Jeudi 13 décembre 2018

Politique culturelle, symbole politique, personnalité politique

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 20 mars 2012 - 618 mots

POLITIQUE CULTURELLE. Le succès du Centre Pompidou mobile (CPm) n’a sans doute pas été étranger à la décision, prise le 29 février, de reconduire Alain Seban à la présidence du Centre Pompidou pour trois ans. « Le Centre Pompidou mobile est un modèle : 36 000 personnes ont découvert des œuvres du Centre à Chaumont, à l’automne 2011 ; 6 600 personnes les ont vues en quinze jours à Cambrai », déclarait le lendemain l’intéressé au Monde. Une initiative que l’on ne saurait critiquer. Car qui pourrait honnêtement reprocher à M. Seban de vouloir, avec le CPm, « aller au-devant de ceux qui ne vont jamais au musée », soit un Français sur deux ? Personne. Et cependant, quelques voix s’élèvent ici et là, comme celle de Jean-Michel Tobelem qui, le mois dernier dans nos pages, regrettait que le Centre Pompidou ne se soit pas appuyé sur le réseau de musées existant en régions, préférant un musée mobile « coûteux ». En réalité, le CPm représente un investissement de 2,5 millions d’euros, dont une grande partie est supportée par le mécénat, auxquels s’ajoutent toutefois 200 000 euros et presque autant en frais techniques (électricité, gardiennage, communication…) apportés par les collectivités et les sponsors locaux. Car l’un des enjeux du CPm est bien local : aussi philanthrope soit-il, le Centre Pompidou mobile ne risque-t-il pas d’absorber un financement qui serait autrement allé aux musées ? L’enveloppe mécénat du CIC Nord-Ouest, l’un des deux partenaires d’étape du CPm à Cambrai, et soutien fidèle du musée La Piscine à Roubaix, ne se trouvera-t-elle pas réduite après le passage du CPm dans sa région ? Vrai et faux débat à la fois, tant le CPm a mis sous la lumière politique et médiatique la culture dans le Nord-Pas-de-Calais. Sans évacuer la possibilité que l’initiative du CIC suscite de nouvelles vocations de sponsoring dans cette région de France la plus riche en musées après Paris. Il faut en tout cas le souhaiter car, dans le même temps, trop de musées français souffrent de voir fondre leurs subventions. Cette action culturelle (le CPm) appelle donc désormais une véritable politique culturelle, concertée, collective et visionnaire, qui remette les musées au centre des préoccupations des collectivités, des sponsors et des Français, et au centre d’un réseau national. Et cette politique fait aujourd’hui défaut. Pour qu’enfin le visiteur séduit par Kupka, Picasso et Léger ait l’envie, au sortir du CPm, de pousser les portes du Musée voisin de Cambrai. Et d’y revenir…

SYMBOLE POLITIQUE. Le président Seban pouvait au moins, la veille de sa reconduction, compter sur le CPm pour laisser son empreinte dans l’histoire de l’institution culturelle. Quatre semaines avant la fin de son mandat, un autre président ne peut pas en dire autant. Georges Pompidou possède son Centre éponyme, Valéry Giscard d’Estaing son Musée d’Orsay, François Mitterrand son Grand Louvre, Jacques Chirac son Musée du  quai Branly, qui peuvent ainsi garder une place dans l’histoire culturelle de ce pays. Mais s’il n’est pas réélu le 6 mai prochain, Nicolas Sarkozy n’inaugurera pas le Musée de l’histoire de France qu’il a tant voulu. Et il lui faudra alors croiser les doigts pour que le projet, longtemps polémique, ne soit pas remis en cause jusque dans son existence même…

PERSONNALITÉ POLITIQUE. Dans quelques semaines, un ministre de la Culture sera nommé – ou reconduit – au gouvernement. Comme à chaque fois, tous les espoirs se tourneront vers lui, souhaitant qu’il incarne le nouvel André Malraux ou le nouveau Jack Lang que la culture attend. Alors, qui sera-t-il ? Un ou une ministre issu(e) de la politique ou des milieux culturels ?
À moins que le choix ne se porte sur un illustre inconnu, comme ce mystérieux signataire de la préface
du livre de Carasso (Quand je serai ministre de la Culture…, Éditions de l’Attribut), un certain « Jack Malraux ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°645 du 1 avril 2012, avec le titre suivant : Politique culturelle, symbole politique, personnalité politique

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