Samedi 24 février 2018

Angkor pierre à pierre

Des missions européennes interviennent sur les temples

Le Journal des Arts

Le 8 février 2008

De nombreuses missions internationales chargées de la conservation des temples se sont succédé depuis la découverte, au XIXe siècle, d’Angkor, au Cambodge. Au cours de ces dernières années, Français et Allemands collaborent sur le plus grand site archéologique du monde, usant de techniques bien distinctes.

Angkor - Classé au Patrimoine mondial de l’humanité en 1992 par l’Unesco, le site a bénéficié de la création d’un Comité de coordination internationale (ICC) dont les co-présidents sont les ambassadeurs français et japonais à Phnom Penh. “Chaque proposition émanant d’un pays quel qu’il soit, y compris le Cambodge, est soumise à l’ICC”, explique monsieur Ragavan, directeur du centre de documentation de l’ICC à Siem Reap – ville à laquelle est rattachée le site d’Angkor. Outre la France et le Japon – fers de lance de la campagne de conservation –, les équipes de restaurateurs viennent d’Allemagne, des États-Unis et de Chine. Quant aux Indonésiens, qui ont travaillé autrefois sur le site, ils ont dû regagner leur pays en raison de la crise financière. Les Français avaient quitté Angkor à cause de la guerre du Vietnam, du régime de Pol Pot et de l’invasion vietnamienne. Au temple de Bayon – qui occupe le centre du site –, ils effectuent désormais un travail minutieux sur le bouddha couché de 40 mètres de long. “Ce programme de restauration a commencé en 1995 avec l’aide du ministère des Affaires étrangères, mais il est en fait la continuation d’un défi relevé par les conservateurs qui ont travaillé à Angkor”, explique l’architecte français Pascal Royère. Rien n’avait été fait jusqu’à la fin des années 1950 ; il a alors fallu choisir entre restaurer entièrement le monument ou le laisser s’écrouler. La Conservation d’Angkor (gérée à l’époque par les Français) a décidé d’agir. Bien que radicale, cette intervention était la réponse tout indiquée aux besoins du monument. Les options techniques retenues découlaient des connaissances que l’École française d’Extrême-Orient avait réunies à l’occasion des travaux effectués sur le monument au début du siècle. L’option retenue est la technique de l’‘anastylose’, c’est-à-dire la reconstruction d’une ruine à partir de ses composants propres. Nous avons démonté la structure dans sa totalité, pièce après pièce, bloc après bloc, et inventorié chaque élément avant de stocker le matériel dans la forêt environnante. Quelque 300 000 pièces ont été dispersées sur 10 hectares ; les remonter revient un peu à ordonner un puzzle en trois dimensions, dont le modèle aurait disparu puisque les Khmers rouges ont détruit toutes les archives.” Également inscrit par l’Unesco sur la liste des sites en danger, le temple d’Angkor Vat, considéré comme le monument religieux en pierre le plus vaste du monde, est entre les mains d’une mission allemande qui répare actuellement 360 des 1 850 apsaras (personnages féminins) en grès qui se trouvaient “dans un état alarmant de détérioration”. Utilisant une technique qui a fait ses preuves à la cathédrale de Strasbourg, les Allemands cherchent à “conserver les surfaces courbes telles qu’elles sont, car, dans le cas contraire, ce ne seraient plus qu’un tas de pierres”. Ayant également recours aux techniques de la documentation numérique et de l’infographie les plus avancées permettant de mesurer au millimètre près la quantité d’eau qui s’infiltre dans le grès, les Allemands ont dépensé 1,8 million de deutschemarks (6 millions de francs). La mission allemande forme aussi des Cambodgiens à certains aspects du travail afin qu’ils puissent, à l’avenir, participer à la conservation de leur patrimoine. Patrick Royère ne craint pas l’emploi de méthodes contradictoires sur le site : “Chaque monument a sa personnalité propre, tout comme chaque patient présente des symptômes et une pathologie propres. Chacun demande un diagnostic spécifique, qui prendra en compte sa taille, son origine, et plusieurs autres paramètres.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°133 du 28 septembre 2001, avec le titre suivant : Angkor pierre à pierre

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