Foire

Flip, Fiac… Flop

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 septembre 2020 - 544 mots

PARIS

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre : « C’est avec une grande déception que la Fiac est contrainte d’annuler son édition 2020, prévue au Grand Palais du 22 au 25 octobre. »

Lundi 14 septembre, vers 20 heures, la Foire internationale d’art contemporain de Paris confirme donc cette information qui bruisse depuis quelques jours déjà : la Fiac n’aura pas lieu cette année. Le responsable de cette annulation : le virus de la Covid-19, encore lui, qui a déjà eu raison d’Art Basel, Frieze, Art Brussels… comme de la Biennale Paris en septembre. Il faut admettre que les indicateurs ne sont pas tous au vert. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, quelques heures après le communiqué de la Fiac, le journal Le Monde met en ligne un article avec ce titre alarmiste : « Covid-19 : le monde face à l’arrivée de la deuxième vague. » Ce n’est évidemment une bonne nouvelle pour personne, pour la Fiac bien sûr, mais aussi pour Paris, pour les galeries d’art comme, au premier chef, pour les artistes.

Mais la Fiac n’avait pas d’autre choix que d’annuler. En plus d’engager la santé de ses exposants et de ses visiteurs, elle prenait aussi le risque de voir le protocole sanitaire pour les grands rassemblements évoluer dans le mauvais sens : que se passerait-il si l’autorisation de se rassembler chutait de 5 000 à 1 000 personnes à la veille de son ouverture, sachant que l’événement peut accueillir près de 75 000 visiteurs ? Surtout, la Fiac prenait le risque d’organiser une foire que certains qualifiaient déjà d’être « au rabais ». Avec les difficultés de voyager aujourd’hui entre les pays, les galeries étrangères – autrement dit les trois quarts des exposants de la Fiac – ne pouvaient de toute manière pas venir à Paris, tout comme les collectionneurs étrangers. À quoi bon maintenir, alors, une Fiac coûte que coûte et ternir son image ? Regrettons toutefois que ses organisateurs n’aient pas su imaginer une alternative pour exister, en maintenant par exemple son parcours hors-les-murs aux Tuileries… Dommage.

Heureusement, à quelque chose malheur est bon. Non seulement les foires satellites (parfois qualifiées un peu vite de « off » de la Fiac) résistent, mais elles le font savoir avec un argument de poids : « Nous sommes là, nous, et nous vous attendons ! » À l’heure où la pandémie montre les limites de la mondialisation, les foires dites « nationales » tirent donc leur épingle du jeu. Juste retour des choses quand celles-ci sont souvent regardées avec condescendance pour leur caractère « local ». Art Paris Art Fair, qui s’est finalement déroulée avec succès en septembre, après une première annulation au printemps, en a même fait un argument en capitalisant sur la « scène française ». La foire Galeristes, qui se tiendra cette année durant la « semaine de l’art contemporain à Paris », en octobre, parle quant à elle ouvertement de « made in France » et prône un modèle de salon « 0 kilomètre, 0 déchet ». Un opportunisme qui n’aurait pas été possible si la « scène française », ses artistes et ses acteurs du marché n’avaient pas retrouvé leur dynamisme et leur désirabilité. Saura-t-elle sortir renforcée de la crise sanitaire et économique actuelle ? Transformer les handicaps en opportunités ? Au sein du magazine L’Œil, nous savons qu’elle a les atouts pour le faire.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°737 du 1 octobre 2020, avec le titre suivant : Flip, Fiac… Flop

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