Mercredi 12 décembre 2018

Architecture et décoration à l’ère ottomane

Par Pierre Morio · L'ŒIL

Le 26 août 2009 - 509 mots

Longtemps considéré comme une phagocytose des traditions artisanales persanes, arméniennes ou grecques, l’art ottoman est en fait un art singulier dans le paysage musulman.

Les origines de l’art ottoman sont à rechercher en Anatolie, berceau des Seldjoukides, sans oublier non plus l’influence de l’art byzantin. Car de toute évidence, en visitant les mosquées construites par l’architecte Sinan, maître d’ouvrage de Soliman le Magnifique, un plan vient à l’esprit : celui de Sainte-Sophie. La basilique chrétienne, transformée en mosquée peu de temps après la chute de Byzance, en 1453, fut l’inspiratrice de tous les bâtiments de l’Empire ottoman. Mais ce ne fut pas un simple copier-coller. La prouesse technique que constituait à l’époque la réalisation de la coupole de Sainte-Sophie ne masque pas le fait qu’elle est trop lourde pour être supportée par des murs fins, lui conférant l’aspect imposant qu’on lui connaît. Les Ottomans chercheront à rendre le modèle beaucoup plus gracile. Dans la mosquée de Soliman, en cours de restauration, quatre fins piliers de 53 mètres de haut soutiennent la base de la coupole. Le plan diffère quant à lui des autres modèles de mosquées du monde musulman. La superposition de travées est abandonnée pour un plan central, dominé par la coupole principale et ses demi-coupoles. Cet agencement répond bien sûr  à des questions de théologie, plaçant Dieu au-dessus de tous ses serviteurs, sans distinction de rang. Cette architecture singulière s’est diffusée dans tout l’empire. C’est ainsi que l’on retrouve cette silhouette de coupoles flanquées de minarets effilés coiffés de toits pointus notamment en Égypte, Bulgarie, Syrie, etc.
La singularité ottomane se retrouve aussi dans la décoration des mosquées et, plus largement, dans les arts décoratifs. Que ce soit  à la Mosquée bleue, ou bien dans des édifices plus modestes comme celle de Rüstem Pacha, les murs sont recouverts de céramiques à motifs végétaux. Les sultans ont en effet très tôt manifesté un goût prononcé pour la céramique et les porcelaines chinoises. Le problème était le coût d’une telle appétence. Ils ont donc créé des ateliers capables de rivaliser avec les Chinois. C’est ainsi que se développe à Iznik, l’antique Nicée, une production de céramiques propres à ravir la cour. Proches, dans un premier temps, des porcelaines bleues et blanches chinoises, les céramiques d’Iznik vont développer un répertoire et une gamme chromatique originaux. C’est à ces ateliers que l’on doit les plus belles réalisations de panneaux décoratifs représentant cyprès, œillets, tulipes et feuilles saz.
La production textile ne fut pas en reste. L’empire contrôlant une partie de la route de la soie, les Ottomans s’y intéressèrent vivement et la mode de l’époque s’en empara pour vêtir de riches caftans les sultans. C’est une partie de cette collection, toujours conservée au palais de Topkapi, que le musée du Louvre s’apprête à dévoiler à partir du 14 octobre.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°616 du 1 septembre 2009, avec le titre suivant : Architecture et décoration à l’ère ottomane

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