Dimanche 9 décembre 2018

Pontormo, le catalogue raisonné

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 718 mots

À l’occasion du cinquième centenaire de la naissance du peintre, Philippe Costamagna renouvelle une bibliographie, dont le dernier titre remonte à 1916, avec un ouvrage publié sous forme de catalogue raisonné.

Patricia Zambrano : Professeur Costamagna, pourquoi avez-vous choisi Pontormo ?
J’y suis venu après ma thèse à l’École du Louvre. Pendant plusieurs années, sous la direction de Sylvie Béguin et en compagnie d’Anne Fabre, j’avais travaillé sur le portrait florentin dans la première moitié du XVIe siècle. J’ai alors abordé l’art du portrait chez Pontormo, et lorsqu’on m’a proposé de faire ce livre, j’ai accepté parce que j’étais déjà dans le sujet.

Philippe Costamagna : Quelles sont les grandes idées du livre ?
Mise à part l’occasion du cinquième centenaire, l’idée fondamentale a été de faire un catalogue raisonné : le dernier, celui de Clapp, remonte à 1916. Le volume s’ouvre par un essai, puis vient le catalogue des 86 œuvres, dans lequel j’ai choisi d’insérer les œuvres perdues, mais dont il reste des dessins. Ce choix peut paraître étrange, mais c’est la seule façon de donner leur juste place aux dessins qui sont si importants dans le processus créateur de Pontormo. Vient ensuite le catalogue des œuvres douteuses.

Comment avez-vous abordé ce travail ?
J’ai cherché à faire avant tout un catalogue raisonné traditionnel. À partir du texte de Cox-Rearick, qui ne traite que des dessins mais reste fondamental, j’ai pris en considération toutes les attributions, tous les documents, toutes les sources. J’ai aussi relu attentivement Vasari.

Quelle a été l’influence de la biographie de Vasari sur le destin de Pontormo ?
Elle a toujours représenté une lourde hypothèque : Vasari a condamné Pontormo au purgatoire des peintres. Il en a fait un génie bizarre, hypocondriaque, asocial. Mais on a rarement essayé de comprendre pourquoi il avait ainsi traité un artiste qu’il admirait infiniment. Or, je crois qu’il l’a fait pour protéger l’artiste et son œuvre. Pour simplifier, je dirais que lorsque Vasari a écrit, en 1568, la Contre-Réforme triomphait : Pontormo risquait donc de passer pour un hérétique.

Quelle image de Pontormo ressortira de votre monographie ?
J’ai cherché à replacer le peintre à l’intérieur de son époque, en voulant comprendre le lien qui le rattache à la tradition florentine, à Botticelli surtout. Le rapport avec Rosso est un autre point important parce qu’ils ont déterminé, à eux deux, une rupture avec la peinture qui se pratiquait à Florence : ils ont rompu le fil de la tradition du classicisme d’un Andrea del Sarto et des "peintres sans défaut". La "Manière" – comme on l’entend aujourd’hui – n’arrive à Rome qu’ensuite, après le sac de 1527.

Quel est le rôle de Michel-Ange dans ce scénario ?
Il est fondamental pour Pontormo. Les deux artistes se voyaient et se parlaient tous les jours. C’est un rapport de maître à disciple, mais aussi d’estime réciproque et de profonde amitié. Mais Michel-Ange est également un point de référence spirituel pour la religiosité de Pontormo. Je voudrais encore souligner que ce dernier a été parfois comme le "pinceau" de Michel-Ange, transformant certains de ses dessins en tableaux comme pour Noli me tangere (collection privée) et Vénus et Cupidon (aux Offices).

Quelle sera la contribution majeure de votre monographie ?
Outre le catalogue, je dirais volontiers la partie historique, en particulier tout ce qui touche à l’histoire de la spiritualité, de Savonarole à Erasme. En fin de compte, les Florentins sont restés attachés à Savonarole pendant des décennies. L’autre apport important viendra de l’iconographie : toutes les photographies ont été faites pour ce livre et l’on verra ainsi les couleurs, ce qui permettra de comprendre, là aussi, l’influence de Michel-Ange.

Quelle est la qualité fondamentale de Pontormo ?
Sa qualité essentielle est d’être un peintre et un dessinateur pur. Après tant d’années d’études, il m’arrive de me perdre encore dans la beauté de ses toiles. L’extraordinaire densité de sa peinture me paraît devoir être soulignée avant toute autre chose.

- Philippe Costamagna, Pontormo, éditions Gallimard-Electa, 352 p., 80 ill. couleurs et 300 N/B, 560 francs juqu’au 31.12.94, 660 francs après.

- Philippe Costamagna, Portraits florentins du début du XVIe siècle à l’avènement de Cosimo Ier. À paraître, éditions Carré, Paris.

- Lors du prochain congrès sur Rosso Fiorentino qui aura lieu à Volterra, les 23-24 septembre, Philippe Cosmagna présentera une communication sur Pontormo.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Pontormo, le catalogue raisonné

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