Dimanche 16 février 2020

Ventes publiques

Banane Bonne Année

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 17 décembre 2019 - 650 mots

Banane -  Pour un artiste retiré du monde de l’art depuis sa rétrospective au Guggenheim en 2012, Maurizio Cattelan fait décidément beaucoup parler de lui. En décembre, le trublion a présenté sur le stand de la Galerie Perrotin, à Miami, une simple banane fixée au mur à l’aide d’un ruban adhésif gris, le même qui lui servit en 1999 à scotcher Massimo De Carlo au mur de sa galerie. Titre de l’œuvre : Le Comédien. Son prix : 120 000 dollars pour une édition de 3. Rapporté au kilo, cela fait cher le fruit ; mais ramené à l’un des artistes les plus réputés et les plus chers de sa génération, cela donne une « sculpture » relativement abordable – rappelons que sa sculpture représentant Hitler en petit garçon agenouillé en prière (Him) avait été adjugée 15 millions d’euros en 2016. Une bonne affaire donc, surtout pour un plasticien qui fait son « retour » sur le marché de l’art avec cette dernière facétie.

« Pour l’édition 2019 d’Art Basel Miami Beach, Perrotin a le plaisir de présenter une nouvelle sculpture de Maurizio Cattelan, communiquait la galerie Perrotin dès l’ouverture de la foire. Intitulée Le Comédien, la pièce marque le retour de l’artiste sur une foire après plus de 15 ans. » Un événement donc, doublé d’un subtil coup marketing dont l’artiste est coutumier, qui s’est ainsi payé une belle couverture médiatique – et, au passage, la tête du marché – pour le prix d’une banane. Tout fonctionnait bien jusqu’à ce qu’un autre plasticien, David Datuna, décide de jouer les trouble-fête et de manger le fruit devant une assemblée estomaquée. Titre de sa « performance » : Hungry Artist, soit L’Artiste affamé. Ou, quand la faim d’un artiste signe la fin d’une œuvre… « Heureusement, a réagi Emmanuel Perrotin, [Datuna] n’a pas mangé “la” banane mais “une” banane. » On imagine le soulagement du collectionneur apprenant que l’œuvre dont il venait de faire l’acquisition pour 120 000 dollars n’était pas partie dans le tube digestif d’un autre, et que, s’agissant d’art conceptuel, n’importe quelle banane faisait l’affaire. Sans que l’on sache toutefois qui de l’œuvre, de l’artiste ou du collectionneur était la banane de l’histoire.

Bonne Année -  En décembre, une Vierge et l’Enfant en trône du XIVe siècle a été adjugée pour 6,2 millions d’euros dans une salle des ventes en Bourgogne, quelques jours après l’adjudication d’un Christ moqué de Cimabue pour plus de 24 millions d’euros à Senlis. Ces deux ventes exceptionnelles, inhabituellement commentées par les médias généralistes, sont le symptôme du retour en grâce, ces dernières années, de l’art ancien auprès des collectionneurs, mais aussi des musées et du public. En ce moment même, Paris propose les expositions Léonard de Vinci au Louvre, Greco au Grand Palais, Luca Giordano au Petit Palais et la collection Alana au Musée Jacquemart-André. Ailleurs, la programmation n’est pas moins exceptionnelle, avec Francisco de Goya à Agen, Albrecht Dürer à Vienne, Hans Baldung dit Grien à Karlsruhe, Pieter de Hooch à Delft, Nicolas Maes à La Haye… Signe de cet engouement, des pays n’hésitent plus à tabler sur l’art ancien pour communiquer sur leur dynamisme culturel. Après des saisons Bosch et Brueghel dans les Flandres, et une année Rembrandt aux Pays-Bas, la Belgique prépare ainsi sa saison Van Eyck à l’occasion de la fin de la restauration, en 2020 à Gand, du Retable de l’Agneau mystique, chef-d’œuvre absolu de l’histoire de l’art. Car l’année 2020 confirme largement cette tendance, avec plusieurs grands événements : Raphaël à Rome, Londres, Washington et Chantilly, Albrecht Altdorfer à Paris, Artemisia Gentileschi à Londres, Botticelli ­(notre couverture ce mois-ci) à Paris, Hyacinthe Rigaud à Versailles, et des expositions plus confidentielles mais pas moins intéressantes comme Jean Ranc à Montpellier, Jean-Marie Delaperche à Orléans, les frères Flandrin à Lyon, etc. On se souvient, enfin !, que l’impressionnisme et l’art moderne ne sont pas les seules périodes dignes d’intérêt. Ni même, et c’est heureux, les bananes.

Bonne année et bonnes expositions.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°730 du 1 janvier 2020, avec le titre suivant : Banane Bonne Année

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