art.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°42 du 29 août 1997, avec le titre suivant : Berlin aura son Guggenheim

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