Samedi 17 février 2018

Quand l’œuvre se livre

L’art de la monographie porté au sommet

Le Journal des Arts

Le 14 septembre 2009

Aborder une œuvre très connue relève souvent de l’exercice de style. Grâce à des partis pris clairement affirmés, Vézelay, Le Repas chez Simon et Paolo Uccello échappent à la répétition panégyrique.

Vézelay est un beau livre au sens noble du terme. Pour parler d’un édifice décliné sur tous les tons, l’éditeur a choisi de délivrer l’essentiel de l’information à travers la photographie. Le texte, très discret, pose le décor historique dans les premières pages, puis se contente d’un commentaire iconographique. Grâce à des échafaudages, le photographe Daniel Faure a pu approcher de très près les éléments sculptés des tympans et des chapiteaux, et obtenir des gros plans inédits tout à fait parlants. Chaque détail est introduit par une double page qui le situe dans son ensemble architectural ou sculpté. Les photographies toutes en couleurs sont superbes, d’un grain aussi précis et lumineux que du noir et blanc mais d’un effet moins austère.

Dans un livre aux reproductions somptueuses – certaines sont grandeur nature –, Pietro Roccasecca interroge la célèbre Bataille de San Romano de Paolo Ucello, dont les trois panneaux sont aujourd’hui dispersés entre Paris, Londres et Florence. Ceux-ci n’auraient pas formé un triptyque, comme on le pensait jusqu’à présent, mais un diptyque auquel la peinture du Louvre fut ajoutée ultérieurement. Pour sa démonstration, l’auteur s’appuie sur l’énigmatique double représentation de Micheletto da Cotignola, condottiere au service des Médicis. Il souligne également des disparités de composition et d’échelle entre le panneau parisien et ses faux pendants, et se fonde sur l’équipement militaire pour proposer des dates de réalisation différentes. Micheletto da Cotignola sur le champ de bataille aurait été commandé vers 1456, quelque vingt ans après le cycle de San Romano, pour commémorer la mort du guerrier.

Le même travail “archéologique” a été mené sur le Repas chez Simon de Véronèse, à l’occasion de sa restauration. Les résultats de trois ans de recherches sont publiés dans un ouvrage collectif qui comprend l’historique du tableau, son analyse matérielle, ainsi qu’une interprétation stylistique et iconographique. Les informations fourmillent mais se resserrent autour d’un fil conducteur : entre célébration fastueuse et memento mori, la gigantesque composition de Véronèse – destinée au réfectoire du couvent des servites à Venise – invite les religieux à participer à la préfiguration symbolique de la Cène, tout en transposant une scène sacrée dans le monde contemporain profane.

Le Repas chez Simon. Histoire et restauration d’un chef-d’œuvre, ouvrage collectif, Alain de Gourcuff, 192 p., 195 F, ISBN 2-909838-25-0.
Pietro Roccasecca, Paolo Uccello, les Batailles, Gallimard/Electa, 134 p., 320 F, ISBN 2-07-015049-6.
Véronique Rouchon Mouilleron, Daniel Faure, Vézelay, livre de pierre, Flammarion, 160 p., 295 F, ISBN 2-08-010299-0.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°49 du 5 décembre 1997, avec le titre suivant : Quand l’œuvre se livre

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