Lundi 17 décembre 2018

Peinture

Par-delà les nuages

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 17 février 2017 - 342 mots

Frédéric Benrath a la saveur délicate des artistes que l’on croit découvrir pour la première fois. Si son nom n’est pas totalement étranger, sa discrétion a pris le risque de le faire définitivement oublier.

Heureusement, l’Association des Amis du peintre œuvre pour maintenir la flamme allumée. Elle est notamment à l’initiative de la très belle monographie éditée par Hazan, qui ambitionne de livrer une vision d’ensemble et rétrospective, la première, du travail de ce peintre né Philippe Gérard à Chatou en 1930, mort Frédéric Benrath à Paris en 2007. L’association en a judicieusement confié le texte à un spécialiste du romantisme [et contributeur régulier de L’Œil], Pierre Wat, qui avait eu l’occasion d’écrire sur son œuvre peu avant la disparition accidentelle du peintre. D’un ouvrage de commande, celui-ci a eu la bonne idée d'en faire un livre au final très personnel, qui a le mérite de sortir l'artiste de l’ornière « nuagiste » dans laquelle il est demeuré si longtemps prisonnier. « Par-delà les nuages », le chapitre conclusif de la monographie, ose même l’hypothèse que l’adhésion à ce courant de peinture des années 1950-1960 devrait plus à l’amitié pour le critique Julien Alvard qu’à une démarche purement esthétique – après avoir malmené l’appartenance du peintre au lyrisme abstrait : « Ce que l’on pourrait prendre, hâtivement, comme une peinture lyrique, sorte de chant douloureux d’un sujet souffrant, est en réalité une mise à mort du lyrisme : un art du règlement de compte avec soi. » Si le livre se révèle si personnel, c'est peut-être parce que l'historien partage avec le peintre une même passion pour la littérature et la philosophie : Goethe et Nietzsche (dont il a réalisé un portrait abstrait), mais aussi Michaux, Char et Butor sont des lectures largement assumées par Frédéric Benrath – dont le pseudonyme renvoie aux trois Friedrich (Nietzsche, Hölderlin et Caspar David) et au château de Benrath en Allemagne. La réussite du livre tient à cet équilibre obtenu entre la qualité indéniable de l'œuvre peinte et celle des essais qui l'accompagne, la qualité de la mise en page et des reproductions tenant de l'accord parfait.

Pierre Wat, Frédéric Benrath, Hazan, 248 p., 60 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : Par-delà les nuages

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