Tiepolo à découvert

Deux livres sur le maître vénitien

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996

Tandis que Venise le célèbre avec faste (lire le JdA n° 28, septembre), deux ouvrages consacrés à Tiepolo, qui s’opposent point par point, s’emploient à lui rendre justice.

Le premier, dû aux plumes croisées de Svetlana Alpers et Mi­chael Baxandall, veut être un instrument de précision pour redécouvrir Tiepolo. Comme ils le confessent eux-mêmes, les auteurs ne sont pas des spécialistes de la peinture vénitienne du XVIIIe siècle. Le domaine de prédilection de Svetlana Alpers est la peinture hollandaise, tandis que Michael Baxandall a donné de remarquables essais sur la Renaissance italienne. Si Tiepolo était d’abord un prétexte, il s’est imposé peu à peu comme le seul sujet, au détriment d’un essai que nous ne lirons pas sur l’intelligence picturale et littéraire.

Est-ce pour cette raison, ou parce que les préocupations des deux auteurs ne se sont finalement pas trouvées en osmose, que ce livre est si décevant ? En dépit de quelques analyses brillantes sur les aspects "non fonctionnels" de l’art de Tiepolo, sur son caractère énigmatique et sur le silence des figures, le texte se perd bientôt dans des descriptions dont on perçoit bien le souci d’exactitude et dont on comprend le prix, mais qui nourissent imparfaitement la thèse proposée et la font disparaître, en particulier dans le chapitre consacré au Treppenhaus de Würzburg. La rivalité des mots et des images joue ici un tour d’autant plus retors et désavantageux que les auteurs entendaient précisément s’en méfier.

L’esquisse d’Alain Buisine est d’un tout autre genre. Délibérément subjective, elle entend dresser le portrait d’un artiste heureux, à rebours de la mythologie moderne qui veut le peintre et l’écrivain maudits, coupables, prédestinés au malheur. L’idée, sans aucun doute, est aussi juste qu’importante et demanderait qu’on la défende avec encore plus de vigueur. Mais l’illustration qu’en donne Alain Buisine est d’un enthousiasme trop simple à la fois pour nous en convaincre en général et pour réveiller notre passion pour Tiepolo.

Svetlana Alpers et Michael Baxandall, Tiepolo et l’intelligence picturale, éditions Gallimard, 186 p., 350 F. jusqu’au 31 décembre, 400 F ensuite.
Alain Buisine, Les ciels de Tiepolo, éditions Gallimard, collection "l’Infini", 120 p., 78 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Tiepolo à découvert

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