Dimanche 23 septembre 2018

Foire - Festival

Éditorial

Darwinisme

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 10 septembre 2018 - 367 mots

Évolution. Le hasard du calendrier fait que deux manifestations que tout oppose organisent chacune à quelques jours d’intervalle leur 30e édition : la Biennale Paris et Visa pour l’image.

Biennale Paris 2017
Les allées de la Biennale Paris, au Grand Palais, lors de l'édition 2017.
© SNA

La première est un salon commercial sur un secteur bien portant et se déroulant à Paris dans le très prestigieux Grand Palais. La seconde célèbre le photojournalisme, en pleine crise économique, dans une ville « difficile », Perpignan. Malgré les apparences, l’avenir de la seconde est plus assuré que celui de la première.

Il y a encore vingt ans, la Biennale des antiquaires était le premier salon d’antiquaires au monde, avec 120 exposants dont la fine fleur des marchands étrangers. Aujourd’hui la « Biennale », devenue annuelle a beaucoup perdu de sa splendeur. Elle compte deux fois moins de marchands, surtout des Français, et pas les meilleurs. Ceux-là préfèrent aller dans les grands salons à l’étranger que sont Tefaf à Maastricht ou la Brafa de Bruxelles, ou dans des foires parisiennes plus homogènes, telle que Fine Arts Paris.

En revanche, malgré un écosystème en pleine mutation, Visa pour l’image tient vaille que vaille et s’affirme comme la première manifestation du genre dans le monde. Un peu par corporatisme, et beaucoup par la qualité de ses propositions, le festival bénéficie d’une large couverture médiatique et d’un fort courant de sympathie.

Comment expliquer ce paradoxe si ce n’est précisément par la différence de moyens ? Organisée par le riche Syndicat des antiquaires, la Biennale a longtemps nagé dans l’opulence et l’arrogance, entretenant les querelles de personnes, et les empêchant de se rendre compte que le monde avait changé. Visa pour l’image a été monté par Jean-François Leroy, qui en est toujours aux commandes. Malgré les problèmes de financement, il a su tenir une ligne éditoriale et faire preuve d’ingéniosité pour garder la tête hors de l’eau. Son leadership conjugué à un solide instinct de survie dans un univers rude lui ont permis de composer pour garder le cap.

Le darwinisme dans les organisations n’est pas une règle absolue, mais il se vérifie très souvent. Changer pour s’adapter ne se fait pas sans douleur, mais c’est à ce prix que celles-ci sont pérennes. Un avertissement pour les nantis et un message d’espoir pour les autres.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°506 du 7 septembre 2018, avec le titre suivant : Darwinisme

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