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Règlement de compte chez les Maeght

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2014 - 543 mots

Le portrait hagiographique d’Aimé Maeght est le prétexte pour sa petite-fille de dresser un réquisitoire contre sa famille.

Heureux en affaires, malheureux en famille, cet aphorisme pourrait résumer la vie et la postérité d’Aimé Maeght (1906-1981), le fondateur de la galerie et des éditions du même nom.

Le portrait qu’en dresse sa petite fille Yoyo est particulièrement louangeur. En seulement quelques années « papy » a élevé à un niveau international la petite galerie créée pendant la guerre à Cannes, tiré des milliers de lithographies originales et conçu un lieu inédit d’exposition d’art moderne et contemporain à Saint-Paul-de-Vence avec le concours de l’architecte Sert et des artistes Giacometti, Miró, Calder. Yoyo, qui voudrait apparaître comme la seule héritière intellectuelle de son grand-père, ne cesse de magnifier sa personnalité généreuse, visionnaire, entrepreneuriale, avant-gardiste, de louer sa complicité avec « mamy ». Mais si l’auteure n’est pas avare de détails sur le train de vie fastueux de la famille, elle l’est moins sur les transactions, les collectionneurs, les vendeurs qui ont permis d’amasser une telle fortune et de constituer le stock considérable d’œuvres d’art de la galerie.

L’insolente réussite en affaires d’Aimé contraste avec la mésentente familiale, pour ne pas dire la haine, qui transpire à chaque ligne, attisée par les querelles d’héritage. Adrien, le père de Yoyo, déteste son propre père et n’hésite pas à marchander les visites des quatre petits-enfants auprès de leurs grands-parents, alors que sa femme et lui-même s’intéressent bien peu à eux. Le couple fait croire pendant des années à Yoyo qu’elle est une enfant trouvée, incapable de mesurer le traumatisme que cette pseudo-plaisanterie peut produire chez leur fille. En retour, celle-ci a bien peu de considération pour son père, un dilettante manœuvrier et pervers qui préfère rester avec sa maîtresse plutôt que d’aller voir sa femme mourante. Elle tente bien à plusieurs reprises d’avoir des paroles apaisantes pour les siens, reconnaissant elle-même qu’elle manque de diplomatie, mais cela n’atténue en rien la violence des ressentiments qu’elle éprouve, surtout envers sa fratrie. Bonne fille, sa sœur Isabelle, lui lâche le jour de ses noces que son futur mari « n’en veut qu’à son argent ». Pas si faux puisqu’elle divorcera quelque temps plus tard sans même mentionner son nom dans le livre. Pour faire bonne mesure, leur mère, malade, lui répète à plusieurs reprises qu’Isabelle n’aime pas sa sœur.

Au fond, le véritable sujet du livre est le conflit entre Yoyo et sa sœur, son frère et son père, qui l’oblige à se retirer en 2011 de la direction des éditions et de la Fondation, puis à les poursuivre devant les tribunaux. On comprend que cela soit pour elle un arrachement et elle a à cœur de s’en expliquer. Selon l’auteure, sa sœur ne veut pas lui communiquer le détail de leur patrimoine indivis légué par leurs grands-parents et mère, elle vendrait des œuvres sans lui verser sa part et profiterait de la faiblesse de leur père pour prendre le contrôle des diverses sociétés. La tragédie familiale atteint un sommet lorsque les gendarmes débarquent chez elle, la suspectant d’avoir dérobé l’ordinateur de sa sœur qui contiendrait l’inventaire de l’indivision et a opportunément disparu. Un épisode qui n’est sans doute pas le dernier dans une « saga » bien peu reluisante.

Légende photo

Yoyo Maeght, La saga Maeght, Robert Laffont, 330 pages, 21,50 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°418 du 5 septembre 2014, avec le titre suivant : Règlement de compte chez les Maeght

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