Réouverture

Aux bonheurs des ducs

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 18 juillet 2007

Après des travaux de restauration et rénovation considérables, Nantes rouvre au public le château des ducs de Bretagne avec un parcours muséographique exemplaire.

NANTES - En chantier depuis quinze ans et entièrement fermé au public depuis trois ans, le château des ducs de Bretagne ouvre à nouveau ses portes. Implantée au cœur historique de Nantes, cette forteresse de 500 mètres de chemin de ronde se compose, côté cour, d’une résidence ducale édifiée au XVe siècle, et de bâtiments construits entre le XVIe et le XVIIIe siècle dont la finesse contraste avec les murailles extérieures en granit. Édifié par François II, dernier duc de Bretagne indépendant, parfait par sa fille la duchesse Anne de Bretagne, le château a été très endommagé en 1670 à la suite d’ un incendie, suivi en 1800 d’une explosion (il était alors utilisé pour stocker du matériel d’artillerie). Il fut classé monument historique en 1862, avant d’être acheté par la Ville de Nantes en 1915 qui y a installé un musée municipal. Avant ces travaux, il n’avait jamais fait l’objet d’une restauration globale. Celle-ci s’est déroulée en tenant compte de toutes les étapes de construction et de transformation que l’édifice a connues (lire l’encadré). Les travaux, d’un montant de plus de 50 millions d’euros, ont été répartis à parité entre la restauration du monument historique et l’aménagement muséographique. « Le château que vous allez voir n’a jamais existé », prévient d’entrée de jeu Yannick Guin, adjoint au maire de Nantes à la culture, précisant : « Il s’agit d’un véritable projet de société, nous voulions mettre la conscience historique au cœur de la cité. »

« Pour le public »
Outre l’entrée principale par le pont dormant, deux anciens accès ont été rétablis, l’un par le pont de secours, l’autre par la poterne de la Loire, construite par Anne de Bretagne entre 1491 et 1494. À l’origine très dépouillées, dénuées de décors historiques, les salles ont été restaurées en conservant un maximum d’éléments originels, tandis qu’un mobilier contemporain a été élaboré dans le respect de l’architecture pour présenter les œuvres. Tous les espaces sont accessibles aux personnes handicapées ou à mobilité réduite, sans que cette fonction ne dénature le bâtiment. De même, des parcours parallèles s’adressent aux non-voyants et aux malentendants. « Tout ce que nous avons fait, c’est pour le public », insiste Marie-Hélène Jouzeau, la directrice de l’établissement.
Auparavant, le château abritait une collection pour le moins hétéroclite réunissant mobilier, objets d’art, affiches, dessins, tableaux, maquettes, plans, éléments industriels. Celle-ci a été enrichie et rendue cohérente pour faire vivre le musée, fraîchement labellisé « Musée de France » et installé dans les bâtiments du XVe siècle.
Consacré à l’histoire du site et de la ville, le parcours se déploie dans les 32 salles de l’ancien palais ducal et présente près de 800 pièces. Celles-ci évoquent l’édification du château et la Bretagne ducale, avant de retracer le développement urbain, l’activité portuaire de Nantes et la traite des noirs, la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction, les mouvements sociaux, les grands projets du XXe siècle. Le tout s’achève sur une œuvre contemporaine de Pierrick Sorin qui réinterprète à sa façon le passé nantais. Dans deux ans, elle cédera la place à une pièce que le château commandera à un autre artiste. La présentation inclut de nombreux dispositifs multimédia, dont la qualité le dispute à la discrétion. La réussite de la muséographie, signée Jean-François Bodin (à qui l’on doit le réaménagement du capcMusée d’art contemporain de Bordeaux et du Musée Matisse de Nice) tient à cette alliance subtile entre le contemporain (mobilier ultramoderne, accès handicapés) et l’ancienneté du lieu. La cour sera librement accessible au public, avec un circuit aménagé des remparts, entièrement ouverts à la promenade. Ceux-ci offrent un beau point de vue panoramique sur l’ensemble de Nantes, sur les anciennes usines LU, la tour de Bretagne, la Cathédrale ou le quartier médiéval… Ouvert sur la ville et rendu au public, le château des ducs de Bretagne retrouve une place d’honneur au cœur du riche patrimoine nantais.

Château des ducs de Bretagne

Musée d’histoire de Nantes, 4, place Marc-Elder, 44000 Nantes, www.château-nantes.fr, tlj sauf jours fériés, 10h-19h pour le site et 18h pour le musée ; à partir du 15 mai (et jusqu’au 15 septembre), 9h-20h pour le site et 9h30-19h pour le musée. Deux premières expositions : « France-Nouvelle France, la naissance d’un peuple français en Amérique » (sur les Français partis s’installer dans le Nouveau Monde entre le XVIe et le XVIIIe siècle), du 10 mars au 10 juin ; « Anne de Bretagne, une histoire, un mythe », du 30 juin au 30 septembre.

Château des ducs de Bretagne

- Coût des travaux : 51,5 millions d’euros (58 % Ville de Nantes, 13 % État, 10 % Union européenne, 10 % Région des Pays de la Loire, 7 % département Loire-Atlantique, 2 % Nantes-Métropole) - Architectes : Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments historiques pour la restauration ; Jean-François Bodin pour la muséographie - Directrice du château : Marie-Hélène Jouzeau, conservateur en chef du patrimoine - Surface accessible au public : 5 000 m2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°253 du 16 février 2007, avec le titre suivant : Aux bonheurs des ducs

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