Vendredi 3 décembre 2021

Musée

Annabelle Ténèze : « Attirer les gens est un combat quotidien »

Directrice du Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart qui célèbre cette année ses 30 ans d’existence

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 19 mai 2015 - 792 mots

Après l’École des Chartes et une thèse sur « Exposer l’art contemporain à Paris. L’exemple de l’ARC au MAMVP », Annabelle Ténèze (35 ans) intègre l’Institut national du patrimoine. En 2006, elle entre au Musée national Picasso comme responsable des collections d’art graphique. Depuis l’été 2012, elle dirige le Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart.

Présenter de l’art contemporain en pleine campagne est une gageure. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
Par rapport aux visiteurs, notre défi, c’est de faire entrer dans le musée ceux qui ne sont pas familiers des musées ou de l’art contemporain. C’est enclencher la première visite qui est toujours compliqué, mais une fois que le public a passé les portes du château, il ressort rarement déçu, au contraire, souvent surpris et satisfait. S’il y a pu avoir des résistances au moment de la création du musée en 1985 sous l’impulsion de Jean-Claude Peyronnet, qui était à l’époque président du conseil général de la Haute-Vienne, elles se sont estompées. C’était un vrai choix volontariste. Le résultat est que, cette année, le musée a 30 ans. Et même si le combat d’attirer les gens est une mission du quotidien qui n’est jamais acquise, le musée est aujourd’hui entré dans le paysage de Rochechouart et plus largement dans le paysage de l’art contemporain en Europe. Et il n’y a pas de difficulté au niveau local, par rapport à la ville et aux élus.

Quel est votre budget de fonctionnement ?
Nous sommes financés essentiellement par le département, et comme beaucoup de musées de département, on est en régie directe. Ce qui veut dire que de nombreux postes comme la communication, le site internet, les travaux sur le bâti comme la restauration des façades du château en cours, les assurances ou l’informatique sont mutualisés et pris en charge par le conseil général. En revanche, nous gérons directement d’autres budgets, comme le budget de production des expositions qui s’élèvent à 130 000 euros par an. Nous organisons trois expositions par an.

La baisse des dotations de l’État aux collectivités locales a-t-elle eu un impact sur votre fonctionnement ?
Nous n’avons pas eu ces deux dernières années de baisse du budget de fonctionnement, mais le financement de la culture et des musées reste un enjeu majeur. Ce qui peut poser problème notamment, c’est la baisse du Fonds régional d’acquisition pour les musées depuis deux ans. L’État a décidé de diminuer de moitié environ l’ensemble des aides accordées aux fonds régionaux d’aides pour les acquisitions d’œuvres par les musées des collectivités territoriales.

Quelles sont les lignes de force de la collection du musée ?
Lorsque le musée a été créé, l’idée a été de se focaliser sur trois grands thèmes : le paysage, l’histoire et l’imaginaire. Ainsi on a beaucoup d’œuvres d’Arte povera, des ensembles autour de la peinture allemande avec Sigmar Polke, Gerhard Richter, ou autour de la sculpture anglaise comme celle de Tony Cragg, dont on vient d’installer une sculpture monumentale dans la cour du château pour les trente ans du musée. On continue d’acquérir, comme récemment des œuvres de Jules de Balincourt, Eduardo Basualdo ou Folkert de Jong. On possède aussi avec la Berlinische Galerie, la plus importante collection de l’artiste dada Raoul Hausmann.

Quelle est votre fréquentation annuelle ? Et quel public visez-vous ?
Le musée compte 15 000 entrées par an. Ramené à la taille de la ville, cela fait entre trois et quatre fois la population de Rochechouart. Le public local représente 40 %, le public national 40 % et le public étranger 20 %. Le public local suit beaucoup nos événements, ce sont eux qui sont attirés par les visites musicales, les visites guidées ou « performées ». Nous travaillons aussi beaucoup avec le public jeune qui représente à peu près 30 % des groupes. Dans le personnel du musée, deux personnes de catégorie A travaillent à temps plein pour le service des publics. Nous accordons une grande place à la médiation. De plus, avoir de nombreuses relations avec les services liés au social est une des spécificités propres au travail dans un musée qui est dans un conseil général. Nous menons par exemple un travail avec des enfants suivis judiciairement, la petite enfance ou encore les classes de non-francophones.

Le Limousin regroupe vingt structures d’art contemporain dont notamment le Frac ou le Centre de Vassivière et celui de Meymac. Mettez-vous en place des actions communes ?
Oui, cela passe par l’association Cinq/25 créée en 2008. Chaque trimestre, elle édite un livret qui recense l’ensemble des activités et des expositions de la région. Sinon, en termes d’action culturelle, nous organisons des « échappées », des circuits entre nos différentes institutions. Ce qui permet un gain de visibilité pour chaque structure et une circulation des publics.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°436 du 22 mai 2015, avec le titre suivant : Annabelle Ténèze : « Attirer les gens est un combat quotidien »

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