Reste-t-il encore des chefs-d’œuvre dans les réserves ?

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 18 juin 2008

Le débat – clos par le rapport Rigaud, au moins en ce qui concerne les musées sur l’inaliénabilité des œuvres d’art a mis en lumière le problème des réserves. Dans les deux sens du mot. Quelle est la valeur des œuvres en réserve ? Dans quel état se trouvent ces lieux de stockage ?

Seuls 45 % des collections des musées ont été récolés
Notre enquête révèle qu’il y a plus de 13 millions de pièces dans les collections. Un chiffre en apparence considérable, qu’il convient cependant de relativiser car il comprend des tableaux, mais aussi des pièces archéologiques, des figurines, des morceaux de tissus, des estampes. Il tombe à 337 000 si l’on ne prend en compte que les peintures sur toiles, bois ou papier. Si 5 % des œuvres sont exposés, ce taux est multiplié par plus de 3 (16 %) pour les peintures. Les 84 % non exposés sont-ils des croûtes ou des chefs-d’œuvre ? Difficile à dire. Les conservateurs assurent qu’un Caravage ou un Manet ne passerait pas inaperçu. Oui, sauf que même si 93 % des musées de l’enquête affirment disposer d’un inventaire, seuls 60 % l’ont informatisé et surtout 45 % ont réalisé un récolement. Or c’est en contrôlant visuellement les œuvres que l’on peut redécouvrir des pièces rares.
Et puis l’histoire de l’art n’est pas une science exacte. Les attributions et désattributions sont monnaie courante. Reconnaître qu’un tableau est de la main du maître plutôt que d’un élève de son atelier multiplie considérablement sa valeur historique et économique. Enfin, le goût change. Ce que l’on trouvait insignifiant hier peut être apprécié aujourd’hui.

Plus de 235 000 m² de réserves
Voilà pourquoi Jacques Rigaud insiste tant pour que l’on investisse massivement dans les réserves. Un investissement ingrat pour les tutelles tant il est peu visible pour le public, mais un investissement dont profiteront les générations suivantes.
Le chantier est immense, la surface totale des réserves des 370 musées du palmarès s’élève à 235 000 m2. À comparer aux 604 000 m2 des surfaces d’exposition ouvertes au public. Et la moitié des musées n’ont pas indiqué de date de travaux !
À cela s’ajoutent les coûts de restauration des œuvres. En 2007 ces dépenses se montent à 11 millions d’euros. Une somme pas si ridicule que cela et qui s’explique par un mécénat sur les restaurations de plus en plus actif. Mais autant une grande entreprise est prête à financer la restauration d’une œuvre qui sera exposée au public (et sa marque avec), autant le retour d’image est faible quand il s’agit de financer les réserves.
En somme, pour trouver des chefs-d’œuvre dans les réserves, il faut aussi rénover les lieux.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Reste-t-il encore des chefs-d’œuvre dans les réserves ?

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