Dimanche 17 février 2019

Xavier Tricot, Léon Spilliaert

Un Spilliaert en grisaille. De belles reproductions pour un texte en retrait

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1996 - 390 mots

Après une rétrospective à Ostende (lire le JdA n° 24), qui laissait sur sa faim faute d’avoir souligné l’originalité du peintre, Léon Spilliaert fait l’objet d’une monographie sans audace qui ne rend pas justice à l’un des peintres majeurs du XIXe siècle.

D’emblée, avouons que l’ouvrage signé par Xavier Tricot ne détrônera pas celui de Francine-Claire Legrand, dont l’ombre plane sur les quelque 200 pages. L’essentiel du travail de l’auteur a résidé dans la compilation d’ouvrages antérieurs, alors que l’œuvre et la personnalité de Spilliaert n’ont toujours pas trouvé leur juste place dans l’histoire de l’art moderne. La déception se révèle d’autant plus vive que Spilliaert est peut-être l’artiste le plus moderne que la Belgique ait connu avec Ensor.

À la surface de l’image
Autodidacte, Léon Spilliaert (1881-1946) reste une figure atypique de la fin du siècle. Son réalisme inquiet annonce davantage les mises en scène obsessionnelles de Chirico que les fantasmagories d’Ensor. Ostende vaut bien Turin, et les nuits hallucinées de Spilliaert partagent avec celles de Chirico la même dimension métaphysique. Rien ne transparaît de cet esprit soucieux et méthodique dans l’ouvrage de Xavier Tricot, qui se retranche volontiers derrière les références philosophiques et limite trop souvent l’œuvre aux données biographiques, comme si Spilliaert était dépourvu d’une réflexion personnelle. L’approche est trop honnête, tant elle adhère aux faits. Elle ne va pas au fond des thématiques, n’entreprend que trop rarement des comparaisons, pourtant enrichissantes, n’explore pas les facettes inattendues du travail d’un peintre dont l’imagination créatrice un jour s’enraye et se fane. Pourquoi ? Telle est bien la question que l’auteur se pose trop rarement. Restant à la surface de l’image, celui-ci s’est dispensé de porter un jugement critique sur les œuvres, qu’il analyse avec honnêteté, et parfois avec pertinence. Ainsi, à la fois la personnalité et l’œuvre de Spilliaert apparaissent-elles en grisaille, sans que le lecteur puisse pénétrer l’univers étrange et inquiétant de ce marginal des bords de mer. Si le texte semble en retrait, on se réjouira toutefois de disposer enfin d’un ouvrage dont les reproductions sont fidèles aux couleurs des œuvres. Malgré cet effort important, fourni par l’un des meilleurs éditeurs d’art en Belgique, Spilliaert demeure un inconnu, et un nouveau livre reste à écrire.

Xavier Tricot, Léon Spilliaert, édition en français chez Pandora, Anvers ; en néerlandais au Crédit communal de Belgique, Bruxelles, 1 250 FB.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°28 du 1 septembre 1996, avec le titre suivant : Xavier Tricot, <em>Léon Spilliaert</em>

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