Enquête

Palmarès des musées 2008

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 18 juin 2008

Les musées de Beaux-Arts français ont bien terminé l’année 2007 : fréquentation, activité, enrichissement des collections sont orientés à la hausse. C’est ce qui ressort de notre cinquième enquête annuelle qui permet également d’établir un palmarès des musées.

Avec près de 70 critères et 370 répondants, l’enquête annuelle de L’œil et du Journal des Arts est devenue au fil du temps un observatoire précieux de l’activité de nos musées d’art. La cinquième édition met en lumière un climat favorable qui redistribue quelque peu les places entre les établissements, comme on le verra dans la suite de ce dossier.

Une fréquentation générale en hausse de 5 %
La mission des musées ne se réduit pas à accueillir du public, c’est entendu, il n’en reste pas moins que la fréquentation demeure le thermomètre de la bonne santé d’une institution. Et de ce point de vue, les musées se portent bien. Le nombre de visiteurs a ainsi progressé de 5 % en 2007 contre seulement 1 % au cours des deux années précédentes. Plus de 39 millions de visiteurs se sont rendus dans les 370 musées répondants. Un chiffre à mettre en regard des 48 millions de visiteurs en 2006 des 1 000 musées de France ouverts au public.
La hausse concerne autant les musées parisiens (château de Versailles compris), qui représentent tout de même 78 % du total des entrées, que les musées en région ; à l’exception notable du Louvre qui enregistre une baisse inattendue de 1 %.
Comment expliquer cette hausse générale de la fréquentation ? Certainement pas par la gratuité mise en œuvre par les musées de la Ville de Paris et ceux de quelques villes de province (lire encadré p. 28). À quelques exceptions près, leur fréquentation est en baisse. D’ailleurs, la part des visiteurs gratuits dans le total a diminué de 40 % à 34 %. Cette bonne fortune est d’abord à mettre sur le compte d’une honorable saison touristique.
Même si notre enquête ne permet pas de mesurer la part des visiteurs étrangers, à la différence des visiteurs hors agglomération (celle-ci a gagné deux points en passant de 56 % à 58 %), on peut légitimement penser que l’augmentation des touristes étrangers y est pour quelque chose. Les grands musées parisiens sont évidemment les premiers à bénéficier de l’afflux touristique qui représente jusqu’à 80 % des visiteurs du Louvre et d’Orsay et déjà 52 % du Quai Branly, confirmant l’insertion rapide de ce dernier dans le programme des tour-opérateurs.
Le Quai Branly illustre par ailleurs le fait qu’un nouveau musée ne pique pas forcément des visiteurs aux institutions bien en place. Au contraire, de nouveaux entrants augmentent le nombre total de visiteurs. L’attrait de la nouveauté incite le public à aller plus souvent dans les musées.
Un autre facteur explique cette hausse de 5 % : le dynamisme des expositions temporaires. Jamais leur nombre n’aura été aussi élevé. L’enquête en a dénombré 1 142, et une augmentation de 9 % sur les musées répondants en 2007 et 2008. Le public habituel se déplace aujourd’hui plus souvent pour visiter une exposition que pour visiter les collections.

Les « grands musées » : ces arbres qui cachent la forêt
Mais cette bonne année ne change rien à la réalité quotidienne de la très grande majorité des musées. De nombreux lieux sont vides, surtout en semaine. À partir du 35e musée, il y a moins de 100 000 visiteurs par an, soit 300 visiteurs par jour. À la moitié du classement, ce nombre chute à 51. Le constat est rude : de nombreux équipements sont sous-utilisés. La solution passe sans doute par l’école, les visites scolaires (moins de 11 % du total des visiteurs), mais aussi l’enseignement de l’histoire de l’art. Vaste chantier.
Un musée, c’est aussi un projet scientifique qui se laisse difficilement enfermer dans des chiffres. Quelques critères permettent cependant de dessiner une tendance, là aussi positive. Les nouvelles acquisitions se sont élevées à 113 millions, en hausse de 82 % par rapport à l’an dernier. Même sans l’exceptionnelle donation Tériade au musée Matisse du Cateau-Cambrésis, la hausse est de 15 %.
Les dépenses de restauration des œuvres ont augmenté de 13 %. Mais, dans le même temps, plus de la moitié des établissements n’ont toujours pas réalisé de récolement, une opération visant à s’assurer de la présence physique d’une pièce inscrite à l’inventaire. Un indicateur très révélateur d’une situation bipolaire : d’un côté les grands musées qui bénéficient de toutes les attentions de leur tutelle, même si ce n’est jamais assez, et de l’autre ceux qui se débattent au milieu de mille difficultés.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Palmarès des musées 2008

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